23.11.21
16:22

Feu vert final du Parlement européen à la nouvelle Politique agricole commune

Les eurodéputés ont donné leur feu vert final mardi à la nouvelle Politique agricole commune (PAC) qui s'appliquera à partir de 2023, malgré l'opposition des écologistes et d'une partie de la gauche qui ne la jugent pas assez verte.

Elle est dotée d'un budget de 387 milliards d'euros jusqu'en 2027 – soit près d'un tiers du budget pluriannuel de l'UE – dont 270 milliards d'aides directes aux agriculteurs. La France reste le principal pays bénéficiaire.

La nouvelle PAC est destinée à "verdir" l'agriculture de l'UE, malgré l'opposition des écologistes et d'une partie de la gauche qui dénoncent du "greenwashing".

Les eurodéputés, réunis en session plénière à Strasbourg, se sont prononcés sur trois textes régissant cette Politique agricole commune, approuvés respectivement à 452 voix (178 contre, 57 abstentions), 485 voix (142 contre et 61 abstentions) et 487 voix (130 contre et 71 abstentions). 

Le groupe des Verts a voté contre ces trois textes, de même qu'une partie des Sociaux-démocrates (S&D) et la majorité de la GUE (gauche radicale).


Dès 2023

Après des mois de difficiles pourparlers, les négociateurs des États membres et du Parlement s'étaient accordés en juin sur cette nouvelle Politique agricole commune (PAC), qui s'appliquera à partir de janvier 2023.

Elle est dotée d'un budget de 387 milliards d'euros jusqu'en 2027 – soit près d'un tiers du budget pluriannuel de l'UE – dont 270 milliards d'aides directes aux agriculteurs. La France reste le principal pays bénéficiaire.

Les eurodéputés se sont prononcés peu avant 16h30 sur les trois textes régissant cette politique européenne.

La réforme prévoit d'accorder des primes aux agriculteurs participant à des programmes environnementaux plus exigeants, recourant à des techniques plus écologiques ou contribuant à améliorer le bien-être animal.

Les États devront consacrer en moyenne 25% par an des paiements directs à ces "écorégimes" entre 2023 et 2027, avec la possibilité de n'y consacrer que 20% les deux premières années. "C'est une première", a souligné dans l'hémicycle du Parlement à Strasbourg, l'eurodéputé allemand Peter Jahr (PPE, droite), rapporteur d'un des trois textes.

"Notre tâche était d'avoir une réforme cohérente dans les délais impartis et nous y sommes arrivés",

s'est-il félicité. Le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski, présent à Strasbourg a lui évoqué "un bon résultat qui permettra à la PAC d'assurer une transition vers une agriculture plus durable".

Chaque État doit préparer d'ici fin 2021 un "plan stratégique" détaillant son usage des fonds européens. Bruxelles devra vérifier la conformité de ces politiques agricoles nationales aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre (Pacte vert) et de baisse de 50% des pesticides d'ici 2030, avec un quart des terres réservées au bio.

Un alignement qui n'est toutefois pas assez contraignant pour les ONG écologistes, ce que des militants ont dénoncé dans la matinée par un "enterrement" symbolique de l'agriculture biologique devant le Parlement.

 

Contradictions 

Au moins 10% des paiements directs devront être redistribués aux petites et moyennes exploitations, les États devront employer au moins 3% du budget au soutien des jeunes agriculteurs. Une "réserve de crise" permanente d'au moins 450 millions d'euros est instituée en cas d'instabilité des prix.

Mais selon l'eurodéputé écologiste lituanien Bronis Rope, cette "nouvelle PAC ne permet pas de résoudre les inégalités sociales, ni d'atteindre les objectifs de protection de l'environnement". Il a également pointé du doigt une plus grande marge de manœuvre accordée aux États membres ce "qui empêchera une bonne mise en œuvre de la PAC".

"Une renationalisation de fait, un contre-sens historique", a également critiqué le socialiste français Éric Andrieu, tout en reconnaissant de "réelles avancées" avec notamment "davantage de régulation" et des sanctions prévues pour les agriculteurs ne respectant pas le droit du travail.

À l'instar de son groupe politique Renew Europe (centre), l'agriculteur français Jérémy Decerle va lui "approuver (les textes) de façon responsable malgré les limites que chacun d'entre nous trouve forcément au compromis final".

Un point de vue contesté par les Verts, qui voteront contre et réclame la réécriture du texte pour avoir une nouvelle PAC "à la hauteur des défis", a justifié le Français Benoît Biteau, paysan bio et agronome. 

Même son de cloche du côté de l'élu Manuel Bompard (GUE/NGL, gauche radicale), pour qui le vote de cette PAC est "en contradiction avec tous (les) discours sur le Pacte vert", tout comme de la militante pour le climat Greta Thunberg qui avait qualifié vendredi sur Twitter, cette PAC de "désastreuse pour le climat et l'environnement".

Après le vote de mardi, cette PAC devra encore recevoir l'aval formel des États membres.

 

AFP

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