12.10.21
15:42

Le discours de politique générale d'Alexander De Croo

Le Premier ministre Alexander De Croo a tenu ce mardi devant le Parlement son discours de politique générale. Un accord sur le budget fédéral 2022 a été trouvé entre les partenaires de la coalition Vivaldi ce matin. A 11h00, une conférence de presse a été tenue, ce qui n'a pas plus à la N-VA qui a quitté l'hémicycle avant le discours d'Alexander De Croo. "C'est du jamais-vu ! C'est le symbole du mépris de ce gouvernement pour le Parlement. C'est la raison pour laquelle la N-VA quittera l'hémicycle, nous ne nous rendrons pas complices."

 

Le calme revenu, le Premier ministre a tenu le discours que voici:

 

"Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,


Il y a exactement un an, nous étions au début de la deuxième vague dans notre pays. Ce qui a suivi était une année irréelle. Les lockdowns étaient une véritable épreuve. Grâce aux vaccinations, le plus dur semble être derrière nous. Pourtant, cette période de couronnement restera à jamais une cicatrice pour toujours.

Au cours de ces premières semaines d'octobre, j'ai effectué, avec le ministre de la Santé, des visites dans les hôpitaux Saint-Luc à Woluwé-Saint-Pierre et universitaires à Anvers (UZA). Les conversations que nous avons eues avec les médecins et les infirmières se sont poursuivies tout au long de l'année.

Mais malgré toute la difficulté de la situation, partout j’ai pu assister à une formidable détermination. Pas l’ombre d’un doute, pas la moindre hésitation. Toujours le même engagement et cette même attention, malgré l’épuisement hérité de la première vague. C’est cet engagement des soignants, partout dans notre pays, qui a fait la différence durant l’année écoulée. Sans eux, où en serions-nous aujourd’hui ? Où serions-nous aujourd'hui sans les personnes prises en charge ? Et je suis donc heureux qu'ici, dans les tribune de ce Parlement, nous d'accueillir des prestataires de soins de Saint Luc et de l'UZA.

Au nom du gouvernement - et, je l'espère, au nom de tous les membres de ce Parlement - je tiens à les remercier, et avec eux tous les autres prestataires de soins de santé dans notre pays. Vous avez formé une chaîne incassable contre le virus. Sans vous, nous n'aurions jamais réussi à passer cette année. Vous ne nous avez pas lâchés. Nous ne vous laisserons pas partir non plus.

C’est pourquoi nous investirons 1,2 milliard d’euros de plus dans les soins de santé l’année prochaine. Moyens aussi pour des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail et plus de forces vives au chevet des patients. Et pour saluer l’engagement exemplaire des professionnels de santé, il existe aussi la prime d’encouragement unique.

 

La période Covid était également difficile mentalement, surtout pour les jeunes. Même avant le coronavirus, le bien-être mental des jeunes était sous pression. Dans notre pays, près d'un adolescent sur six est aux prises avec un trouble mental. Le seuil d'accès aux soins psychologiques doit être plus bas. Cela est apparu clairement la semaine dernière avec les événements de Courtrai et de Waregem. C'est pourquoi nous réalisons un investissement sans précédent dans les soins psychologiques. Mais il faut bien plus que de l'argent.  Il faut également abattre les murs et repousser les limites. Le bien-être mental ne devrait pas seulement être quelque chose de psychiatres ou de psychologues. Nous devons impliquer tous ceux qui travaillent avec les jeunes. Des acteurs de quartier aux médecins généralistes, en passant par le personnel d’encadrement des élèves et les entraîneurs dans les clubs sportifs. C’est un véritable bouleversement culturel. Mais il est possible et nécessaire. Car intervenir plus vite permet d’éviter des problèmes plus graves.

 

Notre pays doit également rester la plaque tournante du développement et de la production de vaccins. Nos chercheurs et les entreprises pharmaceutiques jouent dans la Ligue des champions. Nous produisons des vaccins corona pour le monde entier. La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé a approuvé le tout premier vaccin contre le paludisme destiné aux enfants. Encore une fois : fabriqué en Belgique. Le vaccin sauvera des dizaines de milliers de vies d'enfants dans les années à venir. Nous devons conserver ce rôle de premier plan. C'est pourquoi nous libérons des ressources pour une nouvelle base de données sur les virus belge pour être en mesure de réagir plus rapidement aux nouvelles pandémies. Nous renouvelons également l'alliance avec nos entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques afin que la Belgique continue de se développer en tant que pôle international pour les vaccins et les produits pharmaceutiques dans les années à venir.

Bien entendu, la page du coronavirus n’est pas encore tournée. Nous devons rester vigilants et, avec les entités fédérées, nous prévoyons d'acheter les vaccins anti-covid en vue d’une troisième et d’une quatrième injection. Comme toujours, nous prendrons nos décisions à la lumière de faits, de données scientifiques pour déterminer qui a besoin d'une vaccination supplémentaire et à quel moment, en nous appuyant sur les conseils d'experts et de vaccinologues. Sur la scène internationale non plus, nous ne ménageons pas nos efforts. Car le coronavirus ne s'arrête pas à nos frontières. Nul n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas. C'est pourquoi notre pays déploie des efforts importants dans le cadre de l’initiative COVAX, une collaboration mondiale entre les autorités et les fabricants de vaccins.

 

Chers collègues,

La crise du coronavirus s’est couplée à une profonde crise économique, le plus grand choc de l'après-guerre pour les travailleurs salariés et indépendants et les entreprises. Pour les personnes les plus vulnérables. Un choc. Alors que notre économie tournait à plein régime et qu'il n'y avait jamais eu autant de personnes au travail. Grâce à un solide train de mesures de soutien, nous avons fait de notre mieux pour préserver notre tissu économique. Tous niveaux de pouvoir confondus, nous avons dégagé une somme de presque 35 milliards pour protéger autant que possible nos familles et nos entreprises. Le gouvernement fédéral a assumé plus que sa part de l’effort. Nous n'avons laissé personne sur le côté. Jamais la solidarité n'a été aussi tangible, concrète. Nos efforts ont permis de limiter le nombre de faillites d'entreprises et de contenir la hausse du chômage. Ils nous permettent aujourd’hui de récupérer plus rapidement.

Comme le FMI l'a écrit dans son rapport il y a quatre semaines, "la Belgique a relevé le défi du Covid-19, avec une réponse forte et soutenue en matière de santé et de politique économique." Non seulement notre réponse a été puissante mais la reprise est puissante aussi : 2021 entrera dans l'histoire comme l'année au cours de laquelle l'économie belge a connu une reprise sans précédent.  Mois après mois, les prévisions ont été ajustées positivement. Jusqu'à et y compris une prévision de croissance de près de 6 %, et  60 000 nouveaux emplois cette année. Et justement, aujourd'hui, le Fonds monétaire international confirme une croissance de 5,6% pour  cette année et 3,1 % pour l'année prochaine.

Mais ces chiffres ne doivent pas nous endormir. D'autant plus que certains nuages sombres sont apparus ces dernières semaines. Les goulots d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, la hausse des prix de l'énergie et, dans notre propre pays, le marché du travail est sous tension. Si nous voulons sortir plus forts de la crise, il faut faire plus.  Nous ne devons pas seulement nous redresser, notre économie doit aussi continuer à innover et à devenir plus numérique et durable. Et plus de personnes - toutes les personnes - doivent ressentir ce progrès. C'est le moment pour de nouveaux investissements, pour les réformes et surtout pour l'ambition. Cela doit être notre esprit.

Nous avons tellement d'atouts et de talents dans notre pays. Des jeunes qui veulent percer, des entrepreneurs qui veulent se développer, 
des personnes qui veulent briller. Ou qui veulent prendre soin l'un de l'autre. Libérons cette énergie positive. Regardez les chiffres. Mais aussi oser investir. Dans les personnes et dans les pôles de croissance de demain. Il s'agit de penser à long terme et d'agir à court terme. Étape par étape, nous apportons du mouvement aux dossiers qui sont bloqués depuis trop longtemps.

 

Comme nous l’avons déjà communiqué à la Commission européenne dans le programme de stabilité, le gouvernement s'engage à nouveau sur la voie d’un rétablissement budgétaire. Nous produirons un effort budgétaire net de 0,4 % du PIB l’an prochain. Nous le faisons à l’heure où la clause dérogatoire générale du Pacte de stabilité et de croissance est toujours active. Nous allons donc au-delà des demandes de l’Europe.

Dans le même temps, nous dégageons une marge supplémentaire de près de 400 millions à l’aide de politiques structurelles nouvelles. Ce qui porte notre effort total à 2,4 milliards d’euros. Nous freinons la forte croissance de certaines dépenses, telles que celles liées à l'incapacité de travail. En nous attachant à regarder ce que chacun est capable de faire ; non aux tâches qu’il n’est pas ou plus capable de réaliser. En conduisant une vaste réforme qui exige des engagements de la part de toutes les parties concernées. Les employeurs, les travailleurs, les mutualités et les prescripteurs. Pour la première fois, tout le monde est responsabilisé.

Nous poussons plus loin la lutte contre la fraude fiscale et sociale. Le pouvoir fédéral fera aussi des efforts au niveau de ses coûts de fonctionnement. Et nous demandons aux sportifs professionnels d'apporter une contribution sociale juste, en épargnant les petits clubs sportifs. Avec la taxe sur les comptes-titres, les personnes dotées de plus grandes capacités contributives sont également appelées à participer au redéploiement.

 

Croissance nouvelle rime aussi avec emplois nouveaux. Cet été, nous avons recensé en Belgique quelque 172 000 emplois vacants. Or, parallèlement, les groupes vulnérables aspirent à davantage d'opportunités.

Notre marché du travail est en pleine mutation. C'est pourquoi le gouvernement met sur la table une approche globale. Qui offre plus de sécurité et plus d'opportunités. En mettant en mouvement des choses qui sont bloquées depuis des années.  Pas à pas.  Ceux qui sont au chômage depuis longtemps et qui franchissent le pas vers un emploi pénible pourront bénéficier d'un quart de leur allocation pendant trois mois.  C'est une bonne chose pour les employeurs et les employés. Et aussi bon pour la société. Nous nous concentrons sur la mobilité du travail entre les régions. La frontière linguistique ne doit pas être une frontière de travail.

Nous introduisons des règles plus flexibles pour le commerce électronique. Et les États fédéraux bénéficieront d'une plus grande autonomie pour fixer leurs propres priorités. Nous rendons les gens plus résilients. Investir dans la formation. Avec un droit individuel à la formation pour chaque  employé. Et pour la toute première fois dans notre pays, nous utilisons les indemnités de licenciement pour former et activer les gens. Parce que de nouvelles compétences signifient de nouvelles opportunités.

Nous donnons aux employés plus de liberté pour planifier leur semaine de travail, en consultation avec leur employeur. Pour travailler à la maison, aussi. Pendant le corona, le travail à la maison était encore une nécessité. Aujourd'hui, pour de nombreuses personnes, c'est une évidence. Il leur permet d'aller chercher leurs enfants à l'école et d'éviter les embouteillages. C'est pourquoi nous demandons aux partenaires sociaux d'intégrer le télétravail et de travailler sur des propositions concrètes pour une meilleure balance entre vie professionnelle et vie privée.

Le 1er avril, le salaire minimum augmentera conformément aux dispositions de l’accord social. Et nous reformons la cotisation spéciale de sécurité sociale. Nous réduisons ainsi le piège à la promotion et renforçons le pouvoir d'achat. La suppression complète de la cotisation spéciale sera examinée à la lumière de la réforme fiscale plus large, dont les plans seront conçus lors de cette législature.

En résumé :

Nous optons pour une approche totale qui implique la participation d’un plus grand nombre de citoyens. C'est important pour ceux qui travaillent. Avoir un emploi, c’est tellement plus qu’une source de revenus. Avoir un emploi aide à se construire. C’est avant tout un acte de solidarité. Car les travailleurs contribuent collectivement à renforcer notre modèle social.

 

Qui dit nouvelle croissance, dit aussi investissement.


Il y a quelques mois, le tableau de bord européen de l'innovation a classé notre pays au quatrième rang.  Avec la Suède, la Finlande et le Danemark, la Belgique est le leader européen de l'innovation. Mais pourquoi devrions-nous nous contenter d'une quatrième place ? Allons-y pour le podium. Après des années de sous-investissement, nous prévoyons les investissements les plus importants de ces 25 dernières années. À l'horizon 2024, nous prévoyons un milliard d'investissements supplémentaires

En mettant l'accent sur les deux transitions les plus importantes de notre époque : la numérisation et la durabilité. Près du double de la 
le doublement du plan de relance européen. Compétences numériques, intelligence artificielle, cybersécurité et 5G. Ce ne sont là que quelques-uns des projets d'investissement qui sont prêts. Nous investissons également dans la recherche sur la 6G, afin que notre pays puisse contribuer à établir les normes pour les connexions rapides du futur. 

Les autorités suivent aussi le mouvement. Quand ils sont numériques, les pouvoirs publics sont plus accessibles, plus fiables et moins chers. Nous nous appuyons encore plus à l’avenir sur des fleurons numériques tels que Tax-on-Web et MyPension. Des véritables success stories que nous étendons à d’autres services publics. Avec d'importants investissements numériques dans la police et la justice. Nous numérisons les douanes, accélérons nos chaînes logistiques et renforçons la compétitivité de nos ports. Les tribunaux se voient dotés de l'infrastructure dont ils ont besoin. Avec la naissance de « Just-on-Web ». Dans le même temps, nous nous assurons que chacun puisse suivre cette évolution. Trois familles à faibles revenus sur dix ne disposent pas aujourd’hui d'Internet. Six personnes peu qualifiées sur dix n'ont jamais eu de contact électronique avec les autorités. Nous réduisons cette fracture numérique. En octroyant par exemple à davantage de personnes un tarif social pour les télécoms, et en réalisant l’objectif « Internet partout », même dans les zones blanches, grâce au plan haut débit.

 

Chers collègues,

2021 a aussi été l’année où la crise climatique a frappé de plein fouet notre pays. Nous avons perdu 41 de nos compatriotes dans les pires inondations qu’ait jamais connues notre pays. La Belgique a été en état de choc. Face à la brutalité des éléments, nous nous sommes tous sentis tellement petits.

Qui ose aujourd’hui encore minimiser la portée des changements climatiques? Nous restons solidaires envers les communes touchées. Nous investissons dans des effectifs supplémentaires pour la Protection civile et renforçons nos structures de crise. La Défense, la Police fédérale et la Santé publique sont toujours sur le terrain. Et comme vous le savez, nous soutenons également la Région wallonne dans sa reconstruction. Mais notre solidarité ne peut, ni ne doit, se limiter aux seules victimes actuelles du climat. La véritable solidarité est tournée sur l'avenir. Elle construit des ponts entre les générations et s'attaque au nœud du problème.

Le dernier rapport du groupe d'experts des Nations unies sur le climat dresse un tableau sombre et sans ambiguïté. Le changement climatique s'accélère, nous avons des conditions météorologiques plus extrêmes : plus de vagues de chaleur, plus de sécheresse, de fortes pluies. Tous les feux sont au rouge. Il nous appartient d'éviter le pire. Nous devons réduire nos émissions. 

La crise climatique est de loin la tâche la plus importante à laquelle notre génération doit faire face. C'est littéralement une question de vie ou de mort. Si nous ne nous attaquons pas à ce problème, il y aura davantage de victimes du climat. Il est entre nos mains. Mais nous ne pouvons réussir que si nous ne nous laissons pas paralyser par le pessimisme. La crise climatique a été causée par l'homme. C'est aussi à nous de trouver des solutions. Et c'est ce que nous faisons.  Les voitures électriques du futur sont produites ici, en Belgique. Chez Volvo Car Gent et Audi Bruxelles. C'est bon pour le climat et pour des centaines de nouveaux emplois. Ou ArcelorMittal dans le port de Gand. 1,1 milliard d'euros d'investissements dans la production d'acier vert.  D'ici à 2030, 35 % d'émissions de CO2 en moins. Le plus gros investissement climatique jamais réalisé dans notre pays.

Tout le monde sait bien qu’un petit pays comme le nôtre, avec ses seuls efforts climatiques, est incapable de sauver le monde entier. En revanche, nos technologies belges, elles, changeront le monde. Si nous adoptons cette approche, la politique climatique ne sera pas un coût, un poste dans un budget, mais une opportunité de croissance nouvelle.

Aujourd'hui, notre pays est le leader mondial de la production d'énergie offshore. Même si notre littoral ne fait que 67 kilomètres de long, la Belgique est le deuxième pays par habitant pour la production d'énergie éolienne en mer. Nous nous appuyons sur cette réussite, avec une île énergétique en mer et un doublement de notre capacité d'énergie éolienne en mer du Nord pour alimenter en énergie tous les foyers de notre pays. Et exportons aussi ce savoir-faire. C'est une bonne chose pour plus d'énergie renouvelable et cela donne un boost à nos propres entreprises. Nous devons également étendre cette avance dans d'autres domaines.  Pourquoi s'en tenir à l'énergie éolienne ? Grâce à un projet pilote à grande échelle avec des panneaux solaires en mer, nous posons les bases d'un nouveau leadership technologique belge.  Et grâce aux investissements dans l'hydrogène, nous faisons de notre pays l'une des principales plaques tournantes de l'hydrogène propre. Afin d'ancrer des industries importantes dans  notre pays et de pouvoir, à l'avenir, conduire, chauffer et produire sans émissions.

 

Aujourd'hui, qui dit énergie, dit prix de l'énergie. Le gouvernement a décidé de prolonger le tarif social jusqu'après l'hiver et nous prévoyons également une réduction hivernale de 80 euros pour les plus vulnérables. Mais notre action va plus loin et concerne toutes les familles et toutes les entreprises. À partir du 1er janvier 2022, nous introduirons une norme énergétique. Nous simplifions la facture d’énergie et transformons les taxes fédérales et les obligations de service public en accises afin de mieux maitriser les augmentations.

Il s'agit de la plus grande réforme de la facture d’énergie de ces dix dernières années. En tant que pouvoirs publics, nous devons montrer l’exemple. Avec bpost, par exemple, le plus grand livreur de colis de notre pays, qui veut atteindre la neutralité climatique d'ici 2030. Et à coup d’investissements supplémentaires dans le transport des marchandises par le rail. Le moyen idéal de réduire la circulation des camions sur nos routes et d'améliorer l'accès à nos ports maritimes.

C'est avec cette ambition et cette attitude que le gouvernement se dirige vers la conférence des Nations unies sur le climat COP26. D'ici 2030, avec nos partenaires européens, nous réduirons les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 %. Vendredi dernier, le Conseil des ministres a donné son accord pour réduire les émissions de CO2 de la Belgique de 25 millions de tonnes supplémentaires d'ici à 2030. Avec l'écologisation des voitures de société, nous avons franchi une étape importante. Notre pays fera sa part. Nous assumons également notre responsabilité au niveau international. Nous augmentons notre financement international pour le climat afin que les pays les plus durement touchés puissent accroître leur résilience. Si nous ne le faisons pas, nous ne ferons que perdre davantage de vies. Et les tensions,  l'instabilité et l'insécurité augmenteront.
 

 

Cela m'amène à parler de notre sécurité. Au cours des dernières semaines et des derniers mois, il est apparu clairement que la situation internationale en matière de sécurité reste très explosive. Le retrait d'Afghanistan ne s'est pas déroulé comme prévu. Nous devons tourner la page. Nous ne pouvons garantir notre sécurité internationale que si nous travaillons ensemble avec d'autres. Avec nos partenaires transatlantiques de l'OTAN. Mais aussi avec une coopération en matière de défense beaucoup plus forte et plus ambitieuse entre les pays européens. L'OTAN reste la pierre angulaire de notre sécurité collective, mais l'Europe doit faire sa part et faire passer la défense européenne au niveau supérieur.  

Notre vision stratégique en matière de Défense date de 2016. Cela ne semble pas si lointain, pourtant, en cinq ans, la situation géostratégique a fortement évolué. Songeons à l’émergence de la Chine. À la rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine. Aux cybermenaces et au terrorisme international. Le gouvernement va donc actualiser la vision stratégique de la Défense, avec pour horizon l’année 2030. Parallèlement à cela, nous concevons une stratégie de sécurité nationale, un cadre global pour la politique de sécurité de notre pays. L'année dernière, le renseignement militaire a traversé une zone de turbulences. Ce qui importe à présent, c’est de tirer les leçons qui s'imposent. Un nouveau plan stratégique verra le jour pour le SGRS, avec une structure organisationnelle simplifiée et un meilleur flux d'informations. La coopération avec le service de renseignement civil sera aussi renforcée.

 

La sécurité reste une priorité absolue. Et cela commence par le respect de nos policiers, des hommes et des femmes qui assurent notre sécurité dans les rues. Il n'y a pas de place pour la violence contre notre police. Nous continuons à recruter 1 600 inspecteurs pour la police intégrée. Et nous allons assurer le suivi des premiers contrevenants. Pour qu'ils ne tombent pas dans la spirale infernale du comportement criminel et violent. Pas de punition aveugle, mais un travail sur mesure.

Nous intensifions également la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales. Huit femmes sur dix et près de la moitié des hommes ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie. Nous avons besoin de plus de rapports, de plus de condamnations. Avec quatre nouveaux centres de prise en charge des violences sexuelles, nous abaissons le seuil de signalement. Et la semaine prochaine, les auditions pour la nouvelle loi sur la sexualité  le droit pénal sexuel. 

Et, last but not least, le gouvernement opte pour une punition à 100%. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, tous ceux qui sont condamnés devront réellement purger leur peine. Avec des maisons de détention et un emprisonnement significatif dès le premier jour, nous ferons exécuter toutes les peines et veillerons à ce que les détenus sortent de prison meileurs qu'ils ne sont entrés.

Nous intensifions la lutte contre le crime organisé. Et c’est un combat que nous menons sur de nombreux fronts. En ligne, nos enquêteurs belges ont d’ailleurs reçu des éloges internationaux cette année pour avoir infiltré le réseau criminel Sky ECC. Financièrement aussi, car il n’existe qu’une seule bonne méthode pour atteindre les criminels là où ça fait mal : frapper au portefeuille.

 

Chers collègues,

Notre pays ne peut pas seul faire face à ces défis. La seule façon d'être fort est de travailler avec les autres. Aujourd'hui, plus que jamais, notre pays est convaincu de l'importance de la coopération européenne. C'est grâce à l'achat conjoint de vaccins corona par l'Europe que nous avons aujourd'hui une longueur d'avance sur le reste du monde.

Dans le domaine du développement, de la production et de l'administration des vaccins, il n'y a personne comme nous. Nous avons dépassé les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël. Qui oserait dire aujourd'hui que, en tant que petit pays, nous sommes mieux tout seuls, dans notre coin, en tournant le dos au reste du monde ? Regardez le Royaume-Uni. Les conséquences du Brexit ont montré de manière douloureuse le coût des populistes qui divisent au lieu de rapprocher. Pas d'essence à la pompe et des rayons vides dans les magasins. Les Brexiters ont eu tort d'identifier l'Union européenne comme le problème. Ils ont eu tort. L'Europe n'est pas le problème. C'est la solution. Parce qu'ensemble, nous sommes forts. L'union fait la force. Et l'Union nous rend plus forts que nous ne le sommes seuls.

Dans le domaine du climat, les pays européens font la différence. Nos actes dépassent les beaux discours d’autres grandes puissances. En réformant en profondeur l’échange des droits d'émission. En misant sur les énergies renouvelables. Sur l'efficacité énergétique. Mais aussi avec un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières qui taxe les pays dont les modes de production sont polluants lorsqu’ils exportent leurs marchandises en Europe. Ce n'est que justice. Car ne soyons pas naïfs, chers collègues. L’objectif n’est pas de pouvoir dire « l'Europe d'abord», mais de pouvoir défendre des échanges commerciaux équitables, justes et durables.

C'est le seul moyen de pousser la Chine, l'Amérique et nos nombreux autres partenaires commerciaux à agir. De les convaincre de nous rejoindre sur la voie choisie par l'Europe. Celle de la neutralité climatique. Et cette ambition, nous devons également l’afficher dans d'autres domaines. Il est temps de mettre en place une gestion européenne de l'asile et de la migration. Avec des frontières extérieures solides.

Pendant trop longtemps, nous avons considéré l'Europe comme allant de soi. C'est un projet que nous devons continuer à construire. Y compris notre génération. Regardez ce qui se passe aujourd'hui en Pologne et en Hongrie. L'oppression des personnes LGBT et des autres minorités. La stigmatisation des musulmans et des migrants. Bâillonner la presse. La politisation de la justice. Ce n'est tout simplement pas acceptable dans notre Union. Il ne s'agit pas d'un désaccord politique. Il s'agit de la violation des droits fondamentaux de l'Homme. Les fondements mêmes de notre État de droit démocratique. Les droits fondamentaux derrière chacun devrait se tenir. Que tout le monde devrait défendre. De gauche à droite. Ce type d'atteinte à nos valeurs européennes n'a pas sa place dans l'Union européenne. Ni dans notre pays.

 

Chers collègues, 

J’en arrive à ma conclusion. Les décisions de ces derniers jours et de ces dernières semaines traduisent un consensus entre sept partis. Elles sont aussi le reflet de la diversité de notre société. La Belgique a toujours été un pays ouvert à la différence. La diversité des voix est porteuse : les débats et leurs résultats n’en sont que meilleurs.

La diversité est un terrain fertile pour les nouvelles idées et la créativité. De nouvelles idées dont nous avons besoin, pour rendre le monde plus fort, meilleur et plus juste après le coronavirus. Apporter la stabilité et la sécurité. Pour faire sauter ce qui a longtemps semblé inamovible. C'est à cela que le gouvernement veut s'atteler au cours de l'année à venir. Sur notre santé, sur la nouvelle croissance, sur une approche climatique ambitieuse et sur notre sécurité. Pour rendre les gens plus forts et aller de l'avant. Pour que tout le monde aille de l'avant.

C'est pour ce travail que je demande la confiance de la Chambre.

Partager cet article

En lien avec l'article