05.10.21
09:29

"Je soupçonne que c'était juste une combinaison d'erreurs humaines et techniques"

Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger, les deux réseaux sociaux et les deux messageries du géant californien, ont subi une panne sans précédent, plongeant le groupe dans une double crise après les révélations au grand jour d'une lanceuse d'alerte. Un expert en cybersécurité explique qu'une "petite erreur peut avoir des effets catastrophiques", notamment à cause des "protocoles très anciens" qui régissent le fonctionnement d'internet.

"À un certain point, c'est à Facebook de dire ce qu'il en est. Je ne crois pas qu'il y ait déjà eu un hacking qui ait entraîné ce type spécifique de panne à cette échelle et qui ait été l'œuvre d'un outsider. C'est presque toujours une erreur humaine à un moment donné, ou un insider malveillant," selon John Bambenek, expert en cybersécurité. "Selon toutes probabilités, je soupçonne que c'était juste une combinaison d'erreurs humaines et techniques. Mais on verra bien."

 

Lire aussi: Panne et scandale: Facebook en pleine tourmente

 

Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger, les deux réseaux sociaux et les deux messageries du géant californien, émergeaient mardi d'une panne sans précédent, qui a plongé le groupe dans une double crise après les révélations au grand jour d'une lanceuse d'alerte.

La gigantesque panne a été causée par un "changement de configuration défectueux" des routeurs qui "coordonnent le trafic entre les serveurs", a fini par expliquer Facebook dans un communiqué publié sur son site dans la nuit de lundi à mardi, ce qui a empêché ses utilisateurs d'accéder à la plateforme, Instagram, WhatsApp ou Messenger pendant environ sept heures. "Les personnes et les entreprises dans le monde dépendent de nous pour rester connectés", a noté le groupe jusque là peu loquace sur l'incident exceptionnel. "Nous présentons nos excuses à ceux qui ont été affectés", a ajouté Facebook, soit potentiellement plusieurs milliards de personnes selon divers experts en cybersécurité.

L'incident, causé par un problème technique, constitue la panne "la plus importante jamais observée" par Downdetector, qui recense les signalements des utilisateurs. "Des milliards d'utilisateurs ont été affectés", a assuré le site.

Cette panne tombe très mal pour la firme de Mark Zuckerberg, qui traverse l'une des pires crises sur sa réputation. En cause, une ancienne ingénieure, Frances Haugen, qui a accusé le groupe de choisir "le profit plutôt que la sûreté" de ses utilisateurs, dans un entretien diffusé par la chaîne CBS dimanche.

 

La perturbation technique a eu des "effets en cascade", au point que "de nombreux outils et systèmes que nous utilisons au quotidien en interne ont aussi été affectés, compliquant nos efforts pour diagnostiquer et réparer le problème", détaille le groupe. "A un moment ce matin, Facebook a retiré la carte qui permet aux ordinateurs dans le monde de trouver ses différentes adresses en ligne", a résumé l'expert en cybersécurité Brian Krebs sur son blog.

Le malheur de Facebook a fait le bonheur de ses concurrents. La messagerie Telegram est passée de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées aux Etats-Unis, en un jour, selon le cabinet spécialisé SensorTower. "Les inscriptions sont en forte hausse sur Signal (bienvenue tout le monde)", a aussi tweeté cette autre messagerie réputée pour son cryptage des données. 

La panne régalait aussi les utilisateurs facétieux, qui rivalisaient de sarcasmes sur Twitter. D'autres se plaignaient d'être coupés de leurs contacts, de leur source de revenu ou de leur outil de travail. Certaines personnes se montraient philosophes, comme Cindy Bennett, une boulangère de New York, interviewée par l'AFP : "en général, je crois que le monde serait meilleur si tout le monde ne savait pas ce que tous les autres font à tout instant du jour et de la nuit".

L'incident devrait apporter de l'eau au moulin des détracteurs de la société californienne, car il démontre son immense emprise sur la vie quotidienne.  L'impact est encore pire dans les nombreux pays où Facebook est "synonyme de l'internet", ou pour les usagers qui se servent du réseau social pour accéder à d'autres services, souligne Jake Williams, cofondateur de BreachQuest, une entreprise de cybersécurité.

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