18.09.21
10:07

Angela Merkel, "l'inoxydable" chancelière, s'apprête à quitter la scène

Les conservateurs allemands renouent avec un exercice que la popularité d'Angela Merkel avait presque rendu superflu, celui de faire campagne.

Sur la place médiévale de Brême (nord), où un déplacement électoral l'a mené cette semaine, le candidat de la droite, Armin Laschet, grimpe à la tribune au son de "L'oeil du tigre", la mythique bande originale de Rocky III. Une façon pour le chef de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de se galvaniser avec cet hymne célébrant la rage de vaincre et de reconquête, à une semaine des législatives du 26 septembre ?

Devancé dans les sondages par son rival social-démocrate (SPD), Armin Laschet place son camp dans une situation de vulnérabilité qu'il n'avait plus connu depuis longtemps, après quatre mandats consécutifs remportés par Angela Merkel.
"Que ce soit si serré, je ne m'y attendais pas", confie Hans-Georg Friedrichs, militant de longue date de la CDU à Brême. Armin Laschet "ne bénéficie pas du bonus des sortants, il a dû se faire connaître", analyse ce notaire.

Lutte fratricide

"Le problème, c'est d'arriver après Merkel, abonde Kerstin Eckardt, responsable d'une section locale. On repart de zéro, il faut convaincre". "Cette fois, c'est une vraie campagne, ça ne va plus de soi comme avant", constate sa compagne de meeting. Peut-être Armin Laschet n'avait-il pas suffisamment conscience de son déficit de notoriété, observe Bernd Neumann, un ancien ministre d'Angela Merkel.

Le candidat SPD, Olaf Scholz, est ministre des Finances de la grande coalition depuis 2018: "Il est connu, il peut mettre en avant son expérience au gouvernement", observe M. Neumann. Dirigeant depuis 2017 du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, région la plus peuplée d'Allemagne, Armin Laschet n'a en revanche jamais eu de portefeuille de ministre. 

Elu à la tête de la CDU il y a moins d'un an, son entrée en fonction a été minée par une guerre des chefs avec un autre baron régional, Markus Söder, dirigeant des conservateurs bavarois (CSU) qui lui disputait l'investiture. "S'il n'y avait eu qu'un seul prétendant, on nous aurait dit +il ne se passe rien dans le parti, vous n'êtes pas démocratiques+ et avec deux candidats, on nous reproche de ne pas être unis !", s'agace Hans-Georg Friedrichs.

Mais les militants admettent que cette rivalité a laissé des traces, au moment même où le départ d'Angela Merkel ouvre un vide politique et nécessite un nouvel élan. "Je m'attendais à ce que ce soit dur. Qu'on se retrouve deuxième dans les sondages, ça ne nous était pas arrivé depuis longtemps", admet Claas Rohmeyer, député régional du Land de Brême, vieille cité commerciale qui dispose de son propre parlement.

Nouvelle page

La plus grand parti d'Allemagne, qui domine la vie politique depuis l'après-guerre, "va aux devants de changements significatifs, ce qui est normal après 16 ans", analyse-t-il, comparant cette nouvelle page à la fin de l'ère Helmut Kohl, l'ancien mentor d'Angela Merkel, resté au pouvoir de 1982 à 1998. La CDU, qui n'est jamais descendue en dessous de 30% des votes aux élections législatives, est créditée d'un score entre 20 et 22%, contre 25% pour le SPD et environ 15% pour les Verts. "On voit la même tendance dans toute l'Europe, les grands partis s'affaiblissent", constate Theresa Gröninger, collaboratrice régionale de la CDU. "Le temps de la stabilité et des grosses majorités est passé".
Marquée par la volonté de gouverner au centre, la ligne politique d'Angela Merkel est endossée par Armin Laschet, libéral modéré et pro-européen.

Mais dans une campagne électorale où la question climatique n'a cessé de monter en puissance, le candidat se voit reprocher son manque d'ambition et d'idées neuves. Sa promesse phare en la matière: s'attaquer aux obstacles bureaucratiques qui freinent la réalisation de projets liés au développement durable. "Sur les grandes questions, y compris la politique climatique, la priorité pour l'Allemagne est de retrouver sa force économique après la pandémie", a-t-il lancé lors de son meeting de Brême, sous les huées d'un groupe de militants radicaux, le désignant, mégaphone en main, comme "le pire choix pour le climat".

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