31.08.21
18:39

L'UE mise sur les voisins de l'Afghanistan pour éviter une nouvelle crise migratoire

Redoutant un afflux migratoire vers l'Europe comparable à celui de 2015, les ministres de l'Intérieur de l'UE réunis mardi à Bruxelles comptent sur les pays voisins de l'Afghanistan pour que les réfugiés fuyant les talibans restent dans la région.

"Nous devons travailler à l'échelle mondiale pour garder les gens près de chez eux et de leur culture", a déclaré le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer, estimant que seules les "personnes particulièrement maltraitées" devraient pouvoir venir dans l'UE.

L'Allemagne d'Angela Merkel avait été en 2015 à la pointe de l'accueil des Syriens fuyant la guerre, en ouvrant ses portes à plus d'un million de demandeurs d'asile, lors d'une crise migratoire qui avait pris l'Europe de court.

L'ONU s'attend pour 2021 à un demi-million de réfugiés afghans de plus.

Les Afghans "ne devraient pas venir en Europe, ils devraient rester dans leur région. Notre tâche est de stabiliser la région et de garantir que les organisations internationales y travaillant sont financées et capables d'aider les gens qui ont besoin de protection", a lancé le ministre danois Mattias Tesfaye, s'exprimant aux côtés de ses homologues autrichien et tchèque qui ont affiché la même fermeté.

La France a insisté sur la "cohérence entre l'accueil de réfugiés et la fermeté des contrôles", par la voix de Gérald Darmanin. L'objectif est d'"aider tous ceux qui nous ont aidés, sont pourchassés par les talibans mais ne pas accepter une immigration qui ne serait pas contrôlée", a-t-il dit. Il a précisé qu'un afflux ne s'était pas produit pour l'instant mais "il se peut que cela arrive dans les semaines ou dans les mois qui viennent".

Agir maintenant

Pour contrôler ses frontières extérieures, l'UE pourrait s'inspirer de l'accord signé en 2016 avec Ankara prévoyant le renvoi des îles grecques vers la Turquie des migrants en situation irrégulière et une aide financière pour l'accueil des réfugiés. La Turquie accueille actuellement plus de quatre millions de migrants, dont une majorité de Syriens.

"Il est important que nous soyons en position d'éviter une crise humanitaire, une crise migratoire et des menaces sécuritaires en provenance d'Afghanistan", a souligné la commissaire européenne Ylva Johansson. "Nous devons agir maintenant, et ne pas attendre de voir des afflux de personnes à nos frontières extérieures, ou de voir des organisations terroristes se renforcer".

Aucun engagement chiffré de la part des Etats membres pour accueillir de réfugiés afghans n'est toutefois attendu mardi, a précisé la commissaire aux Affaires intérieures. "Les chiffres créent un effet d'appel d'air et nous n'en voulons pas", a estimé Horst Seehofer.

Des promesses de "réinstallation" de réfugiés, quelle que soit leur nationalité, doivent cependant être présentées par les 27 d'ici la mi-septembre, dans le cadre d'un processus annuel. 

L'accueil des migrants est un sujet hautement sensible dans l'UE, qui n'arrive pas à se mettre d'accord pour réformer son système d'asile.

Se laver les mains

Dans le projet de déclaration vu par l'AFP, les Etats membres se disent "déterminés à agir conjointement pour empêcher le retour de mouvements migratoires illégaux et incontrôlés à grand échelle". 

L'UE s'engage à "renforcer son soutien" aux pays voisins de l'Afghanistan "accueillant de nombreux migrants et réfugiés pour accroître leur capacité à fournir une protection, des conditions d'accueil dignes et sûres et des moyens de subsistance durables". Son financement proviendrait d'une enveloppe budgétaire de 80 milliards d'euros sur 2021-2027. Parmi les pays voisins figurent le Pakistan et le Tadjikistan.

Les Etats membres promettent aussi de "faire leur maximum pour garantir que la situation en Afghanistan ne mène pas à de nouveaux risques sécuritaires pour les citoyens de l'UE" et mettent l'accent sur "l'exécution des contrôles de sécurité des personnes évacuées".

Le ministre luxembourgeois Jean Asselborn a déploré que la politique migratoire européenne aille "dans la mauvaise direction", appelant l'UE à "établir des programmes de réinstallation (de réfugiés) pour donner espoir aux gens qui sont poursuivis, qui ne peuvent plus vivre normalement en Afghanistan". 

Oxfam a pour sa part accusé les gouvernements européens de "se laver les mains de leur obligation internationale d'offrir un refuge à ceux qui cherchent la sécurité et de s'en décharger sur d'autres pays".

Amnesty International a aussi exhorté l'UE à ne pas "reporter la responsabilité de la protection des réfugiés sur des pays tiers".

AFP

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