12.08.21
08:16

Le Parlement polonais adopte une loi controversée sur les médias

La loi, dont le projet a déjà été critiqué par Washington, pourrait notamment forcer le groupe américain Discovery à vendre la majeure partie de sa participation dans le réseau de télévision privé polonais TVN, souvent critique envers le gouvernement conservateur.

Le Parlement polonais a adopté mercredi soir une loi controversée sur les médias qui menace la liberté de la presse, selon l'opposition, et va obérer les relations avec les Etats-Unis, un succès pour le pouvoir gâché par l'échec d'autres votes qui fragilisent la majorité.

La loi, dont le projet a déjà été critiqué par Washington, pourrait notamment forcer le groupe américain Discovery à vendre la majeure partie de sa participation dans le réseau de télévision privé polonais TVN, souvent critique envers le gouvernement conservateur.

Le texte a été adopté par 228 voix pour et 216 contre. Dix députés se sont abstenus.

La décision du Parlement constitue "une attaque sans précédent contre la liberté d'expression et l'indépendance des médias", a déclaré mercredi soir la direction de TVN dans un communiqué.

"Le résultat du vote d'aujourd'hui porte atteinte aux droits de propriété, ce qui inquiète les investisseurs étrangers en Pologne. Elle sape aussi sans aucun doute les fondements de l'alliance polono-américaine construite au cours des 30 dernières années", a encore déclaré la direction de la télévision qui a également appelé le Sénat et le président à rejeter la loi.

Les Etats-Unis, par la voix du chef de la diplomatie Antony Blinken, se sont dits mercredi soir "profondément préoccupés" par le passage de la loi.

"Ce projet de loi affaiblirait fortement l'environnement médiatique que le peuple polonais a travaillé si longtemps à construire", a estimé le secrétaire d'Etat dans un communiqué, ajoutant que le projet allait "à l'encontre des principes et valeurs que les nations modernes et démocratiques défendent".

 

Quatre votes perdus

 

Le vote sur cette loi a eu lieu lors d'une session houleuse du Parlement qui s'est déroulée au lendemain de l'éclatement de la coalition au pouvoir.

Elle a été provoquée par la démission, ordonnée par le Premier ministre Mateusz Morawiecki de son adjoint, Jaroslaw Gowin, chef d'un des trois partis de la coalition qui disposait de dix voix au Parlement.

Mercredi, la droite au pouvoir a perdu au total quatre votes, résultat sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 2015.

Dans un premier temps, l'opposition a réussi à ajourner la session du Parlement jusqu'au 2 septembre.

Cependant la présidente de la Diète Elzbieta Witek a décidé de répéter ce vote, sous les cris de protestation de l'opposition.

 

"Escrocs, escrocs"

 

Le vote a finalement été remporté par les conservateurs au pouvoir soutenus par quelques députés d'un groupe anti-système Kukiz 15, qui lors du premier vote avaient soutenu l'ajournement.

Les résultats ont été accueillis par les cris "Escrocs, escrocs!", lancées par l'opposition. Les députés de l'opposition, qui remettait sa légalité en cause, se sont abstenus lors de ce vote.

La droite a poursuivi les débats procédant au vote sur la loi sur les médias.

Il s'agit d'une loi importante pour le parti populiste Droit et justice (PiS) et son président Jaroslaw Kaczynski qui contrôle déjà la télévision publique TVP, devenue un média de propagande gouvernementale, et une grande partie de la presse régionale.

La coalition "la Droite Unie", dirigée par PiS est régulièrement accusée par l'Union européenne de faire reculer les libertés démocratiques dans le pays.

Mardi soir des milliers de personnes à travers la Pologne ont manifesté contre la loi sur les médias. 

 

Collée par la boue de la corruption 

 

L'éclatement de la coalition ne signifie pas que le gouvernement chute automatiquement car il faudrait un vote formel de défiance du parlement. Le gouvernement pourrait continuer en étant minoritaire.

Selon les observateurs, le résultat des votes de mercredi montrent que PiS dispose d'une majorité très incertaine et qu'il devra négocier avec les députés d'autres partis, et notamment de l'extrême droite, avant chaque vote.

"La majorité parlementaire, collée par la boue de la corruption et du chantage, s'effondre sous nos yeux", a écrit sur Twitter l'ancien chef de l'UE Donald Tusk, qui dirige le principal parti d'opposition Plateforme civique (PO).

"Elle peut durer encore un certain temps, mais elle n'est plus en mesure de gouverner", a-t-il déclaré.

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