22.07
15:30

La BCE confirme son cap expansif sur fond de menaces pour la reprise

La Banque centrale européenne a confirmé jeudi le cap expansif de sa politique monétaire, en accord avec la récente révision de sa cible d'inflation et sur fond de dynamique exponentielle des infections de Covid-19 menaçant la reprise.

L'institution de Francfort tenait sa première réunion de politique monétaire depuis qu'elle a, début juillet, dépoussiéré son objectif d'inflation. Son arsenal de mesures anti-crise a été maintenu, comme attendu. Ainsi les taux directeurs restent à leur plus bas niveau, notamment celui, négatif, de -0,5% qui taxe les dépôts en excès des banques, faute d'être distribués dans l'économie. 

Les taux à court terme vont demeurer bas "jusqu'à ce que (la BCE) voit l'inflation atteindre 2% bien avant la fin de son horizon de projection" qui s'étale sur trois ans et ce "durablement pour le reste de l'horizon de projection". Cette communication sur les actions à venir -- la "forward guidance" en anglais -- était un élément très attendu par les marchés, après la récente révision stratégique.

Le plan d'urgence "PEPP" déclenché en mars 2020 face à la pandémie de Covid-19 conserve son enveloppe de 1.850 milliards d'euros, destiné à des achats de dettes privées et publiques afin de maintenir des conditions favorables de financement.  Ce programme a vocation à durer "au moins" jusqu'en mars 2022, et "dans tous les cas" jusqu'à ce que le conseil des gouverneurs "juge que la crise du coronavirus est terminée".

L'heure de mettre fin à cette politique monétaire particulièrement accommodante semble néanmoins s'éloigner alors que les cas de contaminations au Covid-19 repartent en flèche, notamment en France, en touchant très majoritairement des publics non vaccinés. 

Le variant inquiète

La chancelière Angela Merkel s'est dite jeudi inquiète de la dynamique "exponentielle" des nouvelles infections en Allemagne, notamment en raison de la progression du variant Delta, exhortant la population à se faire vacciner. C'est dans ce contexte pétri d'incertitudes que la BCE a annoncé, il y a deux semaines, l'abandon de son ancien objectif mal compris, inchangé depuis 18 ans, d'une inflation "en dessous mais proche de 2% sur le moyen terme", qui représentait une concession à la Bundesbank allemande, intransigeante sur la maîtrise des prix.

La nouvelle cible, relevée à 2% et toujours sur le moyen terme, est plus simple et plus flexible: la formulation ne donne plus l'impression de s'inquiéter d'une croissance des prix supérieure à 2%.  En pratique, la BCE ne réagira pas à des déviations au-dessus comme en-dessous de l'objectif tant qu'elles restent modérées et temporaires, deux qualificatifs suscitant déjà des querelles sur leur interprétation.  

Après l'unanimité en faveur de cette révision, des fissures pourraient apparaître dès ce jeudi entre banquiers de la zone euro sur la trajectoire prévue des taux d'intérêt et des rachats d'actifs, au regard de la nouvelle approche. 

Quelle marge d'inflation?

La BCE conserve pour l'heure son cap expansif car elle juge temporaire la récente poussée des prix, après des années de  baisse, et parce qu'elle table sur le retour d'une inflation à 1,4% en 2023, bien éloignée de son objectif. Le taux d'inflation annuel en zone euro s'est légèrement replié en juin, à 1,9%, après avoir atteint en mai 2%. Hors prix de l'énergie et des denrées alimentaires de base, l'agrégat ne s'est élevé qu'à 0,9%, attestant la faiblesse des pressions inflationnistes venant notamment des salaires.

Les tensions sur l'indice général des prix font généralement craindre aux marchés financiers une remontée des taux d'intérêt. Or, dans sa nouvelle stratégie, la BCE affirme que si l'économie s'approche d'un plancher, la politique monétaire devra réagir avec "force" et "persistance" pour empêcher que les hausses de prix ne restent éloignées de l'objectif. Un message qui devrait être amplifié lors de la conférence de presse débutant à 12H30 GMT (14h30 HB) avec la présidente de la BCE Christine Lagarde.

L'institut devra en particulier expliquer quelle serait sa "marge de manœuvre pour la politique monétaire avec une inflation supérieure à 2%" et "ce que signifie l'expression période transitoire" pour un dépassement d'inflation", selon Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d'Allianz Global Investors. La discussion sur un chiffrage des rachats de dette à partir du deuxième trimestre de 2022 attendra la réunion de septembre, prévoient les analystes.

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