21.07
16:29

Irlande du Nord: Londres demande à l'UE de renégocier les mesures post-Brexit

Le gouvernement britannique a demandé mercredi à l'Union européenne un moratoire sur l'application des dispositions douanières post-Brexit en Irlande du Nord, le temps de renégocier en profondeur ces mesures à l'origine de vives tensions dans la province britannique. 

Pour éviter le retour d'une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, le protocole nord-irlandais âprement négocié dans le cadre du Brexit crée de fait une frontière douanière entre la province britannique, qui bénéficie toujours du marché unique européen, et l'île de Grande-Bretagne. 

Cela perturbe les approvisionnements du territoire et sème la colère dans la communauté unioniste attachée au maintien au sein du Royaume-Uni.

Après avoir menacé de suspendre unilatéralement le traité en invoquant son article 16, Londres, par la voix du secrétaire d'Etat chargé des questions européennes David Frost, a averti mercredi que la situation actuelle le "justifiait" mais concédé que ce n'était pas "le bon moment".

Il a demandé en revanche une renégociation pour arriver à "un nouvel équilibre".

"On ne peut tout simplement pas continuer comme cela", a-t-il martelé à la Chambre des Lords, présentant les demandes britanniques. "Ces propositions nécessiteront un changement significatif du protocole de l'Irlande du Nord", c'est pourquoi "nous pensons que nous devons nous mettre d'accord rapidement sur un moratoire". 

La Commission européenne n'a pas réagi dans l'immédiat, mais le référent Brexit du Parlement européen, Sean Kelly, voit dans cette annonce "un pas supplémentaire dans l'érosion de la crédibilité du gouvernement britannique". Il a appelé l'UE à se positionner "fermement conte les tentatives de saper" le protocole. 

 

"Vraie renégociation" 

 

Selon le document adressé mercredi à l'UE, le statu quo proposé comprendrait la prolongation des périodes de grâce en vigueur sur certains contrôles ainsi que le gel des actions juridiques intentées par l'UE. 

Cette solution permettra de "traiter les problèmes dans leur ensemble", plutôt que de demander plusieurs extensions des périodes de grâce, a déclaré devant les députés le ministre chargé de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis.

A terme, afin de préserver le marché intérieur britannique, Londres demande que les biens britanniques destinés à la province et non au marché européen puissent y accéder "presque" sans contrôles douaniers. Il souhaite aussi que ses normes et non seulement celles de l'UE y soient acceptées afin que les marchandises circulent sans entrave.

L'UE a toujours rejeté de telles mesures, y voyant un danger pour l'intégrité de son propre marché faute de frontière physique et de contrôle entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, au sud.

L'objectif du protocole est justement d'éviter un telle frontière qui pourrait compromettre la paix.

Effectif depuis le 1er janvier, il maintient pour cela la province britannique dans le marché unique et l'union douanière européens pour les marchandises, en prévoyant des contrôles douaniers sur les biens arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne, séparées par la mer.

Les unionistes s'estiment trahis et militent pour l'abandon du protocole. Des violentes émeutes ont fait des dizaines de blessés au sein de la police en avril. Les portes des "murs de la paix" séparant quartiers catholiques et protestants se sont embrasées, rappelant les années des Troubles (quelque 3.500 morts jusqu'à l'accord de paix de 1998).

Le chef du parti unioniste DUP, Jeffrey Donaldson, s'est dit en phase avec le gouvernement mercredi, estimant que "des remèdes de court terme n'allaient jamais fonctionner". "Il nous faut une vraie renégociation", a-t-il insisté. 

 

"Corde raide" 

 

Pour éviter d'envenimer les choses, Londres et Bruxelles ont récemment conclu un accord provisoire réglant la "guerre de la saucisse" qui couvait, permettant à la Grande-Bretagne de continuer jusqu'au 30 septembre à expédier de la viande réfrigérée vers la province britannique.

Mais cette solution provisoire ne règle pas le problème de fond. La chaîne de supermarchés Marks & Spencer a averti mercredi qu'elle ne pourrait pas en l'état approvisionner la province avec tous les produits qu'elle fournit habituellement à Noël.

En première ligne, l'Irlande s'est dite prête à des "solutions créatives" mais a relevé que le Royaume-Uni avait "décidé lui-même" d'appliquer ces règles pour sortir de l'UE.

Le président américain Joe Biden, qui revendique ses origines irlandaises, a aussi fait part de son inquiétude.

Pour le Parti travailliste d'opposition, Jenny Chapman a dénoncé une "stratégie politique de la corde raide", sans alternative proposée au protocole.

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