06.07.21
09:44

Italie-Espagne, les maîtres de la renaissance et du jeu

"Rinascimento" italien contre "reconquista" espagnole: la demi-finale de l'Euro entre l'Italie de Roberto Mancini et l'Espagne de Luis Enrique, mardi (21h00) à Londres, consacre la renaissance par le jeu de deux grandes nations du football dont l'étoile avait bien pâli.

Pour les bookmakers, l'affiche attendue n'était pas celle-là: cette première demi-finale à Wembley était promise à un France-Belgique aux allures de revanche du Mondial 2018 voire de "finale avant la lettre". Mais sur la mythique pelouse londonienne, où va désormais s'écrire l'histoire jusqu'à dimanche, s'avancent deux trouble-fête inattendus: l'Espagne sortie de piste dès les huitièmes de finale au Mondial 2018 et l'Italie condamnée à regarder la dernière Coupe du monde de son canapé, pour la première fois depuis 60 ans.

A l'origine de ce retour de flamme, deux sélectionneurs arrivés en 2018. L'un, Roberto Mancini, 56 ans, a révolutionné le jeu d'une Italie dévastée par l'échec en barrage de qualifications, après avoir chuté dans le groupe face aux Espagnols. L'autre, Luis Enrique, 51 ans, a redonné une âme à une "Roja" un peu usée. 

Les promesses de renouveau étaient là, restaient à les confirmer pendant l'Euro.

L'Espagne a d'abord souffert mais la franche victoire contre la Slovaquie (5-0) a libéré les têtes. La "Roja" a depuis affiché de belles ressources, à défaut d'un jeu flamboyant, pour écarter la Croatie (5-3 a.p.) puis la Suisse (1-1 a.p., 3-1 aux tirs au but).

 

"Cette sélection a réussi l'impossible: redonner espoir à toute l'Espagne et la faire rêver d'atteindre ce qui paraissait inatteignable", a salué samedi Emilio Contreras, directeur adjoint du quotidien sportif Marca, se prenant à rêver d'un quatrième titre continental, le troisième en quatre éditions après 2008 et 2012. 

 

"Nuits magiques italiennes"

L'Italie, en dépit de qualifications parfaites (10 victoires en 10 matches), suscitait des réserves sur sa capacité à garder sa fraîcheur nouvelle contre les gros, en raison d'un déficit d'expérience internationale et d'adversaires peu clinquants. Cinq victoires au parfum de "nuits magiques" plus tard, les Azzurri ont aussi convaincu l'Italie, et l'Europe.

 

Les tifosi ne l'imaginent plus s'arrêter là après avoir muselé Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku en quart.   "Il y a une envie incroyable, un grand respect des rôles, de l'énergie, de l'amitié entre les joueurs", énumérait, admiratif, l'ex-star de la Nazionale Alessandro Del Piero après la démonstration contre la Belgique.

 

Quatrième consécutive

C'est la quatrième fois consécutive que l'Italie et l'Espagne s'affrontent en phase finale de l'Euro, avant une demi-finale de Ligue des nations en octobre. 

En 2008, l'Espagne avait brisé son "plafond de verre" en s'imposant en quart (aux tirs au but), ouvrant une période dorée jusqu'à la finale de l'Euro 2012 remportée face aux Azzurri (4-0). En 2016, la Nazionale avait pris sa revanche en huitièmes (2-0).

Entre ces deux sélections renaissantes, aimant posséder le ballon, la bataille du milieu sera déterminante: "On va essayer de le garder pour ne pas les laisser maîtriser le tempo", a souligné l'Italien Nicolo Barella, misant sur Jorginho et Marco Verratti pour contrôler les Espagnols Sergio Busquets et Pedri.

La possession, ce sera "une des grandes questions" de ce quart de finale. "On est parmi les meilleurs de l'Euro en termes de possession, mais les Italiens aussi peuvent faire usage du ballon. Ce sera la première bataille à gagner", a prévenu Luis Enrique.

Encensant le jeu de passes espagnol qui les a emmenés "à des succès extraordinaires", Mancini estime que celui qu'il développé avec sa Nazionale, salué pendant l'Euro, est "légèrement différent": "On est Italiens, on ne peut devenir Espagnols d'un coup. On essaiera de faire notre match."

L'Italie a perdu le précieux Leonardo Spinazzola (rupture du tendon d'Achille), à qui Leonardo Bonucci a promis de dédier la qualification pour la finale, car "le perdre a été un coup dur". Emerson, son remplaçant naturel sur le flanc gauche, essaiera d'en profiter pour briller enfin à Londres, après avoir peu joué cette saison avec Chelsea.

Pour Luis Enrique, la seule interrogation concerne l'état de santé de Pablo Sarabia (adducteur droit), buteur contre la Slovaquie et la Croatie. L'attaquant du Paris SG pourrait céder sa place à Dani Olmo ou Mikel Oyarzabal.

Les autres grands absents de la soirée seront les supporters venus d'Espagne et d'Italie, en raison de la quasi-impossibilité pour eux d'assister au match en raison des quarantaines obligatoires: "Très injuste", a regretté Mancini. 

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