03.07
18:51

Quand prélats et prédateurs siphonnent les caves du Vatican

L'enquête de la justice vaticane sur l'achat ruineux d'un immeuble de standing à Londres a mis au jour les failles du contrôle financier au Saint-Siège, les pratiques peu catholiques de certains prélats et l'appétit de prédateurs pour l'argent de l'Eglise.

Le dossier d'instruction, dont l'agence officielle Vatican News a publié des extraits samedi, révèle une affaire d'une incroyable complexité, avec commissions faramineuses, versements en espèces et placements spéculatifs qui auront coûté une fortune au petit Etat.

 

Le cardinal, sa "dame" et les financiers

Dix personnes physiques et quatre entreprises comparaîtront devant le tribunal du Saint-Siège à partir du 27 juillet pour y répondre notamment des chefs de détournement de fonds, abus de pouvoir, extorsion, corruption, subornation de témoin, blanchiment et fraude.

Les mis en cause sont des religieux, des laïcs travaillant au Vatican et des personnes étrangères au Saint-Siège.

Le plus haut ecclésiastique impliqué dans cette affaire est Angelo Becciu, premier cardinal à être jugé par la justice civile du Vatican.

Agé aujourd'hui de 73 ans, il occupait un poste clé à la secrétairerie d'Etat (le gouvernement du Vatican) à l'époque où est lancée la procédure d'achat d'un immeuble de prestige dans le quartier londonien de Chelsea. Le Vatican affirme qu'il avait approuvé cet investissement pourri en toute connaissance de cause. Il a été démis par le pape en septembre 2020.

Autre personnalité très attendue au procès, Cecilia Marogna, surnommée "La dame du cardinal" ou "Lady Vatican". La consultante de 40 ans est elle soupçonnée d'avoir empoché au moins 500.000 euros pour ses supposés services de médiatrice destinés à faire libérer des prêtres et soeurs enlevés en Afrique ou en Asie. Mais l'argent que lui versait le cardinal a surtout servi à acheter des articles de luxe.

 

Spéculateurs et complicités internes

Entre juin 2013 et février 2014, la secrétairerie d'État emprunte 200 millions de dollars (170 millions d'euros) au Crédit Suisse pour investir dans le fonds de l'homme d'affaires italien Raffaele Mincione, Athena Capital Global Opportunities. Au 30 septembre 2018, les actions ont déjà perdu plus de 18 millions d'euros de leur valeur et "la perte globale est estimée à un montant beaucoup plus important", écrit Vatican News.

Raffaele Mincione utilise l'argent pour réaliser "des opérations imprudentes" et pour tenter de racheter des banques en crise. Le Vatican veut sortir du fonds, reprendre le contrôle décisionnaire et acheter l'immeuble. Il fait alors appel à un autre intermédiaire financier, Gianluigi Torzi, pour racheter les actions de Raffaele Mincione. Sans savoir que les deux hommes sont de mèche et bénéficient de complicités au Saint-Siège: Enrico Crasso,  gestionnaire du patrimoine réservé de la secrétairie d'Etat, et Fabrizio Tirabassi, économe à la secrétairerie. Pour les enquêteurs, ces derniers ont touché des commissions.

Gianluigi Torzi fait acheter au Vatican 30.000 actions sans droits de vote tandis que lui-même en acquiert 1.000 avec droits de vote exclusifs...

 

Préjudice inconnu

Le Vatican ne donne pas d'estimation précise du préjudice.

L'opération a "généré des pertes substantielles pour les finances du Vatican, et puisé jusque dans les ressources destinées à l'action caritative personnelle du Saint-Père", indique le communiqué officiel publié samedi pour annoncer le procès.

Entre 2013 et le 30 septembre 2018, les 170 millions d'euros initialement investis n'en valent plus que 138. Il y a aussi les commissions versées aux deux intermédiaires pour la gestion, le courtage ou le rachat d'actions, des dizaines de millions d'euros supplémentaires.

En novembre 2020, Monseigneur Nunzio Galantino, président depuis de l'Administration du patrimoine du siège apostolique (Apsa) évaluait les pertes liées à l'immeuble de Londres à entre 66 et 150 millions de livres britanniques (77-175 millions d'euros).

AFP 

Partager cet article

En lien avec l'article