18.06
12:44

L'Iran élit son président, l'ultraconservateur Raïssi grand favori

Les Iraniens choisissent vendredi sans grand enthousiasme un nouveau président lors d'une élection qui devrait être remportée par l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi sur fond de grogne dans un pays frappé de plein fouet par une grave crise économique et sociale.

Le guide suprême Ali Khamenei a ouvert le scrutin en votant peu après 07H00 (02H30 GMT). Il a appelé les 59,3 millions d'Iraniens en âge de voter à accomplir leur "devoir" civique "le plus tôt" possible.

Chef de l'Autorité judiciaire, âgé de 60 ans, Ebrahim Raïssi fait figure d'archifavori, faute de concurrents sérieux après la disqualification de ses principaux adversaires. Trois autres candidats sont en lice.

L'enjeu du scrutin, la participation. A en croire les rares sondages disponibles, l'abstention pourrait atteindre un niveau inédit et dépasser le record de 57% des législatives de 2020.

Après trois semaines d'une campagne électorale terne, sur fond de ras-le-bol général face à la crise dans un pays riche en pétrole mais soumis à des sanctions américaines asphyxiantes, l'ouverture des bureaux de vote a été allongée jusqu'à minuit (19H30 GMT) et une extension jusqu'à 02H00 samedi est possible.

Dans la rue, une infirmière drapée dans un tchador noir, a dit à l'AFP qu'elle voterait pour Ebrahim Raïssi "le candidat le plus compétent" qui a su lutter "résolument (contre) la corruption". "J'espère qu'il saura" épargner à la population les "privations."

"Il est important de participer aux élections, chacun selon son avis personnel. J'ai voté aujourd'hui", a déclaré Mohammad Javad Pourzadeh, avant un SMS de rappel envoyé à la mi-journée pour inciter les gens à voter.

 

"Garder le silence" 

A l'inverse, Hossein Ahmadi, menuisier, a dit à l'AFP qu'il n'allait pas voter, accusant les autorités de n'avoir "rien fait" pour améliorer la situation du pays.

"La situation est telle que nous n'avons d'autre choix que de garder le silence et de rester à la maison en espérant ainsi faire entendre nos voix", a-t-il ajouté.

Les résultats définitifs du scrutin sont attendus samedi. Un second tour de la présidentielle est prévu le 25 juin entre les deux candidats ayant obtenu le plus de voix si aucun n'a obtenu la majorité absolue.

En 2017, le président Hassan Rohani, un modéré prônant une politique d'ouverture avec l'Ouest et plus de libertés individuelles, a été réélu dès le premier tour. La participation a été de 73%, mais l'espoir qu'il incarnait a fait place à la désillusion.

Face à des appels au boycottage lancés par l'opposition en exil sur les réseaux sociaux, et par quelques dissidents en Iran, l'ayatollah Khamenei a multiplié les appels à participer en masse au scrutin pour élire un "président puissant".

"Les élections sont importantes quoi qu'il arrive, et malgré les problèmes (les invalidations de candidatures, ndlr), nous devons aller voter", a dit de son coté Hassan Rohani après avoir voté, reconnaissant qu'il aurait aimé voir "plus de personnes" dans les bureaux. 

 

L'économie, la priorité

Outre M. Raïssi, qui avait obtenu 38% des voix face à Hassan Rohani en 2017, trois candidats sont en lice: Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi, à un ex-commandant en chef des Gardiens de la Révolution, le général Mohsen Rézaï et à un technocrate, Abdolnasser Hemmati, ex-président de la Banque centrale.

Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l'essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême.

Le bilan de Hassan Rohani, qui ne peut se représenter cette année pour un troisième mandat de quatre ans, est entaché par l'échec de sa politique d'ouverture après le retrait par les Etats-Unis en 2018 de l'accord sur le nucléaire iranien conclu avec les grandes puissances, suivi du rétablissement des sanctions américaines.

Le mécontentement et la défiance vis-à-vis des autorités s'expriment de plus en plus ouvertement face à la grave crise économique et sociale provoquée par le rétablissement des sanctions qui ont fait perdre à l'Iran les acheteurs de son pétrole et plongé le pays dans une violente récession. Sans oublier la pandémie de Covid-19.

En décembre et janvier 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation des classes populaires ont été violemment réprimées en Iran.

Pour l'opposition en exil et des défenseurs des droits humains, Ebrahim Raïssi est l'incarnation de la répression et son nom associé aux exécutions massives de détenus de gauche en 1988, drame dans lequel il nie toute participation.

La priorité du prochain président devrait être le redressement de l'économie.

Sur ce point, les candidats s'accordent à dire que cela doit nécessairement passer par la levée des sanctions, objet de négociations à Vienne pour sauver l'accord en y réintégrant les Etats-Unis.

AFP

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