08.06
07:50

Le retour des femmes et enfants de djihadistes va commencer

Une mission belge s’est rendue dans le camp syrien de Roj afin de prélever des échantillons ADN des femmes et enfants de djihadistes qui vont revenir en Belgique. L’affaire est très sensible. Explications avec Martin Buxant dans La Matinale.

 Une mission belge s’est rendue en Syrie, coup d’envoi de la phase 1 du programme de rapatriement des femmes belges djihadistes qui sont parties combattre pour l’Etat islamique ou rejoindre un mari combattant. Il y a la question des femmes mais aussi et surtout la question des enfants belges sur place. C’est un rapatriement très compliqué à organiser d’un point de vue sécuritaire et logistique. Mais c’est ce qu’a décidé la coalition Vivaldi en mars dernier: ramener dans un premier temps les femmes qui ont des enfants de moins de douze ans.

Politiquement, ce n’est pas un thème très porteur dans l’opinion publique. Ce n’est certainement pas la première priorité des Belges que de mettre en œuvre le rapatriement de femmes qui ont choisi de combattre notre pays et de rejoindre une organisation terroriste. Mais elles croupissent dans des camps aux conditions de vie épouvantables, et la plupart des experts en sécurité estiment que les laisser sur place augmente les chances de les voir se radicaliser – elles ou leurs enfants. On les ramène donc pour les surveiller de près…

Une fois arrivés en Belgique, ils vont être surveillés… Mais comment? Un mandat d’arrêt va être émis contre ces femmes pour participation à une entreprise terroriste, elle seront donc arrêtées a leur arrivée en Belgique. En outre l’Ocam va analyser la menace qu’elles représentent individuellement pour notre pays. Pas question donc de les relâcher dans la nature. Quant aux enfants, dans un premier temps, ils vont passer par la case hospitalière afin de faire un check-up de leur état général et dans la foulée, ils seront confiés aux service sociaux.

Combien de personnes sont concernées par cette première vague de rapatriement… C’est particulièrement compliqué à determiner. Déjà, la mission s’est concentrée sur camp de Al Roj au nord-est de la Syrie, qui est un plus petit camp que celui de Al Hol où plus de 60.000 réfugiés sont entassés. L’équipe belge a donc pris contact avec les femmes et enfants belges du camp de Al Roj, un camp contrôlé par les Kurdes. Des prélèvements de sang sont effectués, des tests ADN doivent prouver la filiation des enfants avec leur mère. Ensuite, des entretiens doivent déterminer qui va rentrer et qui ne va pas rentrer. Certaines femmes choisissent de rester dans les camps car elles ne veulent pas être arrêtées et séparées de leurs enfants une fois revenues en Belgique; d’autres veulent ramener un autre membre de leur famille avec elle, comme une maman; d’autres, encore, ne veulent pas laisser leur mari dans les prisons sur place. Rappel, pour les combattants de l’EI, en Irak, par exemple, la peine de mort est d’application.

Bref, c’est un vrai casse-tête, mais la première vague de rapatriement femmes et enfants comptera entre dix et quinze personnes. Au total, néanmoins, on estime qu’environ treize femmes belges sont sur place et une trentaine d’enfants belges.

Et puis quand même, une petite note d’espoir pour terminer: la déradicalisation, ça marche. C’est très contesté, certains experts estiment qu’on ne peut pas déradicaliser, mais un tribunal belge vient de statuer le contraire puisqu'hier lundi, il a choisi de libérer Othman A, qui avait été condamné a 10 ans de prison pour organisation de filières afin d’envoyer des jeunes Belges en Syrie et en Irak. Il a suivi des études en prison, a décroché un master, et les études psychologiques sont toutes favorables. Il sort donc après avoir purgé seulement un tiers de sa peine: la justice belge estime qu’il est déradicalisé et ne représente plus un danger pour notre société. 

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