04.06.21
15:57

Engrais, l’overdose des écosystèmes

L’azote et le phosphore sont deux éléments essentiels pour les plantes, on les retrouve naturellement dans l’air, dans les sols et dans les végétaux. L’être humain en produit aussi, principalement dans et pour l’agriculture, avec les engrais. Ils ont révolutionné le monde agricole car ils permettent d’augmenter la fertilité des sols, et donc la production. Mais aujourd’hui, ce qui a été une révolution est devenu un problème mondial.

L’azote est un élément présent dans l’air et que les plantes sont capables d’absorber naturellement. Le phosphore de son côté, est présent dans toute la chaîne alimentaire, des humains aux végétaux, en passant par les animaux. Il est également exploité dans des mines à travers le monde depuis le 19e siècle. Les deux suivent normalement un cycle naturel. Mais les activités humaines ont perturbé ce mécanisme.

Des cycles déséquilibrés

 Les activités humaines et en particulier l’agriculture ont largement augmenté la quantité d’azote et de phosphore dans la nature. Malheureusement, l’environnement n’est pas capable d’en absorber des quantités aussi importantes.

Les scientifiques ont déterminé une quantité limite d’azote et de phosphore que l’être humain peut produire, et que l’environnement peut absorber. Cela représente environ 62 millions de tonnes d’azote par an et 11 millions de tonnes de phosphore. En 2015, les activités humaines ont généré environ 150 millions de tonnes d’azote, et 22 millions de tonnes de phosphore, bien au-delà de la limite fixée.

Les premiers touchés par cette surdose sont les cours d’eau et les océans. L’excès d’azote et de phosphore dans le cycle naturel provoque ce qu’on appelle l’eutrophisation.

« L’eutrophisation, c’est l’enrichissement d’un système aquatique en sels minéraux, azote et phosphore au point que les micro-algues croissent excessivement, ce qui occasionne différents types de problèmes » explique Xavier Desmit, chercheur à l’Institut royal des sciences naturelles.

L’eutrophisation peut provoquer l’apparition d’algues et de mousse toxiques dans les cours d’eau et sur les littoraux. Mais l’un des plus gros problèmes, c’est la disparition de l’oxygène dans l’eau.  Quand elles meurent, les algues qui ont poussé grâce à l’azote et au phosphore absorbent l’oxygène en se décomposant. Des écosystèmes entiers sont alors réduits à des zones mortes. « Ça se passe tellement vite, qu’en quelques jours il peut ne plus y avoir d’oxygène dans l’eau sur des étendues allant de dizaines de km² à des centaines de km². Et là, tous les animaux meurent. Poissons, crustacés, coquillages, meurent » décrit le chercheur.

L’agriculture intensive et l’élevage au cœur du problème

L’élevage intensif qui produit des quantités massives de fumier est l’une des principales sources du problème. Les fleuves belges, et notamment le bassin de l’Escaut, se portent un peu mieux, mais cela est dû essentiellement aux mesures prises pour le traitement des eaux usées domestiques et industrielles. L’agriculture fait toujours défaut, en particulier au nord du pays.

À la mer du Nord, les zones mortes sont toujours bien présentes. Les améliorations du traitement des eaux ne suffisent pas à compenser les impacts du secteur agricole.

L’azote et le phosphore pulvérisés ou épandu sur les cultures, ruissellent dans les cours d’eau lors de fortes pluies, et finissent par se jeter dans la mer. Un problème qui touche tous les continents de la planète.

« Il faut des réponses collectives »

Le problème de l’eutrophisation dû à l’excès d’azote et de phosphore est observé dans le monde entier, de l’Espagne, à Inde, en passant par les Etats-Unis.

Pour les scientifiques, il est nécessaire de revoir le modèle agricole. Un changement majeur, qui doit être mis en œuvre à tous les niveaux. « On ne peut pas s’attendre à ce qu’un problème soit réglé par chaque acteur individuellement. Parce qu’il y a des fermiers par exemple dans le bassin versant du Rhin qui ne se doutent pas que leur utilisation d’engrais va causer une eutrophisation sur les côtes hollandaises, jusque sur les côtes de la baie allemande. C’est tellement grand, c’est tellement vaste, que bien entendu il faut des réponses collectives » estime Xavier Desmit.

La principale cause du problème est bien identifiée, mais la solution est loin d’être simple. L’action des gouvernements est nécessaire pour amorcer le changement. Chaque citoyen peut également agir par exemple en mangeant moins de viande. Cela permettrait de réduire peu à peu l’élevage intensif, et donc l’excès d’azote et de phosphore dans la nature. Préserver les cycles naturels de l’azote et du phosphore est essentiel pour bonne santé de l’environnement, et donc pour la nôtre.

 

Elise Feron

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