Nicolas_Vereecken
20.05
14:15

Les abeilles sauvages, des insectes essentiels au futur toujours incertain

Les abeilles sauvages jouent un rôle clé dans la préservation de la biodiversité, mais ces insectes restent largement méconnus. Près de 400 espèces ont été recensées sur le territoire belge. Elles font partie de ces êtres vivants qui jouent un rôle clé dans la préservation de la biodiversité. Mais les activités humaines ont chamboulé leur milieu de vie.

Agriculture intensive, étalement urbain, pesticides ou encore réchauffement climatique : les menaces qui pèsent sur les abeilles sauvages – et sur l’ensemble de la biodiversité – ont à peine diminué au cours des dernières décennies, malgré les avertissements des scientifiques. Les abeilles font l’objet d’une attention accrue depuis plusieurs années, mais leur futur reste toujours incertain. « On voit des effets positifs des mesures qui ont été prises – notamment en Belgique et aux Pays-Bas – mais c’est variable d’une espèce à l’autre. Une espèce en bonne santé va réussir à se maintenir, mais une autre déjà affaiblie va continuer à décliner » constate Denis Michez, professeur au Laboratoire de Zoologie de l’Université de Mons. Les abeilles sauvages jouent pourtant un rôle essentiel.

 

Un rôle essentiel pour la nature et l’être humain : la pollinisation

La pollinisation est un processus qui permet aux plantes de se reproduire et qui est réalisé par les abeilles sauvages et les autres insectes dits ‘pollinisateurs’. En butinant les fleurs, les abeilles emportent du pollen, qui se dépose ensuite sur les fleurs suivantes. C’est le pollen qui permet aux plantes à fleur de se reproduire. L’action des insectes pollinisateurs est donc essentielle, et l’abeille sauvage reste la meilleure pollinisatrice.

« Leur disparition pourrait entraîner celles des plantes qui dépendent d’elles, et suite à la disparition des plantes, celles des animaux qui s’en nourrissent… La disparition d’une espèce-clé de l’écosystème pourrait entraîner un effet domino » explique le chercheur.

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Photo: N. Vereecken

La pollinisation est d’autant plus importante qu’elle concerne également des plantes productrices de fruits et de légumes que nous consommons allègrement – 35% de la production agricole mondiale dépend de cette action. La disparition des abeilles pourrait donc avoir un impact majeur sur nos sociétés.

Des menaces bien connues, et toujours pas enrayées

L’agriculture intensive qui fonctionne en monoculture et recoure aux pesticides est au sommet de la liste. Les monocultures empêchent le développement de plantes sauvages, nourriture de base de nombreuses espèces, qui ont besoin de trouver leur nourriture dans un rayon de quelques centaines de mètre. Les pesticides ont également des effets nocifs pour les pollinisateurs.  

Autre élément menant au déclin de ces insectes : la fragmentation des habitats à travers l’étalement urbain, le fait de construire à la périphérie des villes et des villages, ou pour développer une zone industrielle. La multiplication des habitations dans des espaces verts réduit peu à peu la place laissée à la biodiversité, et participe à son affaiblissement. Ces éléments voient leurs impacts aujourd’hui renforcés par le réchauffement climatique. Mais il reste toujours possible d’agir.

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Photo: N. Vereecken

« On n’a pas encore atteint le point de non-retour »

La situation des abeilles sauvages en Belgique reste précaire selon Denis Michez, mais pas encore désespérée : « On n’a pas encore atteint le point de non-retour. À l’échelle mondiale, à l’échelle européenne, aucune espèce n’a encore disparu. Il est encore temps d’agir et chacun peut faire quelque chose, citoyens et pouvoir publics – en consommant bio, en évitant de tondre une partie de son jardin, ou en promouvant des politiques plus vertes. La biodiversité est résiliente, et peut se redresser, à condition qu’on lui laisse la place de la faire ».

Elise Feron

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