14.05
14:49

Avec le succès phénoménal de HPI, la télé de papa n'a pas dit son dernier mot

"Miraculeux", "incroyable"... le succès phénoménal d'HPI, la nouvelle série policière de TF1, également diffusée sur la croproductrice RTBF, portée par une Audrey Fleurot déchaînée et une recette "bien dosée", prouve que la télévision traditionnelle a encore de beaux jours devant elle face à Netflix et consorts, estiment des experts de l'audiovisuel.

Chez TF1, on pavoise depuis le lancement fin avril des aventures de Morgane Alvaro, femme de ménage extravagante et mère célibataire de trois enfants, recrutée comme consultante par la police - qu'elle déteste - pour son "haut potentiel intellectuel" (160 de QI). Et il y a de quoi.

Près de 10 millions de téléspectateurs français ont vu le premier épisode en direct, 11,5 avec le replay sur 7 jours, pour une part d'audience (PDA) de 41%, du jamais vu pour le lancement d'une série française depuis celui de "Dolmen" en... 2005. 

La série est même parvenue à dépasser les 10 millions en direct jeudi dernier et est restée puissante le soir de l'Ascension, à plus de 9 millions en moyenne, pour plus de 40% de PDA, selon Médiamétrie. De quoi détrôner la très populaire et gouailleuse "Capitaine Marleau" de France Télévisions (7,8 millions de téléspectateurs en moyenne en 2020). 

 

Sur la RTBF aussi, les chiffres parlent d'eux-mêmes: 39,9% de parts de marché et 510.435 téléspectateurs en moyenne devant le final se la série sur La Une. Ce mardi, les deux derniers épisodes ont réuni 526.900 (38,1%) et 492.799 (42,%), soit un "record de tous les temps pour une série depuis 1997", selon la chaîne publique.

 

"Média fédérateur"

"C'est extraordinaire", a récemment commenté le producteur de "Dolmen", Pascal Breton. Si sa saga estivale incarnée par Ingrid Chauvin rassemblait "12 à 13 millions de personnes" chaque semaine, "l'exploit de HPI est supérieur" face à la concurrence notamment des plateformes, a-t-il estimé lors d'une rencontre avec l'association des journalistes médias. Cela prouve "la pertinence de la télé généraliste", déjà confirmée lors du premier confinement avec une durée d'écoute record.  

La télé traditionnelle, "média fédérateur", a "de très belles heures devant elle", veut croire Anne Viau, la directrice artistique de la fiction française de TF1, qui enchaîne les succès ("La Promesse", "Le Remplaçant"...). Un optimisme tempéré par le consultant Arnaud Dupont qui  juge que si la télé traditionnelle est encore dominante aujourd'hui ses "belles années" sont derrière elle, comme en témoigne  la mise en vente de M6 par son actionnaire Bertelsmann. Et les succès hors normes ne sont pas reproductibles à l'envi.

Celui d'HPI repose sur une "recette extrêmement bien dosée", analyse Frédéric Lavigne, directeur artistique du festival Séries Mania, qui anticipait un carton, mais pas à un tel niveau. Elle prend "la base ultra solide" - et peu originale - de l'enquête à résoudre dans chaque épisode, avec un duo antinomique", Mehdi Nebbou jouant le rigide inspecteur Karadec, "un peu comme la carpe et le lapin qui vont s'agacer mais aussi s'apprivoiser petit à petit", une héroïne atypique, etc.

 

"Revanche sociale"

Mais c'est la tornade Audrey Fleurot, "Sherlock au féminin" à la "performance survoltée", qui vient relever le tout. "Elle lâche les chevaux. Et c'est une actrice très fédératrice qui allie toutes les télévisions linéaires", de M6, où elle interprétait la Dame du Lac dans Kaamelott, à France Télévisions ("Un village français"), en passant par Canal+ ("Engrenages") et TF1 ("Le Bazar de la Charité").

L'ancrage en région dans la banlieue lilloise, la "revanche sociale" de l'héroïne, qui "tire le diable par le queue" et "va faire des leçons à l'institution" sans que cela soit "trop dénonciateur", son côté Erin Brockovich revendiqué par la co-scénariste Alice Chegaray-Breugnot... constituent autant d'ingrédients "réconfortants pour beaucoup de Français", analyse M. Lavigne.

S'y ajoute une "esthétique très pop", saupoudrée d'humour et de références à la culture populaire ou aux thématiques contemporaines comme les violences policières. "La famille se retrouve devant HPI", un "bol d'air frais", souligne de son côté l'ancien dirigeant de chaînes Pascal Josèphe, notant une audience "très bonne aussi chez les plus jeunes, ce qui n'est pas fréquent".

Plus généralement, ce succès témoigne des "efforts" accomplis par les chaînes pour renouveler les codes de leurs fictions "vieillissantes et poussiéreuses", estime M. Dupont.  Et il est d'autant plus salutaire qu'HPI est l'une des "rares créations originales" de TF1, adepte des remakes, souligne M. Lavigne.

Une saison 2 est déjà en préparation.

 

Avec AFP

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