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Plus d’un tiers des plateformes de glace en Antarctique pourraient disparaitre à cause du réchauffement climatique

Des données récoltées au moyen du modèle climatique MAR développé à l’ULiège, indiquent que le phénomène pourrait se produire dès la fin de ce siècle, voire même plus tôt.

Une nouvelle étude menée conjointement par le Laboratoire de Climatologie de l’ULiège et l’Université de Reading (Angleterre) suggère que 34 % des plateformes de glace en Antarctique pourraient disparaître d’ici à la fin du siècle si la planète se réchauffe de 4°C par rapport aux températures préindustrielles. Une fonte qui pourrait entraîner une augmentation conséquente du niveau des mers. Cette étude fait l’objet d’une publication dans le journal Geophysical Research Letters.

 

Une urgence depuis 20 ans ?

Depuis le début des années 2000, les scientifiques constatent que l’inlandsis de l’Antarctique perd de sa masse à un rythme qui ne fait que s’accélérer. L’inlandsis est une étendue de glace très épaisse qui peut recouvrir l’entièreté d’un continent. Il n’existe que deux Inlandsis sur terre : celui du Groenland, qui se limite à la couverture des terres, et celui de l’Antarctique qui s’étend au-delà du continent, sur l’océan, pour y former de grandes plateformes flottantes.

"Ces plateformes de glace agissent comme des barrages et permettent le maintien de la glace sur le continent",

explique Christoph Kittel, chercheur au Laboratoire de Climatologie de l’ULiège et co-auteur de l’étude parue dans le journal Geophysical Research Letters.

"Sans ces plateformes, des quantités énormes de glace se répandraient directement dans l’océan, entraînant une augmentation du niveau des mers conséquent".

 

L'équivalent de la province de Liège disparu en quelques jours

 

L’été, la neige à la surface de ces plateformes fond et l’eau s’infiltre dans les petits espaces vides des couches de neige profondes où elle peut y regeler et rétablir la résistance de la plateforme. Si la fonte est trop importante, alors l’excès d’eau s’infiltre plus profondément dans la glace ou forme des lacs en surface. L’infiltration et l’augmentation du poids de l’eau suite à la formation de lacs ont tendance à fracturer la glace. Et lorsque la fonte de glace est plus importante que les chutes de neige, il y a un grand risque de rupture de la plateforme.

"La rupture et la disparition de la plateforme de Larsen B en 2002 a montré à quel point ces barrières sont sensibles à la fonte",

explique Ella Gilbert, co-auteure de l’article scientifique et chercheuse au Département de Météorologie à l’Université de Reading.

"En quelques jours, ce sont environs 3250 km2 de glace qui se sont déversés dans l’océan"

Une superficie comparable à la province de Liège…

antarctique

Le modèle atmosphérique régional

Pour leur étude, les chercheurs ont eu recours au modèle atmosphérique régional (MAR) développé par le Laboratoire de Climatologie de L’ULiège - un des meilleurs modèles au monde pour étudier les climats polaires. Le modèle leur a permis de calculer l’évolution des conditions qui entraînent des ruptures de plateformes en Antarctique selon différents niveaux de réchauffements climatiques allant de 1.5°C à 4°C. Tous ces scénarios étant envisageables pour la fin du siècle.

"Avec l’augmentation des températures, d’intenses épisodes de fonte en été vont se répéter et être surtout de plus en plus intenses, reprend Christoph Kittel. L’eau de fonte ne pourra plus être absorbée par la neige pour y regeler mais va former des lacs et s’infiltrer plus profondément dans la glace des plateformes, ce qui impliquera des ruptures".

L’étude a permis d’identifier les plateformes où les risques de dislocation sont importants. Quatre plateformes - Larsen C, Shackleton, Pine Island et Wilkins - sont dès lors considérées comme « à risque » à cause de leur situation géographique et de la fonte prévue.

"Si les températures continuent d’augmenter au rythme actuel, nous pourrions connaître encore plus d’épisodes d’effondrement de plateformes dans les prochaines années",

s’inquiète Ella Gilbert. Ce qui fait d’ailleurs écho à une précédente étude menée par Christoph Kittel et publiée récemment dans le journal The Cryosphere qui suggère que les changements climatiques en Antarctique pourraient avoir été sous-estimés dans les précédents rapports du GIEC à l’horizon 2100.

Les climatologues insistent sur l’importance d’atteindre au plus vite les objectifs fixés par l’Accord de Paris qui limiteraient le réchauffement global et les risques de destruction des plateformes en Antarctique.

"Il est important d’agir rapidement, car on parle d’une dizaine d’années voir de l’horizon 2040 au très grand maximum avant que le scénario le plus pessimiste se distingue des autres. Limiter le réchauffement climatique n’est pas juste bon pour l’Antarctique, préserver les plateformes de glace revient à diminuer l’augmentation du niveau marin et donc l’impact que cela aura sur nos vies à toutes et tous",

concluent les deux chercheurs.

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