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Dix ans après, Fukushima se noie sous son eau radioactive

Dix ans après la catastrophe de Fukushima en 2011, les activités au sein de la centrale dévastée par un tsunami sont loin d’être à l’arrêt. Une décennie plus tard, le nettoyage est toujours en cours et fait aujourd’hui face à un problème de taille, sous la forme d’un million de tonnes d’eau contaminée.

Le 11 mars 2011, le Japon est secoué par un tremblement de terre de magnitude 9 sur l’échelle de Richter. Les dégâts sont limités, mais la catastrophe n’en est qu’à son début. Les mouvements des plaques tectoniques qui ont fait trembler le pays ont aussi généré un tsunami au large des côtes du Japon. 600 kilomètres de côtes sont noyés sous des vagues atteignant les trente mètres de hauteur. Le bilan des victimes de cette journées explose : plus de 18.000 sont mortes ou portées disparues.

Dans la préfecture de Fukushima, un autre drame est en train de se jouer : la centrale nucléaire de Fukushima est inondée par les eaux du tsunami. Les systèmes électriques, de refroidissement et de pompage de la centrale sont noyés. Trois cœurs des six réacteurs fusionnent. S’en suit une catastrophe nucléaire comme on n’en avait plus vu depuis Tchernobyl.

Quelques semaines après le désastre, un nouveau problème émerge : les eaux de la nappe phréatique située à hauteur des sous-sols de la centrale s’infiltrent dans les réacteurs endommagés. Ceux-ci doivent être refroidis en permanence avec de l’eau qu’on y injecte chaque jour. Les infiltrations se mélangent aux eaux de refroidissement, générant des mètres et des mètres cubes d’eau contaminées au contact des réacteurs.

Impossible de rejeter cette eau dans l’océan : elle est bien trop toxique. Ainsi, dès juin 2011, TEPCo se met à la stocker dans d’immenses citernes qui poussent comme des champignons au fil des ans sur le site de la centrale.

Aujourd’hui, le site de Fukushima est saturé, et les eaux s’accumulent toujours. Le Japon doit décider de ce qu’il va en faire, et penche en faveur d’un rejet dans l’océan une fois les eaux traitées. Cette option est rejetée par les populations locales et notamment les associations de pêcheurs, qui craignent la réputation que cela ajoutera à leurs produits.

De plus, ni les autorités ni le gestionnaire ne sont montrés très transparents sur le contenu exact de ces eaux, ajoutant au doute et à l’inquiétude ambiante. Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement japonais refuse que des analyses indépendantes soient menées sur les éléments radioactifs présents dans les citernes.

Le rejet en mer est également le choix prisé par l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui ne voit pas d’autre solution viable. Une alternative consistant à stocker l’eau à long terme est avancée par certains chercheurs et notamment l’ONG Greenpeace, mais elle n’est pas prise en compte jusqu’à présent.

Le Japon n’a pas encore officiellement décidé de rejeter les eaux en mer, et il ne le fera sans doute pas avant les Jeux olympiques de Tokyo, prévus pour l’été 2021.

Elise Feron

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