06.10
10:27

Accord sur le nucléaire: enfin une sortie en 2025?

Toute cette semaine, gros plan sur des points précis de l'accord gouvernemental. Ce mardi: la sortie du nucléaire prévue en 2025.

Depuis 2003, le débat sur la sortie du nucléaire n’a pas réellement avancé. L’accord du gouvernement De Croo a reconfirmé la sortie du nucléaire en 2025… avec un “mais”: une clause prévoit une prolongation du nucléaire pour garantir la sécurité d’approvisionnement du pays. 

 

On ne peut pas continuer à l’infini (d’entretenir les centrales, NDLR) comme une bagnole qui a vingt ans”, attaque d’entrée de jeu Jan Vande Putte, expert énergie chez Greenpeace sur le plateau du Pour Info de ce mardi, “il faut à un moment décider d’investir dans quelque chose de nouveau et arrêter avec ces vieux brols.” 

Un avis que ne partage pas Serge Dauby, le directeur du Forum nucléaire: “D’abord une centrale, ce n’est pas une vieille bagnole. Même si on était dans une logique d’une voiture qui a fait énormément de kilomètres, il faut se rendre compte qu’on est dans une voiture où on a rajouté un GPS de dernière génération, on a ajouté l’ABS qui n’existait pas il y a quarante ans. Donc on a éventuellement une carrosserie qui est encore celle de l’époque mais on n’a plus le même moteur, plus la même direction, plus les mêmes freins. On est dans un véhicule tout à fait différent en terme de fiabilité.” 

 

Quels scénarios possibles en 2025?

Soit le gouvernement aura pris la décision de cesser toute production d’électricité à partir des centrales nucléaire soit il décidera la prolongation des deux réacteurs nucléaires les plus récents, Doel 4 et Tihange 3.

Dans le premier cas, Pierre Goldschmidt, ingénieur et docteur en sciences nucléaires appliquées à l’ULB, fait remarquer que :“en 2019, la production d’électricité par les centrales nucléaires a représenté 48% du total. Donc en 2026, ces 48% vont devenir 0 si on sort complètement du nucléaire. L’éolien, l’année dernière ça a été 9%. Si on le double dans les cinq ans qui viennent, ça fait 18%. Le solaire a fait 4%. Si on le double dans les cinq ans, ça fait 8%. Il y a d’autres renouvelables comme l’hydraulique et la biomasse mais qui ne vont pas changer beaucoup. Donc le fossile (essentiellement le gaz) qui est de 34% va doubler et devenir 68% dans cinq ans. Conséquence, on va produire beaucoup plus de CO2.”

 

Dans le cas d’un arrêt total des réacteurs, Pierre Goldschmit souligne des effets négatifs possibles sur “les coûts de production de l’électricité au détriment des plus démunis en Belgique; sur notre balance des paiements. On va importer de l’énergie, on va importer du gaz alors que le combustible nucléaire qu’on importe ne représente quasiment rien”. Il pourrait aussi y avoir des effets négatifs sur la sécurité d’approvisionnement et sur des emplois hautement qualifiés qui ne pourraient pas être transférables vers les énergies renouvelables. 

Pour l’ingénieur Samuel Fonck, utiliser l’aspect de l’emploi comme argument pour maintenir les centrales est un “chantage pour l’emploi”. Il poursuit: “D’une part, une fois qu’on arrêtera ces centrales de fonctionner, elle devront être démantelées. C’est un processus qui devrait durer entre quinze et vingt ans. Donc les opérateurs qui devront y participer sont actuellement dans le secteur du nucléaire et vont pouvoir se reconvertir au fur et à mesure. Donc je ne pense pas qu’on puisse dire que les vingt mille personnes qui travaillent dans le nucléaire en Belgique vont se retrouver sans boulot du jour au lendemain en 2025.

 

Des centrales sûres ?

Les centrales font parties des plus surveillées du monde industriel”, rappelle Serge Dauby, “ça veut dire qu’il y a sur un site nucléaire au moins un audit indépendant par semaine. Quelle autre industrie a ce genre de phénomène et d’audit? Donc si on constate qu’il y a un danger, la centrale ferme ce qui est déjà arrivé dans plus d’un pays.” 

Concernant le traitement des déchets, Serge Dauby poursuit: “toutes industries produit des déchets et je vous l’accorde que les déchets nucléaires sont particuliers… mais on peut aussi évoquer les déchets de l’industrie chimique et on en entend beaucoup moins parler. Aujourd’hui c’est parfaitement géré et surveillé. Il ne faut pas oublier non plus que la Belgique a un pôle de compétence, et que la recherche et développement est très important.”  

Enfin, concernant le sort réservé aux déchets nucléaires, Serge Dauby propose la solution de l’enfouissement: “Je suis allé en Finlande où l’opérateur a déjà cette solution là. Et je me suis posé la question pendant toute la visite, de savoir pourquoi les “verts” finlandais avaient accepté cette solution. Parce que c’est une bonne solution. Mais en Belgique on est apparemment plus malin chez les écolos pour dire que ce n’est pas une bonne solution. Je dirais même que la composition argileuse de la terre (en Belgique, NDLR) est une protection supplémentaire par rapport à la Finlande qui ne travaille que dans des rochers.

 

 

Dans ce pour Info

Pierre Fagnart est en compagnie de plusieurs intervenants:

 

  • Jan Vande Putte, expert énergie Greenpeace;
  • Serge Dauby, directeur du Forum nucléaire belge; 
  • Pierre Goldschmidt, ingénieur et docteur en sciences nucléaires appliquées ULB;
  • Samuel Fonck, ingénieur;
  • Adelaïde Charlier, militante à Youth for Climate.

 

LN24

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