25.09
17:24

Le plan de relance menacé de blocages par les Etats et les eurodéputés

Après un accouchement difficile, le plan de relance européen est au centre d'affrontements entre les eurodéputés et les Vingt-Sept, qui s'accusent mutuellement de blocages au risque de paralyser sa mise en œuvre, cruciale pour sortir de la crise.

L'ambassadeur allemand auprès de l'UE Michael Clauss a sonné la charge vendredi : "sans accord rapide" entre Etats et eurodéputés sur le cadre budgétaire européen 2021-2027, "nous courons le risque de retarder le plan de relance". Il s'est dit "extrêmement inquiet" de négociations "beaucoup trop lentes".

Après un sommet-marathon en juillet, les 27 pays membres avaient approuvé un plan de relance de 750 milliards d'euros, adossé au budget européen 2021-2027 en cours de négociations entre Parlement, Conseil (qui représente les Etats) et Commission (l'exécutif européen) et censé commencer à être mis en oeuvre en janvier.

Les eurodéputés ont voté mi-septembre afin de permettre à la Commission d'emprunter sur les marchés pour financer le plan de relance et procéder à un endettement commun. Cette décision doit être confirmée par les Etats puis ratifiée par les parlements nationaux.

Mais concernant le budget pluriannuel (plus de 1.000 milliards), les eurodéputés -dont le consentement est impératif- jugent son montant insuffisant. Ils dénoncent les coupes claires infligées aux programmes pour l'éducation (Erasmus) et la recherche et réclament des garanties sur la création de nouvelles sources de revenus (taxes numérique, carbone, etc.).

Surtout, le Parlement exige que les subventions européennes soient liées au respect par les gouvernements de l'Etat de droit (indépendance de la justice, liberté de la presse, etc.), visant avant tout la Hongrie et la Pologne.

 

Relance "prise en otage" ?

"Cadre budgétaire et fonds de relance sont politiquement et techniquement inséparables (...) Le temps presse", a insisté Michael Clauss.

"Si les eurodéputés ne votent pas le budget, tout se plante, le plan de relance est mis en danger. Les éléments du plan de sauvetage sont pris en otage par les élus", renchérit un autre diplomate européen.

Les eurodéputés contre-attaquent : "le Parlement ne retarde pas le plan de relance, celui-ci ne forme pas un même ensemble juridique avec le cadre budgétaire", jugeait vendredi son porte-parole Jaume Duch.

Par ailleurs, le lien que le Parlement veut établir entre budget et Etat de droit divise aussi les Vingt-Sept : la Hongrie et la Pologne, déjà dans le collimateur de Bruxelles sur ces questions, y sont farouchement opposés et menacent de refuser de donner leur accord (indispensable) au plan de relance.

"Nous sommes en discussions intensives avec tous les Etats, des négociations extrêmement compliquées", reconnaît M. Clauss.

Selon une source européenne, les représentants des pays membres ne sont pas parvenus vendredi à s'accorder, un tiers des délégations faisant avoir qu'elles ne donneront pas leur feu vert au plan de relance "tant qu'il n'y aura pas de clarté sur le cadre budgétaire".

En plus de l'opposition des Hongrois et des Polonais, les Etats dits "frugaux" (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche) s'inquiètent des pressions en vue d'augmenter le budget.

Par ailleurs, les Etats du nord comme les Pays-Bas reprochent à l'Allemagne d'avoir affaibli les exigences sur l'Etat de droit, selon un autre diplomate.

De même source, la France "met la pression sur les +petits Etats+ pour les pousser à accepter une version allégée" du lien entre versement des fonds et respect de l'Etat de droit.

 

"Jusqu'au bout"

Il s'agit d'une "ligne rouge" pour les eurodéputés : le budget "ne peut pas passer sans mécanisme d'Etat de droit, il y a unanimité" des principaux partis, car "on a besoin d'une justice indépendante, d'une administration efficace, non corrompue et à l'abri de tout autoritarisme", insistait récemment Dacian Ciolos, le président du groupe Renew (centre).

Les parlementaires prennent le risque de susciter le courroux des opinions publiques en cas de blocage, ce qui pourrait les conduire à céder, estime un diplomate.

Mais rien n'est moins sûr : la moitié des eurodéputés le sont pour la première fois et quelque 40% n'ont pas de liens avec des partis de gouvernement, "ils se sentent donc indépendants, c'est très compliqué à gérer", remarque une source parlementaire.

"Ira-t-on jusqu'au bout ? Oui", sinon, le Parlement "deviendra une simple chambre consultative", assure M. Ciolos.

 

AFP

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