08.07
10:48

Une aide de 30 millions à RTL. Et LN24?

La ministre des Médias Bénédicte Linard (Ecolo) a été interpellée hier mardi au Parlement de la Communauté française sur l'aide d'Etat annoncée à RTL Belgium. La Fédération Wallonie-Bruxelles compte en effet accorder à la chaîne privée une aide financière de 30 millions d'euros pour garantir l'emploi et "sauvegarder le pluralisme des médias", sous conditions. En commençant par renoncer à sa licence luxembourgeoise. Ce qui pose question, pour plusieurs députés. Quelle aide pour les autres médias, y compris LN24?

La Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé une aide financière de 30 millions d'euros à RTL, qui estime avoir perdu 36 à 41 millions d'euros à cause de la crise du coronavirus. Une aide pour assurer le pluralisme des médias mais "pas un chèque en blanc", martèle Bénédicte Linard depuis ce week-end. La ministre des Médias, le président de la FWB Pierre-Yves Jeholet (MR) et  le ministre du Budget Frédéric Daerden (PS) posent plusieurs conditions, dont le maintien de l'emploi et avant tout, le retour de RTL (toujours luxembourgeoise) en Belgique. 

La RTBF, qui pourrait de son côté se voir interdire une part de ses écrans publicitaires, a fait part de son courroux. Cette enveloppe est, en outre, hors du champ de l'aide de 5 millions d'euros prévue pour l'ensemble des autres médias. De nombreux observateurs et acteurs des médias voient dans cette aide un moyen, après de nombreuses années sans y parvenir, pour le gouvernement de forcer RTL à s'inscrire dans le périmètre de législation belge. 

Les députés Olvier Maroy (MR), Maxime Hardy (PS) et Margaux De Ré (Ecolo) ont également fait part mardi de leurs réserves et demandé des précisions sur les conditions d'octroi de l'aide, soulignant que d'autres médias souffrent de la crise, y compris télévisuels et y compris LN24. 

 

"Les difficultés de RTL Belgium ne peuvent pas, Madame la Ministre, nous laisser insensibles. (...) D’autres médias rencontrent de grosses difficultés. Je pense par exemple aux télévisions locales. Je pense également à LN24, la nouvelle chaîne d’information en continu qui contribue au pluralisme," a rappelé Olivier Maroy (MR).

"Madame la Ministre, comment ce montant a-t-il été estimé? Cette aide est-elle justifiée uniquement pour la perte de revenus publicitaires? Si tel est le cas, ne devrait-elle pas être généralisée à d’autres médias, qui ont eux aussi souffert de la crise, comme LN24? " s'interroge Maxime Hardy (PS). 

"Certains médias locaux ou nouveaux, comme LN24, ont des modèles économiques plus fragiles, car ils ne sont pas encore bien implantés dans le paysage médiatique. La RTBF a dû relever d’autres défis, car elle a été amenée à se réinventer et revoir ses missions, notamment à travers le plan #Restart et le soutien à la culture qu’elle a déployés. Vu toutes ces urgences, la difficulté est d’offrir des solutions qui conviennent à chacun," a souligné Margaux De Ré (Ecolo).

 

D'abord renoncer à sa licence luxembourgeoise

"Vu sa licence luxembourgeoise, le groupe ne pouvait pas prétendre à une aide dans le cadre du fonds d’urgence de la Fédération WallonieBruxelles", a répondu la Ministre. "Les trois composantes du gouvernement ont été guidées en permanence par deux objectifs principaux: préserver le pluralisme du paysage médiatique belge francophone et préserver l’emploi."

Concernant les conditions, Bénédicte Linard résume: "RTL Belgium doit renoncer à sa licence luxembourgeoise et se déclarer auprès du CSA en tant qu’opérateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. (...) L’aide apportée par le gouvernement devra se baser sur les pertes réellement subies. Elle sera également étalée sur plusieurs années; elle comprendra la possibilité de l’arrêter avant l’échéance, si la situation s’améliorait. Elle ne pourra pas non plus dépasser 80 % du préjudice subi, afin d’éviter tout risque de surcompensation.  Nous attendons que RTL Belgium ait accompli les démarches nécessaires avec le CSA avant de commencer les discussions sur le contenu d’une convention qui devra contenir les engagements pris par RTL en échange de ce soutien public. Le gouvernement s’est entendu sur le fait que la convention doit contenir notamment des garanties sur l’emploi, des engagements pour un soutien à la culture, des engagements pour un non-versement de dividendes pendant toute la durée de l’aide. (...) Enfin, cette aide devra être soumise à l’approbation de la Commission européenne, compte tenu de la réglementation en matière d’aides d’État."

 

"D'autres médias souffrent"

"Vos réponses ne m’ont rien appris", a réagi Olivier Maroy. "Il faut effectivement tout faire pour préserver le pluralisme des médias. Il faut aussi garantir l’emploi. (...) Pour le reste, je vous rappelle que d’autres médias souffrent, Madame la Ministre."
 

Hier dans le journal L'Echo, Agnès Maqua, avocate spécialisée en droit des médias, affirmait que "cette affaire interpelle. Soit, l’aide d’État est directement liée au Covid-19, et dans ce cas il n’y a pas lieu d’exiger du bénéficiaire des conditions sans lien avec la nature de l’aide; soit la convention annoncée poursuit un tout autre objectif."  A savoir, un "donnant-donnant", relève le quotidien pour faire revenir RTL en Belgique. "La Commission devra donc veiller à ce que cette aide corresponde aux dommages subis par RTL en raison du Covid et bénéficier au plus grand nombre d’acteurs privés du secteur et pas seulement à RTL."

L''Echo rappelle aussi que "RTL Belgium reste bénéficiaire avec 3,6 millions de résultat net sur un chiffre d’affaires de 73 millions au terme de son exercice 2018" et que concernant sa régie publicitaire IP,  "ses comptes 2019 montrent un résultat net de 8,7 millions pour un chiffre d’affaires de près de 188 millions." Quant à RTL Group, il a réalisé 864 millions d’euros de bénéfice net l'an dernier.  Le groupe Bertelsmann, qui en est propriétaire, plus d’un milliard.

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