02.06
10:25

"La nature n'est pas aussi innocente qu'on le croyait"

LN24 lance sa première série de podcasts natifs : "C'était mieux demain". Des regards différents et des personnalités reconnues dans leur domaine respectif nous parlent confinement, déconfinement et "monde de demain".

"On est dans un monde techno-économique absolument nouveau. On n'a jamais eu ça. Le lien entre le technique et l'économique, c'est quelque chose d'absolument nouveau," nous explique le philosophe Lambros Couloubaritsis, professeur émérite de l'ULB. "Tout à coup, on découvre l'importance de la technique. L'importance de la technologie médicale aujourd'hui, c'est fabuleux. Et puis, l'usage qu'on fait de la communication. Les ordinateurs, nos téléphones portables... ça a permis aux gens de vivre dans cette situation. Toutes ces choses-là, c'est le libéralisme de l'innovation, de l'invention, qui les a créées. Il ne faut pas oublier cela. On a beaucoup diabolisé cette techno-économie... le monde libéral, ce méchant monde... Il faudrait aussi changer notre point de vue, voir qu'il a de la valeur, lui donner un autre sens et essayer d'en profiter."

 

Un podcast à écouter ci-dessous ou sur la plateforme de votre choix.

"On a beaucoup valorisé la nature ces dernières années avec le problème du climat - qui est très important, il ne s'agit pas de le négliger," poursuit cet historien reconnu de la philosophie et grand spécialiste d'Aristote. "Mais aujourd'hui, on se rend compte que la nature n'est pas aussi innocente qu'on le croyait. Elle joue aussi son rôle dans toutes ces pandémies. Et on essaie parfois de diaboliser la technique en disant c'est la technique qui les transmet. Mais non, c'est le cas dans toute société humaine. Et dans le temps, ils n'avaient pas la technique moderne... les contacts humains les créent."

 

Et quand on lui parle changement pour le "monde d'après", le philosophe rappelle la complexité de nos systèmes.  "Il ne faut pas prendre comme idée, comme certains le disent : maintenant, c'est l'occasion on va tout changer. On ne change pas le monde comme ça. Il est très complexe. Aristote avait critiqué Platon en disant : la faute de Platon, c'est qu'il a créé des idées et il veut soumettre toute la réalité à ces idées. En réalité, les idées s'éprouvent par la réalité. C'est la réalité qui domine et c'est elle qui fait changer les idées. (...) Aujourd'hui, on sait que la réalité est basée sur les interactions."

 

"Même si on dispose d'outils pour calculer les risques, il faut savoir que l'incertitude est fondamentale, comme l'imprévisibilité. Il ne faut pas être naïf. Ceux qui croient qu'ils pourront changer le monde avec la prévisibilité future, se trompent. Ils s'opposent à la réalité humaine. Même si l'on prend la souffrance comme critère. Souffrance physique : maladie. Souffrance économique : chômage. Souffrance psychique : le confinement. Si on dit attention, il y a trop de souffrances, ça veut dire qu''il faudra essayer pour chaque cas de diminuer cette souffrance. On a alors un point commun qui est la souffrance humaine. Si on prend cela comme mesure de nos actions, on sait où on va, on a toujours un point de référence. (...) Mais il faudra la prendre sous tous ses aspects. On aura alors une ligne rouge dans laquelle on peut fonctionner."

 

Une vision philosophique dense et captivante à retrouver en intégralité dans l'épisode 5 de "C'était mieux demain" sur toutes les plateformes de podcasts. 

 

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