14.01.24
10:45

Au 100e jour de la guerre à Gaza, la situation humanitaire empire et Israël reste déterminé

La guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas est entrée dimanche dans son centième jour malgré des appels à une trêve du conflit, qui a plongé la bande de Gaza dans une crise humanitaire majeure et fait redouter un embrasement régional.

"Personne ne nous arrêtera, ni La Haye, ni +l'Axe du Mal+, ni personne d'autre", a martelé samedi Benjamin Netanyahu, alors que son pays fait face à des accusations de génocide devant la Cour internationale de justice (CIJ), basée à La Haye et saisie par l'Afrique du Sud.

Israël est en outre confronté, à sa frontière nord, à des attaques du mouvement islamiste libanais Hezbollah, qui fait partie de "l'axe de la résistance" mis en place par l'Iran et comprenant des groupes armés hostiles Israël et son allié, les Etats-unis. 

"La mort, la destruction, le déplacement, la faim, la perte et le chagrin massifs de ces 100 derniers jours entachent notre humanité commune", a déclaré le patron de l'agence d'aide aux réfugiés palestiniens de l'ONU (UNRWA), Philippe Lazzarini, en visite dans le territoire côtier assiégé.

Selon lui, une génération entière d'enfants de Gaza est "traumatisée", les maladies continuent à se propager et la "famine" menace.

 

Bombardement à Khan Younès

 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent du Hamas depuis la bande de Gaza qui a fait environ 1.140 morts sur le sol israélien, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir du bilan israélien. 

Quelque 250 personnes ont été également prises en otages lors de cette attaque, selon les autorités israéliennes. Une centaine ont été libérées en vertu d'une trêve fin novembre.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, classé groupe terroriste par Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Les bombardements et les échanges de tirs incessants sur l'étroite langue de terre ont tué au moins 23.843 personnes, principalement des femmes, adolescents et enfants, selon le dernier bilan du ministère local de la Santé.

Un nuage de fumée s'est élevé dimanche matin au-dessus de la ville de Khan Younès après un bombardement israélien, selon un photographe de l'AFP. 

L'armée israélienne a dit ces derniers jours concentrer ses opérations sur cette ville du sud du territoire où sont massés des centaines de milliers de civils après avoir fui les bombardements massifs dans le nord du territoire au début de la guerre.

Elle a fait état dimanche de la mort d'un de ses soldats, portant à 188 le nombre de militaires tués depuis le début des opérations terrestres à Gaza le 27 octobre.

 

"Morte affamée" 

 

Samedi, des dizaines de personnes avaient prié autour de dépouilles de proches, devant l'hôpital al-Najjar de Rafah (sud).

Bassam Arafa brandit la photo d'une fillette sur son téléphone: "cette petite fille, qu'est-ce qu'elle leur a fait? Elle est morte affamée, avec un morceau de pain dans la main".

Le blocus israélien, renforcé avec la guerre, provoque de graves pénuries de vivres et de carburant dans toute la bande de Gaza où le système de santé s'effondre chaque jour davantage.

Selon un journaliste de l'AFP à Rafah, les télécommunications semblaient être rétablies dimanche à Gaza deux jours après leur arrêt, signalé vendredi par Paltel, principal opérateur palestinien.

Mais la pluie et le froid rendent encore plus difficile la survie au quotidien des familles, qui campent dans la cour du complexe médical al-Nasser, à Khan Younès.

"Mais où pouvons-nous aller", se lamente la quadragénaire Nabila Abu Zayed.

 

Quatre "terroristes" tués

 

L'ONU estime que 1.9 million de personnes, soit près de 85% de la population, ont dû quitter leur logement.

Nombreux sont ceux qui cherchent un refuge à Rafah ou dans d'autres localités du sud alors que le ministère de la Santé local répète qu'il n'y a pas d'infrastructures pour les accueillir.

Son porte-parole accuse Israël de "cibler délibérément les hôpitaux (...) pour les mettre hors service" et met en garde contre des "répercussions dévastatrices".

Les hôpitaux, pourtant protégés par le droit international humanitaire, ont été frappés dans le territoire à plusieurs reprises par l'armée israélienne.

Israël accuse le Hamas de se servir d'hôpitaux comme bases et d'utiliser les civils comme boucliers humains, ce que le mouvement palestinien dément.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), moins de la moitié des hôpitaux de la bande de Gaza fonctionnent, et ce, partiellement.

En dehors de Gaza, les craintes d'un embrasement régional grandissent après de nouvelles frappes contre les Houthis, des rebelles yéménites soutenus par l'Iran qui multiplient les attaques en mer Rouge contre des navires qui seraient liés à Israël, en solidarité avec les Palestiniens.

Les Etats-Unis ont déclaré que leurs forces avaient atteint un "site radar au Yémen" après que des sites de ces rebelles ont été touchés par des frappes américaines et britanniques.

 

"Cent jours de trop"

 

L'armée israélienne a dit en outre dimanche avoir tué "quatre terroristes" qui s'étaient infiltrés depuis le sud du Liban en Israël.

Les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes sont quasiquotidiens depuis le 7 octobre.

En Israël, les familles et les proches d'otages restent très mobilisés pour obtenir le retour de leurs proches, tentant de faire pression sur le gouvernement.

La grande centrale syndicale Histadrout a annoncé une grève de 100 minutes débutant à 11H00 (9H00 GMT) pour marquer les 100 jours de détention des otages à Gaza. 

Des milliers de personnes s'étaient rassemblées samedi à Tel-Aviv pour réclamer la libération des otages.

"C'est 100 jours de trop, tout le monde devrait être de retour", déclare Bashir al-Zayadna, 27 ans, dont l'oncle et le cousin, Youssef et Hamza al-Zayadna, 53 et 22 ans, sont retenus en otage. 

Appelant à la fin de la guerre à Gaza et "du cercle vicieux de la violence", il ajoute: "Chaque heure, chaque jour" qui passent "mettent en danger mes proches, et tous les autres otages". Il n'espère qu'une chose: pouvoir serrer ses proches dans ses bras et "leur dire que tout est fini".

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