13.01.24
15:33

Guerre Israël-Hamas: la bande de Gaza sous les bombes et toujours coupée du monde

Des dizaines de personnes, selon le Hamas, ont été tuées dans la bande de Gaza, dont le sud a été pilonné samedi par l'armée israélienne, au 99e jour de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien. 

Depuis vendredi, le conflit s'est propagé au Yémen, avec deux épisodes de frappes américaines et britanniques contre les rebelles Houthis qui s'attaquent au transport maritime en mer Rouge en "solidarité" avec Gaza. La Chine a dénoncé samedi les opérations américano-britannique, affirmant par la voix de son représentant auprès des Nations unies, que "cela ne contribue pas à la protection de la sûreté et de la sécurité des navires commerciaux et à la liberté de navigation".

Sur le terrain à Gaza, un correspondant de l'AFP a rapporté d'intenses bombardements nocturnes dans le sud, à Khan Younès, devenue épicentre des combats, et à Rafah, près de la frontière avec l'Egypte, où des centaines de milliers de Gazaouis ont fui les affrontements plus au nord. 

Les frappes israéliennes ont fait plus de 60 morts, en majorité des femmes et enfants, et des dizaines de blessés, selon le ministère de la Santé du Hamas, mouvement qui contrôle depuis 2007 le petit territoire palestinien assiégé et surpeuplé. 

A l'hôpital Al-Najjar de Rafah, des habitants endeuillés tentent d'identifier leurs proches, dans une morgue improvisée, à même le sol. Devant l'alignement des corps, un homme tient la dépouille d'un petit enfant, enveloppé dans un linceul blanc. 

"Ca arrive dans une zone que les Etats-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni présentent comme sûre", s'indigne Abu Saif, déplacé "trois ou quatre fois" depuis le début du conflit. 

Bassam Arafa, qui a fui le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande côtière, brandit la photo d'une fillette sur son téléphone: "cette petite fille, qu'est-ce qu'elle leur a fait? Elle est morte affamée, avec un morceau de pain dans la main". 

L'armée israélienne a annoncé avoir détruit des dizaines de sites de tirs de roquettes, et tué par des frappes aériennes quatre "terroristes" à Khan Younès. Dans le centre de la bande de Gaza, elle dit aussi avoir "éliminé des terroristes armés" dans un "poste de commandement du Hamas". 

A Khan Younès, "la nuit a été très difficile" témoigne pour l'AFP la quadragénaire Nabila Abu Zayed, qui l'a passée "entassés avec des centaines de déplacés dans les couloirs de la maternité" de l'hôpital Al-Nasser.  

La pluie et le froid, qui se sont abattus sur la région, rendent encore plus difficile la survie au quotidien de sa famille, qui campe dans la cour de l'hôpital, explique-t-elle. "Mais où aller?" 

 

Retour partiel des communications 

 

Les organisations internationales dénoncent sans relâche le désastre humanitaire enduré par les 2,4 millions de Gazaouis, dont 1,9 million ont dû fuir leurs foyers.

Vendredi, les communications et services internet ont aussi été totalement coupés, du fait de la partie israélienne selon l'opérateur palestinien Paltel. Les communications étaient partiellement restaurées samedi après-midi, selon un journaliste de l'AFP. 

Le manque de carburant a aussi entraîné l'arrêt du principal générateur de l'hôpital des martyrs d'Al-Aqsa, à Deir al-Balah (centre), selon une source au ministère de la Santé du Hamas. 

Israël s'oppose à l'entrée de carburant parmi l'aide humanitaire, invoquant le risque de détournement par le Hamas qu'il classe "terroriste" comme l'Union européenne et les Etats-unis. 

Entrée samedi dans son 99e jour, la guerre a été déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre sur le sol israélien, qui a fait environ 1.140 morts, essentiellement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir du bilan israélien. 

 

"Continuer à vivre" 

 

Quelque 250 personnes ont été prises en otage par le Hamas, dont une centaine libérées à la faveur d'une trêve fin novembre.

Les opérations militaires menées depuis dans la bande de Gaza par Israël, qui a juré d'anéantir le mouvement islamiste palestinien, ont tué 23.843 personnes, et fait plus de 60.300 blessées, selon le dernier bilan samedi du ministère de la Santé du Hamas. 

A Rafah, frappes et privations n'ont pas empêché Afnan et Moustapha d'unir leur destinée, même si la cérémonie a été réduite au minimum. "Nous vivons tous la même tragédie. Mais nous devons continuer à vivre, et la vie doit continuer", confie à l'AFP Ayman Shamlakh, oncle du marié.

Parallèlement des négociations se poursuivent sur le sort des otages. Leurs proches ont tenu samedi un nouveau rassemblement à Tel-Aviv, autour d'un simulacre des tunnels truffant Gaza et utilisés par le Hamas pour ses opérations.

Les personnes retenues vont recevoir des médicaments "dans les prochains jours" en vertu d'un accord négocié par l'entremise du Qatar, a annoncé vendredi le bureau du Premier ministre israélien. Une source proche du Hamas a confirmé à l'AFP la tenue de pourparlers, mais pas leur conclusion.

"Ce n'est pas suffisant", juge Ella Ben Ami, mobilisée à Tel-Aviv pour son père: "je le veux à la maison, dans un bon service de soins, pas soigné par le Hamas".

La guerre à Gaza alimente aussi les violences à la frontière israélo-libanaise, en Cisjordanie occupée et en Syrie et Irak, où les attaques contre les bases américaines se sont multipliées. 

En Cisjordanie occupée, l'armée israélienne a indiqué avoir tué vendredi trois personnes ayant attaqué la colonie juive d'Adora, à une vingtaine de km d'Hébron. Selon l'agence palestinienne Wafa, il s'agit d'un jeune de 19 ans et de deux adolescents.

Dans un incident séparé, dans le nord de la Cisjordanie, un Palestinien de 19 ans est mort après avoir une frappe de l'armée israélienne dans le secteur de Tulkarem, selon Wafa.

Après deux jours d'audience historiques, la Cour internationale de justice, à La Haye, aux Pays-Bas, doit par ailleurs rendre sa décision, possiblement ces prochaines semaines, après des  accusations de "génocide" portées par l'Afrique du Sud contre Israël pour ses opérations dans la bande de Gaza. 

Israël les a rejetées comme "totalement dénaturées" et "malveillantes" vendredi.

La Cour ne se prononcera dans un premier temps que sur la question de savoir si les droits fondamentaux des habitants de Gaza sont actuellement menacés.

Partager cet article