10.01.24
13:32

Trois pièces, trois perruches, une Xbox: comment Breivik purge sa peine

Trois pièces privatives, autant de perruches, une Xbox: le procès intenté par Anders Behring Breivik à l'Etat norvégien contre son régime carcéral met en lumière des conditions de détention à faire pâlir d'envie bien des prisonniers dans le monde.

Depuis 2022, Breivik purge sa peine dans le quartier de haute sécurité de la prison de Ringerike, au bord du lac qui baigne l'île d'Utøya où il a abattu 69 personnes, des adolescents pour la plupart, le 22 juillet 2011. Un peu plus tôt, il avait fait exploser une bombe à Oslo, faisant huit autres victimes.

L'extrémiste de droite de 44 ans dispose de trois pièces individuelles -une cellule de vie, une d'études et une de gym- à l'étage supérieur et, à l'étage inférieur, d'une cuisine, d'un salon TV avec console de jeu, d'une salle à manger et d'une pièce pour les visites qu'il partage (jamais en même temps) avec un autre détenu.  

"Breivik bénéficie de beaucoup plus de place que n'importe quel autre détenu dans la prison de Ringerike", soulignait en décembre le directeur de la prison, Eirik Bergstedt, auprès de l'agence norvégienne NTB.

Si le décor est relativement dépouillé, les pièces sont bien équipées avec plusieurs appareils de musculation dans la cellule de gym ainsi qu'un grand écran plat, plusieurs fauteuils pour jouer à la Xbox avec des gardiens et des posters de la tour Eiffel dans la salle TV.

Malgré cette débauche de moyens, Breivik, condamné en 2012 à une peine de 21 ans de prison extensible indéfiniment, poursuit de nouveau l'Etat norvégien en justice cette semaine pour protester contre son régime carcéral.

Les autorités cherchent à "me pousser au suicide", a-t-il affirmé, éploré, mardi.

Bien que l'extrémiste soit coutumier des facéties -dans une lettre à l'AFP en 2014, il avait menacé d'entamer une grève de la faim en prison s'il n'obtenait pas, entre autres, une Playstation 3 plutôt qu'une PS2-, ce ne sont pas les conditions matérielles de sa détention qu'il critique.

Maintenu depuis environ 12 ans à l'écart des autres prisonniers, il reproche à l'Etat de violer deux articles de la Convention européenne des droits de l'Homme, l'un qui interdit les peines "inhumaines" ou "dégradantes", l'autre qui garantit un droit à la correspondance.    

 

Un 'donjon'...

"Ils ont construit un donjon autour de moi" pour "m'emmurer", s'est plaint Breivik mardi.

"Je ne suis pas un hamster, j'ai besoin de vraies relations" humaines, a-t-il dit.

Son isolement n'est que relatif: outre ses contacts avec les gardiens avec qui il peut jouer aux cartes, cuisiner ou déjeuner, Breivik est autorisé à voir régulièrement un pasteur, un physiothérapeute, un psychiatre ou encore une visiteuse de la Croix Rouge avec un chien qu'il peut caresser.

Il a lui-même mis fin à ses contacts avec un visiteur désigné par les autorités, mais peut, une heure par semaine, rencontrer un autre détenu, lui aussi trié sur le volet, avec qui il peut faire des gaufres, par exemple.

Généralement, ces rencontres ont lieu autour d'une table, qu'il appelle "la table de Poutine", plusieurs gardiens étant, pour des raisons de sécurité, assis entre les deux prisonniers.

 

... ou un 'palace' ?

En plus d'activités variées (basketball, promenades, bibliothèque...), les autorités lui ont confié trois perruches pour combler son souhait d'avoir un animal de compagnie.

"J'avais demandé un chien, une chèvre ou un cochon nain avec qui on peut nouer des contacts empathiques, qui peuvent être une bonne solution de substitution pour des personnes en isolement", a commenté Breivik.

"Mais des perruches, c'est mieux que rien".

De gros mammifères, "ce n'est pas très pratique dans un quartier de haute sécurité", a rétorqué un avocat de l'Etat, Kristoffer Nerland. "Et puis, les autorités vétérinaires y trouveraient peut-être à redire".

Sur la toile, des internautes persiflent sur ces conditions de détention comparées à "un hôtel" ou "un palace". "D'autres prennent des gardiens de prison en otage pour pouvoir avoir une pizza", a réagi un Suédois sur X (ex-Twitter).

"Le système norvégien est comme il est, mais en tant que maman dont il a tué la fille, c'est dur de le voir se plaindre avec son bel appartement", a commenté auprès de l'AFP Lisbeth Kristine Røyneland, mère de Synne, fauchée à 18 ans sur Utøya.

"Mais au moins, il est derrière les barreaux et il ne ressortira jamais".

 

AFP

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