09.01.24
13:33

Gabriel Attal, l'irrésistible ascension jusqu'à Matignon

Nommé mardi Premier ministre, Gabriel Attal devient à 34 ans le plus jeune chef du gouvernement de l'histoire de la République, une ascension spectaculaire pour celui devenu ces dernières semaines le plus populaire des macronistes.

"Sans-faute", "bon élève", "la meilleure incarnation de l'ADN macroniste": le phénomène Attal, déjà benjamin du gouvernement en 2018, puis plus jeune ministre de l'Education nationale, s'est finalement imposé pour succéder à Elisabeth Borne à Matignon.

Emmanuel Macron a-t-il suivi l'opinion ? Gabriel Attal, qui ne fait pas mystère de son homosexualité, était devenu la personnalité la plus populaire du gouvernement et de la majorité, convaincant un Français sur deux, alors que plus d'un tiers d'entre eux réclamaient sa nomination à Matignon dans une récente étude.

Trois ans plus jeune que Laurent Fabius lorsque François Mitterrand l'avait nommé Premier ministre il y a quarante ans, M. Attal peut-il espérer une forme d'état de grâce ? 

A l'approche du mitan d'un quinquennat jusqu'alors englué, il devra déjouer la proverbiale malédiction de Matignon et composer avec la majorité seulement relative des macronistes à l'Assemblée.

Issu de la mouvance strauss-kahnienne, cet "enfant spirituel de Marisol Touraine" était passé par le cabinet de la ministre de la Santé de François Hollande, avant de suivre Emmanuel Macron à la fin de la campagne de 2017. 

 

"Un os à ronger pour Gabriel" 

Après la victoire, ce fils d'un producteur de cinéma, qui a fréquenté les bancs de la huppée Ecole alsacienne à Paris, s'était fait élire député dans un fief de droite des Hauts-de-Seine.

De quoi entrer au gouvernement, mais par la petite porte: chargé du modeste secrétariat d'Etat à la Jeunesse, il se fait remarquer par sa "capacité de travail" et son "sens politique", autant que par une ambition assumée. "Si je m'étais interdit des choses, je ne serais probablement pas là où j'en suis aujourd'hui", admettait-il volontiers. 

En juillet 2020, lorsqu'il arrive à Matignon, le nouveau Premier ministre Jean Castex s'interroge: "A-t-on trouvé un os à ronger supplémentaire pour le jeune Gabriel ?"

Pour se faire les dents, le benjamin hérite finalement du porte-parolat du gouvernement.

De plateaux de télévision en conférences de presse, Gabriel Attal se révèle dans cet exercice de service après-vente, marqué par la crise du Covid, même si son aplomb le trahit parfois.

Reste qu'il s'impose comme l'un des rares membres du gouvernement à se faire un nom dans l'opinion publique.

Au cœur du pouvoir, le couple qu'il formait alors avec Stéphane Séjourné, aujourd'hui chef du parti présidentiel Renaissance, capte l'attention de la presse.

 

Interdiction de l'abaya 

Après sa réélection, Emmanuel Macron lui offre le Budget, où son aisance médiatique lui permet d'être l'un des rares ministres envoyés en première ligne pour défendre l'impopulaire réforme des retraites.

La nouvelle récompense ne tarde pas: le prestigieux ministère de l'Education nationale, à partir de juillet 2023.

"Choc des savoirs", "école des droits et des devoirs", prise de position en faveur de l'uniforme, JT de 20H pour annoncer l'interdiction de l'abaya à l'école, le ministre, omniprésent, monte au front.

"Attention au boomerang", tempérait en septembre un cadre de la majorité, inquiet des classes sans professeur.

Gabriel Attal préfère saturer l'espace médiatique: en octobre, lors d'un discours pour la journée nationale des enseignants, à Paris, drapeaux français et européen sont déployés en arrière-plan: "une scénographie digne d'un Premier ministre ou d'un président", sourient certains.

L'annonce du retour du redoublement ou la mise en place de groupes de niveaux nourrit en outre la critique d'une école qui se parerait d'un filtre sépia. Las: ces clins d'œil assumés aux populations âgées sont surtout jugés habiles politiquement, dans la droite ligne du "réarmement" prôné par Emmanuel Macron.

Une conseillère ministérielle s'étonnait il y a quelques semaines de l'emballement autour de cet "apparatchik" qui n'a "jamais bossé dans le privé", volontiers moqué, y compris par les siens, pour son "côté tête à claques du premier de la classe".

Sa biographie mentionne, après son diplôme de Sciences Po, une expérience d'un an à la Villa Médicis à Rome et une brève activité de consultant auto-entrepreneur en 2017.

Venu du PS, Gabriel Attal prend surtout soin de ne pas se départir de "l'espace central".

"Il semble plutôt suivre le chemin de Macron vers la droite", grinçait pourtant à la fin de l'année un conseiller ministériel.

Pas suffisamment, en tout cas, pour apparaître comme un repoussoir pour l'aile gauche de la macronie ou les partenaires du MoDem, François Bayrou en tête, qui s'inquiétaient de la rumeur persistante d'une nomination à Matignon de Sébastien Lecornu, un ex-LR toujours soupçonné de conserver des accointances avec l'"ancien monde". Un monde que Gabriel Attal n'a finalement presque jamais connu.

 

AFP

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