07.01.24
16:16

Le Bangladesh aux urnes pour des législatives sans opposition

Le décompte des bulletins a débuté dimanche après-midi au Bangladesh où les électeurs ont voté pour des législatives assurées d'offrir un cinquième mandat à la Première ministre Sheikh Hasina, qui a qualifié le principal parti d'opposition du pays d'"organisation terroriste". 

Le scrutin est boycotté par le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), principale force d'opposition, qui dénonce "un simulacre d'élection" et par d'autres partis, décimés ces derniers mois par une vague massive d'arrestations.

Sheikh Hasina, 76 ans, a appelé les électeurs à se rendre aux urnes pour montrer leur confiance dans le processus démocratique.

"Le BNP est une organisation terroriste", a-t-elle déclaré dimanche aux journalistes après avoir voté dans la capitale Dacca. 

"Je fais de mon mieux pour garantir que la démocratie perdure dans ce pays", a-t-elle assuré en promettant des élections "libres et équitables".

Les bureaux de vote du huitième pays le plus peuplé du monde ont fermé à 16H00 (10H00 GMT) et les résultats sont attendus dès lundi matin. "Le comptage des voix a débuté" a déclaré à l'AFP le porte-parole de la commission électorale Shariful Alam.

Le pays, autrefois en proie à une extrême pauvreté, a connu une croissance accélérée sous la direction de Mme Hasina. Mais son gouvernement a également été accusé de violations des droits humains systématiques et d'une répression impitoyable de l'opposition.

Son parti, la Ligue Awami, n'a pratiquement pas d'adversaires dans les circonscriptions qu'elle brigue. Mais elle a omis de présenter des candidats dans quelques unes d'entre elles, apparemment pour éviter que le Parlement monocaméral ne soit considéré comme l'instrument d'un parti unique.

 

Faible participation

 

Les premières indications suggéraient une faible participation. Le secrétaire de la Commission électorale Jahangir Alam a indiqué que le taux de participation se montait à 18,5% à midi.

Le chef du parti d'opposition BNP Tarique Rahman, s'est inquiété d'un risque de bourrage des urnes.

"Je crains que la commission électorale n'augmente la participation électorale en utilisant de faux votes", a-t-il déclaré à l'AFP.

Pour Mohammad Saidur, 31, qui conduit un rickshaw, "pourquoi irais-je voter quand on a un parti qui participe et l'autre pas?".

"Nous savons tous qui va gagner", renchérit Farhana Manik, une étudiante de 27 ans.

Certains électeurs affirment avoir été menacés de confiscation de leurs cartes d'allocations gouvernementales, nécessaires pour obtenir des prestations sociales, s'ils refusaient de voter pour la Ligue Awami.

"Ils m'ont dit qu'ils me la confisqueraient si je ne votais pas", a déclaré à l'AFP Lal Mia, 64 ans, qui vote dans le district de Faridpur, dans le centre du pays. "Ils ont dit que puisque le gouvernement nous nourrit, nous devons voter pour lui".

 

Arrestations

 

 

L'opposition a organisé fin 2023 des manifestations afin d'exiger la démission de la Première ministre et promouvoir un gouvernement intérimaire neutre pour superviser les élections, mais sans succès. 

Quelque 25.000 cadres de l'opposition, dont l'ensemble des dirigeants locaux du BNP, ont été arrêtés dans une vague de répression qui a suivi les manifestations de l'an dernier, lors desquelles plusieurs personnes ont été tuées dans des affrontements avec la police, selon le parti. Le gouvernement a pour sa part fait état de 11.000 arrestations.

Dans l'est du pays, à Chittagong des policiers ont tiré dimanche, sans faire de blessés, pour disperser une soixantaine de militants de l'opposition qui avaient érigé un barrage routier pour protester contre le scrutin, a indiqué à l'AFP Mokhlesur Rahman, commissaire adjoint de la police de la ville portuaire. 

Près de 700.000 policiers et réservistes ont été déployés pour maintenir l'ordre pendant le scrutin, et près de 100.000 soldats, selon la commission électorale.

170 millions d'habitants

 

La scène politique du pays de 170 millions d'habitants a longtemps été dominée par la rivalité entre Sheikh Hasina, la fille du fondateur du pays, et Khaleda Zia, Première ministre à deux reprises et épouse d'un ex dirigeant militaire.

Depuis son retour au pouvoir en 2009, Mme Hasina, 76 ans, a renforcé sa mainmise après deux élections entachées d'irrégularités et d'accusations de fraude. 

Condamnée pour corruption en 2018, Khaleda Zia, 78 ans, est détenue dans un hôpital de la capitale Dacca, en raison de son mauvais état de santé.

Son fils Tarique Rahman dirige le BNP à sa place depuis Londres, où il vit en exil depuis 2008, après plusieurs condamnations dans son pays.

Les forces de sécurité du Bangladesh sont depuis longtemps accusées de recours excessif à la force, ce que dément le gouvernement.

Les États-Unis, plus grand marché d'exportation du Bangladesh, ont sanctionné une unité d'élite de la police et ses commandants, accusés de nombreuses exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées.

Le succès de sa politique économique a longtemps garanti la popularité de Sheikh Hasina. Mais les difficultés se sont récemment multipliées, avec une hausse des prix de la plupart des produits de base et des pannes d'électricité généralisées en 2022.

Le refus des hausses salariales réclamées par les ouvriers du textile, secteur qui génère 85% des 55 milliards de dollars d'exportations annuelles du pays, ont déclenché des troubles sociaux fin 2023, avec des usines incendiées et des centaines d'autres fermées.

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