07.01.24
17:43

A cinq mois des européennes, début des grandes manoeuvres à Bruxelles

La course aux "top jobs" européens est déjà lancée: la décision inédite du président du Conseil européen Charles Michel de quitter prématurément ses fonctions, dès juillet, bouscule le calendrier et soulève d'épineuses questions autour de sa succession.

Le responsable belge de 48 ans, qui préside depuis quatre ans les réunions des chefs d'Etat ou de gouvernement des 27 pays de l'UE, voyait son mandat actuel s'achever en novembre prochain.

Il a décidé de préparer son avenir, en se présentant aux élections au Parlement européen. Prévues du 6 au 9 juin, elles déboucheront sur un renouvellement des têtes des principales institutions de l'UE qui doit refléter l'équilibre politique issu du scrutin.

Une telle annonce vient renforcer l'attente autour des intentions de l'autre figure dirigeante de l'UE, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à qui de nombreux observateurs prêtent la volonté de briguer un nouveau mandat.

Charles Michel a annoncé dans plusieurs médias belges, dont Le Soir, qu'il comptait exercer sa "fonction de président du Conseil européen jusqu'à (sa) prestation de serment comme député européen, qui aura lieu le 16 juillet".

 

"Pas d'obstacle légal"

 

Son entourage a précisé que ses fonctions étaient compatibles avec le fait de mener une campagne pour se faire élire au Parlement européen: "il n'y a aucun obstacle légal ou autre", assure cette source.

"Après les élections européennes, fin juin, début juillet il est prévu que le Conseil européen se réunisse et prenne des décisions, notamment pour désigner mon successeur", a indiqué l'ancien Premier ministre belge, qui mènera la liste du Mouvement réformateur (MR, le parti libéral francophone).

"J'informe les membres du Conseil européen six mois avant la première session du Parlement européen, personne n'est pris par surprise", s'est justifié Charles Michel.

Selon un officiel européen, la question qui se pose est désormais plus politique que strictement juridique.

"Dans quelle mesure peut-il faire campagne, et, surtout présider le Conseil européen après l'élection de début juin?", interroge cette source, tout en appelant à relativiser. "Si tout va bien, les nominations des top jobs peuvent tout à fait être décidées au Conseil européen de fin juin".

Si un successeur n'était pas trouvé, les procédures européennes prévoient, en cas de fin de mandat lié à un "empêchement" tel qu'une maladie, décès, ou en cas de "faute grave" --et sans toutefois envisager spécifiquement le cas du départ prématuré du titulaire du poste--, que le président du Conseil européen soit remplacé temporairement par le dirigeant européen dont le pays assure la présidence semestrielle du Conseil de l'UE (c'est-à-dire dirige les réunions européennes au niveau des ministres).

Or en juillet, c'est le premier ministre hongrois nationaliste Viktor Orban, familier des diatribes anti-UE et seul dirigeant parmi les 27 à avoir maintenu des liens étroits avec le Kremlin à la suite de l'offensive de la Russie contre l'Ukraine, qui sera dans cette position.

Charles Michel a toutefois estimé qu'il était possible de "changer (ces dispositions) à la majorité simple".

 

"Le capitaine quitte le navire"

 

L'eurodéputée néerlandaise Sophie in't Veld, issue de Renew Europe (centristes et libéraux), la même famille politique que celle de Charles Michel, a fustigé ce départ. 

"Le capitaine quitte le navire au milieu d'une tempête. Si c'est là le peu d'intérêt que vous portez au sort de l'Union européenne, quelle est votre crédibilité en tant que candidat?", a-t-elle écrit sur X (ex-Twitter).

Le Belge avait été choisi en juillet 2019 pour succéder au Polonais Donald Tusk à la présidence du Conseil européen, institution réunissant les chefs d'Etat ou de gouvernement des Etats membres, lors de la distribution des "top jobs". A ce titre, il est notamment chargé depuis quatre ans de diriger les travaux des sommets de l'UE.

Les députés européens, qui seront 720 à l'issue du scrutin de 2024, sont élus au suffrage universel direct pour une durée de cinq ans.

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