07.01.24
13:14

Charles Michel, visage de l'UE dans l'ombre de Von der Leyen

Chef d'orchestre des sommets de l'Union européenne depuis quatre ans, le Belge Charles Michel s'est efforcé de maintenir l'unité des Vingt-Sept dans les crises successives mais a peiné à imprimer sa marque, sur fond de tensions avec la présidente de la Commission.

Le président du Conseil européen qui réunit les dirigeants des 27 Etats membres de l'UE, dont le mandat s'achevait fin novembre, a annoncé son intention de quitter son poste dès juillet: il est candidat aux élections au Parlement européen, en tant que tête de liste de son parti libéral MR.

Appartenant à la même génération de leaders pro-européens que le Français Emmanuel Macron et le Luxembourgeois Xavier Bettel, il avait été choisi en 2019 pour succéder au Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen. Un poste prestigieux mais aussi périlleux - souvent ingrat - où la recherche du consensus oblige à de difficiles contorsions. 

Parfois brocardé pour sa prononciation laborieuse de l'anglais, cet avocat de formation a toutefois réussi à bâtir des compromis entre 27 dirigeants aux intérêts divers, dans un contexte de crises majeures.

Ce francophone de 48 ans, qui fut le Premier ministre le plus jeune de Belgique, a dû composer avec la pandémie de Covid-19, qui a contraint pendant de longs mois les dirigeants de l'UE à se réunir par visioconférence, une configuration moins propice aux négociations. 

Il a dirigé les débats du deuxième sommet le plus long de l'histoire de l'UE, en juillet 2020: quatre jours et quatre nuits d'âpres discussions pour convaincre les pays dits "frugaux" d'accepter la mise en place d'un gigantesque plan de relance post-Covid basé pour la première fois sur une dette commune.

Il a ensuite eu la difficile tâche de préserver l'unité des 27 face aux conséquences de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine, en gérant notamment les menaces de veto du Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, seul dirigeant européen à avoir maintenu des liens étroits avec le Kremlin.

Lors d'un sommet en décembre, l'ouverture par l'UE de négociations d'adhésion avec l'Ukraine, à laquelle le dirigeant hongrois était opposé, s'est faite par le biais d'un subterfuge consistant à faire sortir Viktor Orban de la salle de réunion au moment de la décision. Il reste toutefois encore à surmonter le blocage hongrois à une nouvelle aide financière à Kiev.

 

"Sofagate"

 

Mais avec l'autre tête du leadership de l'UE, la chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen qui a pris la présidence de la Commission européenne et s'est rapidement imposée sur la scène internationale comme LA voix de Bruxelles, les rapports se sont révélés difficiles.

Les tensions éclatent au grand jour avec l'incident du "Sofagate", en avril 2021. Lors d'une visite à Ankara, Charles Michel est placé à côté du président turc Recep Tayyip Erdogan tandis qu'Ursula von der Leyen est reléguée sur un canapé en retrait. 

L'image devient virale, donne lieu à une controverse sur la préséance protocolaire et à des accusations de sexisme, Charles Michel se retrouvant épinglé pour ne pas avoir réagi face à cette situation.

"Les batailles d'ego et querelles de Charles Michel avec Ursula von der Leyen ont manifestement affaibli l'Union sur la scène internationale", estime Alberto Alemanno, professeur de droit européen à HEC Paris, interrogé par l'AFP.

Il estime que Charles Michel, le troisième à occuper la fonction de président du Conseil européen devenue permanente en 2009, a été "le moins efficace", jugeant qu'il n'a "pas joué un rôle prépondérant" dans la réponse à la crise du Covid et n'a pas fait preuve "d'autorité" face à Viktor Orban.

Régulièrement en voyage à l'étranger dans le cadre de ses fonctions, Charles Michel a par ailleurs été mis en cause en avril dernier dans la presse pour son recours fréquent aux jets privés et le coût de ces déplacements.

Originaire de Namur, père de deux filles et d'un garçon, Charles Michel est issu d'une famille d'hommes politiques: il est le fils de l'ex-commissaire européen et ex-ministre des Affaires étrangères Louis Michel et le frère du secrétaire d'Etat Mathieu Michel.

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