30.12.23
14:07

Une année euphorique se termine pour Wall Street, 2024 plus incertain

L'année 2023 à Wall Street aura été celle d'un rebond euphorique et inattendu, accéléré ces deux derniers mois par la certitude des marchés que l'inflation s'évanouit et que la fin des taux d'intérêt élevés se profile aux Etats-Unis.

Vendredi, les indices ont conclu sur un repli mais non loin de records, dans un marché déserté de fin d'année. 

L'indice Dow Jones a cédé 0,05% à 37.689,54 points. Le Nasdaq, à forte coloration technologique a reculé de 0,56% à 15.011,35 points et le S&P 500, à seulement 1% de son record historique, a lâché 0,28% à 4.769,83 points.

 Mais sur l'ensemble de l'année, porté par le ferme espoir que l'économie va atterrir en douceur après avoir terrassé l'inflation, le Dow Jones gagne presque 14%.

Le S&P 500, le plus représentatif du marché, est à 1% de son plus haut historique de janvier 2022, en progrès de 24% sur l'année. 

Enfin, le Nasdaq s'est envolé de plus de 43%, doté des "Sept Magnifiques", les mégacapitalisations de la technologie, comme Microsoft, Alphabet et Nvidia qui ont notamment profité de la frénésie du développement de l'intelligence artificielle.

"Cela a été un super marché boursier cette année", a commenté David Kotok, directeur des investissements chez Cumberland Advisors, interrogé par l'AFP.

Parmi les vedettes de l'année, l'action Tesla a plus que doublé passant de 113 à 248,48 dollars. Nvidia, la coqueluche du secteur de l'intelligence artificielle, a été multipliée par plus de trois, concluant à 495,22 dollars.

Une autre ascension des plus spectaculaires a été celle du spécialiste de paiement différé Affirm, cinq fois supérieur à son niveau de janvier à 49,14 dollars.

L'année a pourtant connu "une montée des taux d'intérêts" de la banque centrale américaine (Fed), ce qui est en général défavorable aux actions car cela renchérit les investissements des entreprises, mais aussi "une mini-crise bancaire, le déclenchement de grèves, et une situation géopolitique qui s'aggrave", a rappelé Art Hogan de B. Riley Wealth Management.

L'année 2023 avait commencé dans l'attente d'une récession censée être provoquée par le resserrement de la politique monétaire "mais elle ne s'est jamais matérialisée", a rappelé Maris Ogg, gestionnaire de portefeuille pour Tower Bridge Advisors.

"On a débuté dans la peur d'une récession et terminé dans l'euphorie complète avec l'idée que les taux d'intérêts vont baisser. Maintenant que le marché a déjà pris en compte tout cela, il pourrait être beaucoup plus dépendant des résultats de sociétés en 2024", affirme-t-elle, croyant à une année à venir plus difficile pour les marges des entreprises.

Les analystes misent toutefois sur une progression moyenne des bénéfices de 12% en 2024.

Les Américains pas convaincus

Les performances brillantes de Wall Street, jusqu'ici en tout cas, n'ont guère ébloui les Américains qui "continuent de se plaindre de l'économie et qui ne se sentent pas prospères", nuance encore l'experte de Tower Bridge Advisors.

Les emplois sont toujours nombreux, avec seulement 3,7% de taux de chômage, et le patrimoine immobilier des Américains a encore pris de la valeur.

Mais "ils trouvent que l'économie n'est pas aussi bonne qu'elle l'était il y a quelques années et cela va sans doute handicaper Joe Biden", s'il est le candidat démocrate à l'élection présidentielle l'année prochaine, souligne Maris Ogg.

L'octogénaire est au plus bas niveau de popularité par rapport à ses prédécesseurs à la Maison Blanche moins d'un an avant l'élection. 

Un sondage Gallup en décembre montre que 39% des Américains seulement approuvent son action.

L'entrain de Wall Street s'est accéléré ces deux derniers mois avec le fort repli des taux d'intérêt sur le marché obligataire. Ils sont tombés de 5% en octobre à 3,87% pour ceux à dix ans, dans l'anticipation d'une réorientation de la politique monétaire de la Fed face à une inflation tombée à 3,1% (selon l'indice CPI en novembre).

Cette situation préoccupe cependant Steve Sosnick d'Interactive Brokers. 

"Si les taux doivent baisser autant", cela veut dire qu'il faut soutenir une économie qui devient "problématique", craint l'analyste. 

Dans le même temps, Steve Sosnick pense que les six baisses des taux (d'un quart de point de pourcentage) envisagées par le marché "ne sont pas réalistes car la Fed n'aime être trop agressive juste avant une élection présidentielle". "La banque centrale ne veut pas être perçue comme soutenant un camp ou l'autre", a-t-il ajouté.

Art Cashin, directeur des opérations sur le parquet pour UBS, estime lui qu'il faudra en 2024 "être vigilant quant à la situation géopolitique".

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