10.12.23
13:26

Violents combats à Gaza, la population civile en plein désarroi

L'armée israélienne a livré dimanche de violents combats au Hamas palestinien dans la bande de Gaza et intensifié ses raids aériens sur le petit territoire assiégé, acculant des centaines de milliers de personnes dans un périmètre de plus en plus réduit.

Après avoir mis son veto à une résolution de l'ONU appelant à un cessez-le-feu humanitaire, l'allié américain a approuvé "d'urgence" la vente à Israël de près de 14.000 obus équipant les chars Merkava engagés dans l'offensive contre le Hamas.

Malgré un bilan qui ne cesse de s'alourdir à Gaza avec plus de 17.700 morts, en majorité des femmes et des enfants, depuis deux mois selon le Hamas, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé samedi soir que la "juste guerre pour éliminer" le mouvement islamiste palestinien se poursuivrait.

Le conflit a été déclenché après une attaque d'une ampleur sans précédent menée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés en Israël depuis Gaza, durant laquelle 1.200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées, selon les autorités.

Depuis, Israël bombarde par terre, air et mer l'étroite bande de terre surpeuplée, réduisant en ruines des quartiers entiers et poussant à la fuite environ 1,9 million de Palestiniens, soit 85% des habitants selon l'ONU, vers des zones du sud qui sont elles aussi visées par les frappes.

Tôt dimanche, l'aviation israélienne a mené des "raids très violents" près de Khan Younès (sud), et sur la route vers Rafah (sud), frontalière de l'Egypte, a indiqué le Hamas. De nombreuses frappes nocturnes ont visé Khan Younès, selon un journaliste de l'AFP.

Au sol, de violentes batailles opposent les soldats aux combattants palestiniens principalement dans la région de Khan Younès, à Jabaliya (nord) et dans la ville de Gaza (nord), d'après les deux camps.

Les combattants palestiniens ont continué eux à tirer des roquettes en direction d'Israël, mais l'armée affirme que la grande majorité de ces engins sont interceptés par le système anti-missile israélien. 

 

"Irréversibles"

 

Des images publiées sur les réseaux sociaux samedi montrent le drapeau israélien hissé sur la place de la Palestine au centre de la ville de Gaza.

L'armée a indiqué avoir "intensifié" ses opérations dans le sud du territoire palestinien. "Nous devons accentuer la pression" sur le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne, a dit le chef d'état-major Herzi Halevi.  

Face à une situation explosive qui fait craindre un débordement du conflit, le patron de l'ONU Antonio Guterres a averti que "la situation évolue vers une catastrophe aux implications potentiellement irréversibles" pour les Palestiniens et la région.

Principal médiateur dans le conflit, le Qatar, où est basé le chef du bureau politique du Hamas Ismaïl Haniyeh, a affirmé que les efforts se poursuivaient pour obtenir une nouvelle trêve et de nouvelles libérations d'otages retenus à Gaza depuis l'attaque du 7 octobre.

Mais "la poursuite des bombardements réduit ces possibilités", a souligné le Premier ministre du Qatar, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani.

Lors d'une trêve d'une semaine fin novembre, 105 otages, dont 80 Israéliens, ont été relâchés en échange de 240 prisonniers palestiniens incarcérés par Israël. Selon l'armée, 137 otages sont toujours retenus à Gaza sur les quelque 240 enlevés.

"Je préfère voir mes enfants libérés par des négociations, pas des actions militaires, car j'ai peur qu'ils ne soient tués par l'armée", a confié à l'AFP Yechi Yehud, père de Arbel et Dolev, lors d'un  rassemblement samedi soir à Tel-Aviv. 

 

"Que Dieu nous protège"

 

Avec l'intensification des combats au sol et des frappes aériennes à Gaza, les craintes vont croissant pour la population civile, qui tente désespérément de se protéger.

Au début de son offensive terrestre lancée le 27 octobre, l'armée israélienne a demandé à la population du nord de Gaza de se rendre au sud. Une grande partie des 1,9 million de déplacés se retrouvent acculés surtout à Rafah, transformé en vaste camp de réfugiés.

"Alors que de plus en plus de personnes se déplacent vers des zones de plus en plus réduites, la surpopulation, combinée au manque de nourriture, d'eau, d'abris et d'assainissement adéquats, créent les conditions idéales pour la propagation" des maladies, a affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'Organisation mondiale de la santé.

Dans leur fuite en direction de Rafah, des Palestiniens expriment leur angoisse et peur à l'AFPTV.

"Ils nous ont dit de nous diriger vers le sud, mais il y a des bombardements ici aussi. Nous sommes pris pour cible partout où nous allons et nous ne savons pas où aller", a dit un déplacé qui n'a pas voulu donner son nom. "Cela fait 10 jours que je n'ai pas mangé et je ne trouve pas d'eau à boire."

Pour Mohammed Achour, qui a fui Khan Younès, "il n'y a pas d'endroit sûr. Que Dieu nous protège".

A Gaza-ville (nord), des milliers de personnes ont trouvé abri à l'hôpital al-Chifa, hors service après avoir été évacué par l'armée israélienne, selon un journaliste de l'AFP. Des déplacés ont installé des centaines de tentes de fortune faites de tissu recouvert de plastique ou de nylon dans les jardins et les cours intérieures.

 

Drones abattus 

 

Le patron de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) Philippe Lazzarini, a accusé Israël de préparer le terrain à l'expulsion massive des Palestiniens de Gaza vers l'Egypte, une accusation rejetée par les autorités israéliennes. 

"Si l'on continue dans cette voie (...) Gaza ne sera plus une terre pour les Palestiniens", a-t-il dit dans le LA Times.  

La guerre a aussi fait flamber les violences en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël, où plus de 260 Palestiniens ont été tués par des tirs de soldats ou de colons israéliens, selon l'Autorité palestinienne.

La Cisjordanie est séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien. En 2005, Israël s'est retiré unilatéralement de Gaza après 38 ans d'occupation. Et depuis que le Hamas y a pris le pouvoir en 2007, il impose un blocus aérien, maritime et terrestre aux habitants du territoire, avant un siège complet le 9 octobre dernier.

A la frontière avec le Liban, l'armée israélienne a fait état de deux soldats blessés dans des tirs de roquettes du sud du Liban voisin vers le nord d'Israël. L'aviation a riposté par des raids sur "des cibles terroristes du Hezbollah", le mouvement libanais qui revendique la majorité des attaques contre Israël.

En mer Rouge, la frégate française Languedoc a abattu deux drones provenant de régions du Yémen contrôlées par les rebelles Houthis, alliés du Hamas, qui menacent de perturber le trafic sur cette voie maritime stratégique.

Partager cet article