09.11.23
09:39

Espagne: Pedro Sánchez obtient l'accord du parti de Puigdemont pour sa reconduction au pouvoir

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a obtenu jeudi l'accord du parti de l'indépendantiste catalan Carles Puigdemont, indispensable à sa reconduction au pouvoir, en échange d'une loi d'amnistie très controversée qui fait monter la tension dans le pays.

Après des semaines d'intenses tractations, le Parti socialiste de M. Sánchez et la formation de M. Puigdemont, Ensemble pour la Catalogne (Junts per Catalunya), sont parvenues dans la nuit de mercredi à jeudi à un accord, a indiqué à l'AFP une source proche des négociations, sans donner de détails.

Selon les médias espagnols, les deux parties devraient présenter cet accord à la mi-journée à Bruxelles, où a fui Carles Puigdemont après l'échec de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, afin d'échapper aux poursuites de la justice espagnole.

M. Sánchez, qui est à la tête du gouvernement espagnol depuis juin 2018, est en passe de réussir son pari de se maintenir au pouvoir après avoir fait mentir les sondages qui prédisaient sa déroute lors du scrutin législatif du 23 juillet, deux mois après une débâcle de la gauche aux élections locales.

Le socialiste avait finalement résisté mieux que prévu face à son rival conservateur du Parti Populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, arrivé en tête du scrutin mais qui a été dans l'incapacité de se faire investir Premier ministre fin septembre faute d'appuis suffisants au Parlement.

En échange des voix indispensables des députés indépendantistes catalans, M. Sánchez a dû céder face à leur exigence d'une loi d'amnistie pour leurs dirigeants et militants poursuivis par la justice espagnole en raison de leur implication dans la tentative de sécession de 2017, l'une des pires crises politiques vécues par l'Espagne contemporaine.

Cette loi, qui devrait permettre le retour en Espagne de M. Puigdemont, devra être adoptée par le Parlement, une fois que M. Sánchez aura été investi par les députés, vraisemblablement la semaine prochaine. Mercredi, la Commission européenne a demandé à Madrid des "informations détaillées" sur ce projet d'amnistie.

 

"Accord honteux" pour la droite

Porté au pouvoir il y a cinq ans notamment grâce aux voix des partis catalans, Pedro Sánchez a déjà gracié en 2021 les dirigeants séparatistes condamnés en 2019 de lourdes peines de prison pour leur rôle en 2017. Mais cette nouvelle concession du socialiste aux indépendantistes catalans a fait monter la tension d'un cran dans le pays.

Droite et extrême droite accusent M. Sánchez, qui était opposé par le passé à l'idée d'une amnistie, à être prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. 

Elles ont manifesté à plusieurs reprises pour dénoncer un "scandale" et les rassemblements de l'extrême droite devant le siège du Parti socialiste à Madrid se sont terminées lundi et mardi en échauffourées avec la police, des images de violences assez inhabituelles en Espagne. 

Des organisations proches du parti d'extrême droite Vox ont appelé à une nouvelle mobilisation jeudi soir contre ce qu'elles qualifient de "coup d'Etat".

"Nous sommes face à un accord honteux avec lequel Sánchez va humilier l'Espagne" en étant soutenu par un "fugitif", a dit pour sa part la numéro deux du PP, Cuca Gamarra, en référence à Carles Puigdemont. Figure montante de la droite, la présidente de la région de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, est allée jusqu'à accuser le Premier ministre de mettre en place une "dictature".

Le PP a appelé ses sympathisants à se rassembler de nouveau dimanche dans tous les chefs-lieux de départements et une autre grande manifestation est prévue à Madrid le samedi 18.

Au-delà de l'opposition de la droite et de la frange conservatrice de la magistrature, qui estime que cette amnistie est une atteinte gravissime à l'Etat de droit, M. Sánchez fait face aux critiques de certains des barons les plus modérés de son parti.

Et une fois réinvesti Premier ministre, il devra composer avec une majorité qui s'annonce instable.

En effet, le parti de Puigdemont et les nationalistes basques du PNV, très proches du monde de l'entreprise, auront notamment du mal à voter la réduction de la semaine de travail à 37,5 heures, mesure phare de l'accord de gouvernement entre les socialistes et leur principal allié, la plateforme d'extrême gauche Sumar.

 

AFP

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