29.07.23
12:00

L'essor des applis de rencontres entre réfractaires aux vaccins

Dans un groupe Facebook privé de rencontres amoureuses, une certaine Renee, 35 ans, tente de présenter ses meilleurs atouts: sportive, danseuse de kizomba et... non-vaccinée.

Si la pandémie de Covid-19 s'éloigne, des applications, sites internet et groupes sur les réseaux sociaux continuent de servir d'entremetteurs aux célibataires qui honnissent les vaccins et souscrivent aux théories, maintes fois réfutées, sur leurs dangers supposés sur l'ADN ou l'infertilité.

Une tendance qui montre comment l'opposition à la vaccination est devenue une part déterminante de l'identité de certains.

Aux côtés de Renee, une Australienne, ils sont nombreux à intégrer ces groupes privés de "célibataires non vaccinés", qui se sont multipliés sur Facebook.

Dans l'un d'eux, que l'AFP a pu rejoindre, beaucoup indiquent ne surtout pas vouloir rencontrer de "piqués", c'est-à-dire de personnes ayant reçu des injections de vaccins, quand d'autres qualifient les opposants à la vaccination contre le Covid-19 de "combattants de la liberté au sang pur".

"Cela montre à quel point ils sont dans une bulle aux parois épaisses", analyse Timothy Caulfield, professeur à l'Université de l'Alberta, au Canada. "Etre anti-vaccin est devenu un marqueur idéologique, une manière d'afficher son camp", dit le spécialiste à l'AFP.

 

Filon 

Environ la moitié des Américains utilisateurs d'applications de rencontre estiment important de pouvoir voir le statut vaccinal sur les profils, selon une étude du Pew Research Center réalisée en 2022.

Sur un forum du réseau social Reddit, une personne explique avoir remarqué que le statut vaccinal est désormais décrit comme "rédhibitoire" sur certains profils.

Certains internautes décrivent sur le même forum les célibataires vaccinés comme porteurs d'"armes biologiques", en une apparente référence à la théorie, réfutée, selon laquelle les personnes vaccinées contribuent à diffuser des "super souches" virales.

Et toute cette désinformation vaccinale se superpose à d'autres, comme les théories complotistes de la nébuleuse QAnon, croyant à l'existence d'un réseau mondial de trafic sexuel organisé par une élite de pédophiles satanistes.

"Des études ont montré à de nombreuses reprises que si une personne est anti-vaccin -ou non-vaccinée-, on peut déduire avec peu de chances de se tromper les opinions de cette personne dans de nombreux autres domaines", explique Timothy Caulfield.

Certains voient dans ce mouvement un filon lucratif.

L'entreprise Wellness Company, basée en Floride, vend un complément alimentaire qui dit lutter contre les effets négatifs des vaccins contre le Covid-19 afin de retrouver "ce sentiment pré-Covid". Mais des experts et les autorités sanitaires ont dit à l'AFP ne disposer d'aucun élément qui prouverait l'efficacité de ce produit, vendu près de 80 dollars.

Cette même entreprise soutient un site de rencontre pour non-vaccinés nommé Unjected. Ses membres doivent faire "certifier" leur statut vaccinal négatif "par un professionnel de santé".

L'App Store d'Apple a exclu l'application en 2021, selon les médias américains.

Mais des applis similaires, comme Unjabbed, sont toujours accessible sur le magasin d'applications pour téléphones Android, Google Play.

 

Fertilité

Au pic de la pandémie en 2021, les applications de rencontres les plus connues aux Etats-Unis -Tinder, Hinge et OkCupid -avaient installé la possibilité d'ajouter un badge à son profil indiquant être vacciné, à l'initiative de la Maison Blanche.

Les utilisateurs vaccinés ou en passe de l'être ont alors rencontré plus de succès sur OkCupid, selon l'entreprise, qui avait ajouté: "Les vaccins aident vraiment les gens à trouver l'amour."

Un accélérateur à vaccination qui pourrait à l'avenir être limité par le mouvement antivax, bien solide malgré le reflux de la pandémie.

L'envie de trouver un partenaire non vacciné pourrait en outre être renforcée par les allégations diffusées sur les réseaux sociaux selon lesquelles les vaccins se transmettraient par les relations sexuelles et menacerait la fertilité.

En réalité, estime Katrine Wallace, épidémiologiste à l'Université de l'Illinois à Chicago, "la seule réelle utilité de telles plateformes est de trouver un partenaire d'accord avec votre point de vue sur la liberté médicale". "Il n'y aucune raison clinique de le faire", conclut-elle.

 

AFP

Partager cet article