12.07.23
10:11

Dans les avions, l'épidémie de passagers indisciplinés continue

Agressifs, ivres voire violents, ils représentent un cauchemar pour les compagnies aériennes et leurs voisins en cabine. Malgré une répression accrue, la vague de passagers indisciplinés n'a pas reflué depuis la crise sanitaire.

Au-delà des vidéos virales de voyageurs "partis en vrille", les statistiques le confirment, il s'est produit "un incident (lié à un passager non-coopératif) tous les 568 vols en 2022, contre un tous les 835 vols en 2021", selon la principale association internationale de compagnies aériennes, l'Iata.

Le taux de non-respect des règles à bord "avait décru après la fin de l'obligation de porter le masque sur la plupart des vols, mais a recommencé à augmenter tout au long de 2022 et a terminé l'année en hausse de 37% par rapport à 2021", ajoute l'organisation.

Parmi les incidents les plus fréquents: cigarettes ou vapoteuses allumées, refus de boucler sa ceinture et bagages en cabine trop nombreux, selon l'Iata. 

Les agressions physiques restent "très rares" (un vol sur 17.200), mais ont bondi de 61% en un an.

Ce phénomène de passagers indisciplinés, les "paxi" dans le jargon des professionnels de l'aérien, a explosé pendant la pandémie. En 2021, l'autorité américaine de l'aviation civile (FAA) a enregistré près de 6.000 incidents, dix fois plus qu'en 2017.

"C'était une époque de folie", se souvient Robin Hayes, le directeur général de la compagnie américaine JetBlue, le phénomène étant lié selon lui au port du masque "devenu une question d'opinion politique" aux Etats-Unis. "Ca a beaucoup baissé depuis que la règle a été abandonnée", mais le taux d'incident reste plus élevé qu'en 2019, selon lui. 

Lors du premier semestre 2023, ces occurrences demeuraient presque deux fois plus nombreuses en moyenne qu'avant la crise sanitaire, selon la FAA qui professe une "tolérance zéro" et a infligé 8,4 millions de dollars cumulés d'amendes l'année dernière, les passagers rétifs risquant aussi des poursuites pénales.

Pour l'Agence européenne de sécurité aérienne (EASA), le taux d'incident a diminué depuis le pic de la pandémie, mais leur gravité "semble avoir augmenté de façon considérable".

Raisons les plus souvent évoquées pour expliquer le comportement de certains voyageurs : le stress inhérent au voyage, l'espace personnel réduit, l'interdiction de fumer, mais aussi l'abus d'alcool.

En février 2022 à Cayenne, lors d'un procès pour violences dans un avion reliant Paris à la Guyane, un steward d'Air Caraïbes avait témoigné de la confiscation de pas moins de 31 bouteilles d'alcool à l'embarquement.

 

Psychologie, menottes et déroutement

Mais au-delà, "nous voyons beaucoup plus de passagers exaspérés, et cela correspond à ce que nous disent les forces de police sur la population en général", constate John Franklin, responsable de la sensibilisation aux problèmes de sécurité au sein de l'EASA.

"Ce n'est pas seulement un problème du secteur aérien, même si ça ne nous remonte pas le moral", a-t-il ajouté lors d'un récent séminaire en ligne.

Des officiers de sécurité voyagent incognito sur certains vols sensibles. Mais souvent, les personnels navigants se retrouvent en première ligne. Pédagogie, psychologie... et autodéfense: hôtesses et stewards sont formés à réagir graduellement à des crises qui peuvent éclater dans des espaces hermétiques à forte densité humaine, volant à 900 km/h et 12 km d'altitude.

Si les arguments ou avertissements ne portent pas, reste la manière forte. Les avions sont équipés de menottes en plastique pour clouer les "paxi" à leurs sièges. En dernier recours, le commandant de bord peut décider de dérouter l'avion afin de les débarquer.

La France a étoffé en 2022 son arsenal face à un phénomène qui s'accroît de façon "préoccupante", selon la Direction générale de l'Aviation civile, avec une amende de 10.000 euros (doublée si récidive) en cas "d'entrave à l'exercice des missions de sécurité des personnels navigants ou de refus de se conformer à une instruction".

Les sanctions pour les comportements mettant en danger l'avion peuvent aller jusqu'à une interdiction de vols pendant quatre ans, cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Pour sa part, l'Iata voudrait que davantage de pays ratifient un protocole mettant fin à l'impunité des perturbateurs sur les vols internationaux. Ils sont historiquement soumis à la juridiction du pays d'immatriculation de l'avion, ce qui rend impuissantes les autorités d'un pays tiers à l'atterrissage. 

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