08.12.22
16:55

La Croatie intègre l'espace Schengen, Bulgarie et Roumanie recalées

La Croatie fera son entrée dans l'espace Schengen de libre circulation en janvier : les Etats membres de l'Union européenne ont approuvé jeudi son adhésion, mais rejeté celles de la Roumanie et de la Bulgarie.

"C'est confirmé, la Croatie rejoindra l'espace Schengen dès le 1er janvier 2023", a tweeté la présidence tchèque du Conseil de l'UE.

Avec ce feu vert unanime des ministres de l'Intérieur réunis à Bruxelles, la Croatie devient le 27e membre de cette vaste zone au sein de laquelle plus de 400 millions de personnes peuvent voyager librement, sans contrôles aux frontières intérieures.

Ce pays de 3,9 millions d'habitants, membre de l'UE depuis 2013, rejoindra aussi la zone euro en janvier prochain.

En revanche la Roumanie et la Bulgarie devront encore patienter : leurs candidatures se sont heurtées à un veto de l'Autriche - et à celui des Pays-Bas pour la seule Bulgarie -, provoquant "une certaine amertume dans la salle", selon une source diplomatique.

"Je voterai aujourd'hui contre l'élargissement de Schengen à la Roumanie et la Bulgarie", avait annoncé le ministre autrichien de l'Intérieur Gerhard Karner en arrivant à la réunion. 

L'Autriche, qui fait face à une forte hausse des demandes d'asile, redoutait que la levée des contrôles aux frontières avec ces deux pays n'accroisse encore le flux des arrivées de migrants.

 

"Déception" 

"Sincères félicitations à la Croatie", a tweeté la présidente du Parlement européen Roberta Metsola, qui s'est dite "très déçue" du refus essuyé par Sofia et Bucarest. 

Même déception chez la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson, qui s'est toutefois dite confiante sur leur adhésion "avant la fin du mandat" de la Commission en 2024.

La Commission et le Parlement européen réclamaient de longue date d'inclure les trois pays à cette zone qui comprend la plupart des Etats de l'Union européenne plus l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse.

L'adhésion de la Croatie aura notamment pour effet de supprimer les files d'attente de véhicules à ses frontières avec la Hongrie et la Slovénie et d'encourager encore plus le tourisme.

En contrepartie, les pays de Schengen doivent assumer un contrôle rigoureux des frontières extérieures de cet espace et s'engager à une coopération policière pour lutter contre la criminalité organisée ou le terrorisme.

Si l'Autriche a refusé l'entrée de la Roumanie (19 millions d'habitants) et de la Bulgarie (6,5 millions), les Pays-Bas, quant à eux, s'opposaient uniquement à celle de la Bulgarie. 

Le ministre néerlandais de la Migration, Eric van der Burg, avait expliqué jeudi que son pays avait des inquiétudes concernant "la corruption et les droits humains" dans cet Etat des Balkans et demandait un nouveau rapport à la Commission sur ces points.

Mais les dossiers d'adhésion de ces deux anciens pays communistes, entrés en 2007 dans l'UE et qui frappent à la porte de Schengen depuis plus de dix ans, étaient liés du point de vue procédural et le rejet de l'un entraînait de toute façon celui de l'autre.

La question de l'élargissement de l'espace Schengen est revenue sur la table à un moment où les arrivées irrégulières aux frontières extérieures de l'UE sont en forte hausse, après avoir connu une baisse pendant la pandémie de Covid-19.

 

Maîtriser les frontières 

La poussée est particulièrement marquée par la route des Balkans occidentaux, où quelque 139.500 entrées irrégulières dans l'UE ont été détectées depuis janvier, selon Frontex. Un chiffre loin des 764.000 entrées enregistrées en 2015, pendant la crise des réfugiés, mais qui ne prend pas en compte l'exode de très nombreux Ukrainiens. 

La hausse du nombre des arrivées par cet itinéraire migratoire - notamment par la Serbie - a poussé la Commission européenne à présenter un plan d'action pour tenter de le réduire, comme elle l'a fait récemment pour la route de la Méditerranée centrale. 

A l'inverse de l'Autriche, la France faisait valoir que l'élargissement de l'espace Schengen aux trois pays permettait de "mieux respecter le contrôle de nos frontières" et de limiter l'afflux par la route des Balkans.

Le ministre français de l'Intérieur  Gérald Darmanin a, dans la matinée, participé à une réunion avec ses homologues allemande, néerlandais, belge mais aussi britannique, afin de renforcer leur coopération judiciaire et les échanges d'informations pour lutter contre les réseaux de passeurs.

Gérald Darmanin a assuré que "plus de 1.100 interpellations de passeurs (avaient eu lieu) en France grâce notamment aux informations européennes l'année dernière".

Les ministres ont aussi soutenu un "accord de travail" entre le Royaume-Uni et Frontex pour lutter contre l'immigration irrégulière.

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