03.12.22
16:30

Afrique du Sud: Pas de démission en vue du président, gêné un scandale

Cyril Ramaphosa est accusé d'avoir commis des actes contraires à la loi et à la Constitution. Bien que cette plainte n'ait pas donné lieu à des poursuites pour le moment, le président sud-africain est menacé par une procédure de destitution.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, sous la menace d'une procédure de destitution, n'a aucune intention de démissionner et va se battre sur le plan politique comme judiciaire, ont fait savoir samedi plusieurs de ses proches.

"Il va rester, il n'y a aucun doute", a déclaré son ministre de la Justice Ronald Lamola sur la chaîne publique SABC. Et le porte-parole du président a confirmé à l'AFP qu'il "envisage sérieusement" de contester le rapport d'une commission parlementaire qui l'accable par voie de justice. 

M. Ramaphosa fait l'objet d'une plainte depuis juin l'accusant d'avoir tenté de dissimuler un cambriolage dans l'une de ses propriétés en 2020, au cours duquel 580.000 dollars en espèces cachés dans un canapé ont été dérobés, et de n'avoir signalé l'incident ni à la police ni au fisc. 

Cette plainte n'a pas donné lieu à ce jour à des poursuites et l'enquête de police se poursuit.

Mais mercredi une commission parlementaire, composée de trois membres dont un ancien président de la plus haute cour du pays, a estimé que M. Ramaphosa "a pu commettre" des actes contraires à la loi et la Constitution, ouvrant la voie à une procédure de destitution qui pourrait être votée mardi au Parlement.

"Le président envisage sérieusement de demander à la justice d'annuler le rapport", a avancé samedi son porte-parole Vincent Magwenya. 

"Il est peut-être dans l'intérêt et la durabilité à long terme de notre démocratie constitutionnelle, bien au-delà de la présidence Ramaphosa, de remettre en question un rapport aussi manifestement bancal, en particulier lorsqu'il est utilisé comme point de référence pour destituer un chef d'État en exercice", a-t-il expliqué.

Popularité de "Cyril"

Plusieurs experts en droit ont critiqué le rapport qui s'appuie largement sur du "ouï-dire", multipliant les suppositions et les questions rhétoriques. 

Mais il soulève aussi de vraies questions sur la version des faits avancée par le président, qui dément toute malhonnêteté. "Je n'ai jamais volé d'argent et je ne le ferai jamais", avait-il affirmé dès la révélation de l'affaire en juin.

Selon lui, l'argent liquide volé chez lui provenait de la vente à un homme d'affaires soudanais de vingt buffles. "La pratique normale est de mettre l'argent en banque le jour ouvrable suivant", remarque le rapport. 

Et pourquoi alors ces buffles achetés par un certain Mustafa Mohamed Ibrahim Hazim, dont l'identité n'a pu être vérifiée, sont toujours dans le domaine Phala Phala de M. Ramaphosa, à deux heures de route de Pretoria? "Il existe de sérieux doutes quant à savoir si les devises étrangères volées proviennent bien de leur vente", conclut le rapport.

Dans la foulée de sa publication, les appels à la démission de M. Ramaphosa se sont multipliés dans l'opposition mais également au sein de son parti, l'ANC. 

Mais il a ensuite reçu aussi de nombreux soutiens politiques, syndicaux comme du monde des affaires. Jusqu'au chef de l'Eglise anglicane sud-africaine qui a prévenu que s'il démissionnait, le pays risquait de tomber "dans l'anarchie".

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid, doit se réunir une nouvelle fois lundi matin, selon plusieurs sources politiques. 

Son tout-puissant Comité exécutif national (NEC) discutera de l'avenir du celui que les Sud-Africains appellent familièrement "Cyril" et qui reste largement plus populaire que le parti lui-même, passé pour la première fois de son histoire sous la barre des 50% l'an dernier lors d'élections locales.

Les caciques du parti de Nelson Mandela s'étaient très brièvement retrouvés vendredi à Johannesburg, avant d'expliquer vouloir d'abord examiner de plus près les faits dans l'affaire visant le président. 

Majoritaire au Parlement depuis 1994, l'ANC, plombé par la corruption et une guerre de factions, choisit le chef de l'Etat depuis l'avènement de la démocratie sud-africaine.

AFP

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