30.10.22
10:00

Bousculade de Séoul: que s'est-il passé ?

Plus de 150 personnes, principalement des jeunes fêtards costumés, ont péri samedi dans un mouvement de foule pendant une fête de Halloween à Itaewon, quartier du centre de Séoul connu pour sa vie nocturne.

Voici ce que l'on sait sur cette catastrophe:

 

Que s'est-il passé ?

 

Quelque 100.000 personnes, selon les estimations des médias, ont convergé samedi soir vers Itaewon, quartier cosmopolite rendu célèbre en 2020 par la série télévisée coréenne "Itaewon Class", pour la première fête de Halloween depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Des commerçants établis dans le quartier depuis une trentaine d'années ont dit à l'AFP que la foule était d'une taille "sans précédent".

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré la foule, très dense mais initialement calme, succomber brusquement à la panique alors que des personnes chutaient les unes sur les autres dans une ruelle étroite et en pente raide. Sur Twitter, des témoins oculaires ont raconté avoir vu les gens "tomber comme des dominos".

"Les gens ne pouvaient pas avancer et poussaient et poussaient. C'était une colline raide donc les gens tombaient les uns sur les autres", a raconté à l'AFP un témoin, Jarmil taylor, 40 ans. "Les gens qui étaient à l'arrière poussaient et poussaient parce qu'ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait à l'avant".

L'élément déclencheur de la bousculade n'a pas encore été établi. Et dans l'attente d'une explication officielle, les rumeurs ont explosé.

Certains médias locaux ont spéculé sur la présence dans un bar d'Itaewon d'une célébrité qui aurait déclenché une ruée de curieux. D'autres rumeurs en ligne expliquant la tragédie par une fuite de gaz ou un incendie dans une discothèque ou encore une distribution de "bombons à la drogue" dans la foule. Autant de rumeurs démenties par la police et qu'aucun témoin n'a décrit à l'AFP.

Les experts avertissent que la cause du désastre est probablement beaucoup plus prosaïque: le manque de planification et de mesures de contrôle de la foule par les autorités.

 

Comment sont mortes les victimes ?

 

La majorité des personnes décédées étaient de jeunes femmes dans la vingtaine, selon les autorités. Les victimes ont péri écrasées, piétinées ou étouffées par la foule dans la ruelle. Selon les experts, la mort dans un mouvement de foule se produit le plus souvent par suffocation.

Des images sur les réseaux sociaux ont montré des centaines de personnes entassées et immobiles dans la ruelle alors que les sauveteurs tentaient de les extraire de là.

Des critiques sont apparues sur le manque de personnel policier et la lenteur des secours, qui ont eu du mal à accéder à la ruelle pleine de monde. Un retard qui a pu s'avérer fatal pour les personnes victimes d'arrêt cardiaque, lequel provoque des lésions cérébrales irréversibles ou la mort en quelques minutes.

 

Où était la police ?

 

La police s'attendait à ce que la foule à Itaewon soit similaire à celle des précédentes éditions de la fête de Halloween, a expliqué le ministère de l'Intérieur Lee Sang-min. Au même moment, selon lui, un "nombre considérable" d'agents des forces de l'ordre étaient mobilisés pour encadrer une grosse manifestation dans une autre partie de la ville.

Dans des documents publiés deux jours avant le drame, la police avait indiqué qu'elle comptait déployer seulement 200 agents à Itaewon.

"C'est une catastrophe provoquée par l'homme, déclenchée par un manque de conscience concernant la sécurité", a critiqué Shin Dong-min, professeur à l'Université nationale des Transports de Corée. "Les commerçants d'Itaewon et les responsables du gouvernement auraient dû se préparer davantage à la venue d'une foule massive".

 

Et les secours ?

 

Des équipes de secouristes en effectif insuffisant ont éprouvé les pires difficultés à assister un très grand nombre de victimes en arrêt cardiaque. De simples passants ont été mis à contribution pour pratiquer des réanimations cardio-respiratoires sur des personnes inconscientes.

Une vidéo circulant sur Twitter a montré des dizaines de personnes pratiquant des massages cardiaques sur des victimes allongées sur les trottoirs et d'autres, parfois déguisées avec leurs tenues de Halloween, évacuer des corps en les portant sur leurs dos.

"J'étais en train de marcher mais je me suis arrêtée pour pratiquer des réanimations cardio-respiratoires", a raconté Min Byung-yeon, une ancienne infirmière, à la chaîne YTN. 

Une autre femme qui se trouvait à Itaewon avec son enfant pour participer à la fête a expliqué qu'on lui avait demandé de pratiquer le bouche-à-bouche à plusieurs victimes. 

Sur Twitter, une personne se présentant comme une infirmière a aussi rapporté que certains patients se contentaient de la filmer avec leurs téléphones, sans intervenir, pendant qu'elle tentait de réanimer des victimes. "Je n'ai pas pu retenir mes larmes, personne ne m'aidait, ils continuaient à filmer", a-t-elle témoigné. "La victime n'a pas survécu. Cette situation était choquante et effrayante".

Des opérateurs comme Kakao Talk et Twitter Korea ont exhorté à cesser de partager des images choquantes de la catastrophe.

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