24.09.22
20:11

Mondial au Qatar: le débat sur les droits humains s'invite en France

Sommées de s'exprimer sur le respect des droits humains au Qatar, organisateur du Mondial-2022, l'équipe de France et sa fédération se sont saisies samedi de ce débat épineux pour les joueurs, qui ont été prudents dans leurs prises de position.

La FFF "sort enfin de son silence". C'est ainsi que la branche française de l'ONG Amnesty International a réagi, samedi, après la publication par l'instance fédérale d'un premier communiqué officiel relatif au débat qui agite le monde sportif depuis plusieurs semaines.

En substance, la "3F" estime que "participer ne signifie pas fermer les yeux et cautionner". Elle avance "différentes mesures" mises en œuvre, comme des "vérifications concernant le respect des droits sociaux et l'application de conditions de travail respectueuses sur le camp de base de l'équipe de France", à Doha.

L'attitude mesurée du football français et de ses dirigeants a pu interroger, notamment en contraste avec les réponses apportées par le Danemark, adversaire dimanche en Ligue des nations, dont les instances sportives n'hésitent pas, ces derniers mois, à monter au créneau sur le sujet.

 

"C'est trop tard" 

Régulièrement questionné, le président de la Fédération française Noël Le Graët a souvent contesté le timing des critiques : "C'est trop tard (...) Il fallait peut-être rouspéter au moment de la désignation", en décembre 2010, et "il n'y a aucune raison que ce pays n'organise pas de grand évènement", assurait-il à l'AFP en novembre 2021.

Quelques mois plus tard, il avançait également que la Coupe du monde ferait "progresser de façon très rapide et très importante" l'émirat gazier sur cette question. 

Mais il aura fallu attendre la fin du mois de septembre pour voir le dossier réapparaître, après un communiqué d'Amnesty reprochant aux champions du monde français leur "silence assourdissant".

Déjà interpellé par l'ONG en mai, Deschamps s'était réfugié derrière son "rôle" de sélectionneur. 

"C'est un sujet sensible, très sensible. Ce n'est pas mon rôle, ni celui des joueurs, de mettre la pression sur la Fédération (française), elle n'en a pas besoin", avait-il répondu, assurant que la "liberté d'expression" des Bleus était totale. "Je ne suis pas là pour bâillonner les bouches, ils sont libres de s'exprimer."

Reste que depuis six mois, aucun international français n'a souhaité se 

positionner sur cette question. Il n'est pas rare que leur entourage tente de désamorcer toute demande d'entretien à ce sujet.

 

"Symboles forts" 

Interrogé samedi à Copenhague, le vice-capitaine Raphaël Varane s'est rangé derrière son sélectionneur et sa fédération.

"C'est très bien de poser la question, c'est un sujet sensible, grave. On entend, on sait ce qu'il se dit", a répondu le défenseur. Mais "en tant que joueur, on hérite d'une décision prise il y a douze ans maintenant".

Ce cadre du vestiaire a néanmoins insisté sur l'initiative qu'il porte cette semaine aux côtés d'une dizaine de sélections européennes, dont les capitaines porteront au Qatar un brassard à bandes colorées en faveur de l'inclusion et contre les discriminations.

"C'est important de parler des droits de l'homme, des discriminations. Le fait d'en parler, de mettre la lumière dessus, de porter ce brassard, ce sont des symboles forts", a plaidé le joueur de Manchester United. "Pour moi, c'est un honneur de défendre certaines valeurs donc ça ne posera aucun problème", avait-il déjà expliqué dans la semaine.

Les autorités du petit émirat du Golfe sont régulièrement critiquées par les ONG pour leur traitement des travailleurs migrants, notamment dans les secteurs de la construction, de la sécurité et du travail domestique, ainsi que des personnes LGBT+. 

Ces accusations sont rejetées par les autorités qui soulignent avoir réformé les lois sur le travail, et par les organisateurs qatariens du Mondial qui assurent que les membres de la communauté LGBT+ seront accueillis sans discrimination, en dépit des lois criminalisant les relations sexuelles entre personnes du même sexe dans le pays.

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