08.08.22
11:16

"Le risque d'une confrontation nucléaire est de retour"

Le site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d'Europe, a été bombardé pour la deuxième fois en un peu plus de 24 heures ce week-end, tandis que quatre nouveaux cargos chargés de céréales, cruciales pour la sécurité alimentaire mondiale, ont quitté dimanche des ports ukrainiens.

Comme après les précédents bombardements de vendredi sur ces installations situées dans le sud de l'Ukraine et tombées début mars aux mains des soldats russes, les deux belligérants se sont mutuellement accusés dimanche de les avoir attaquées.

Les autorités d'occupation de la ville d'Energodar, où se trouve la centrale de Zaporijjia, ont ainsi affirmé que l'armée ukrainienne avait tiré dans la nuit de samedi à dimanche un engin à sous-munitions avec un "lance-roquettes multiple Ouragan".

"Les éclats et le moteur de la roquette sont tombés à 400 mètres d'un réacteur en marche", ont-elles poursuivi, ajoutant que cette frappe avait "endommagé" des bâtiments administratifs et touché "une zone de stockage de combustible nucléaire usagé".

Parallèlement, la compagnie d'Etat ukrainienne Energoatom a annoncé qu'un des employés sur place avait dû être hospitalisé pour des "blessures causées par l'explosion" d'une des roquettes tirées "samedi soir" par les Russes.  

"Trois détecteurs de surveillance des radiations autour du site de la centrale ont été endommagés (...). Par conséquent, il est actuellement impossible de détecter" une éventuelle hausse de la radioactivité et donc d'"intervenir en temps utile", a-t-elle ajouté.

 

"Chose suicidaire"

"Il n'y a pas une seule nation au monde qui puisse se sentir en sécurité lorsqu'un Etat terroriste bombarde une centrale nucléaire", a réagi dans sa vidéo quotidienne le président ukrainien Volodymyr Zelensky.   

L'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) avait jugé samedi "de plus en plus alarmantes" les informations en provenance de la centrale de Zaporijjia, dont l'un des réacteurs a dû être arrêté après l'attaque de la veille. 

Les autorités ukrainiennes avaient accusé les Russes d'avoir effectué trois frappes vendredi sur ce site. Moscou avait de son côté assuré que des obus ukrainiens l'avaient atteint.

Au moment de la prise de la centrale, les militaires russes avaient ouvert le feu sur des bâtiments, au risque d'un accident nucléaire majeur.

"Le risque d'une confrontation nucléaire est de retour. Toute attaque contre des centrales nucléaires est une chose suicidaire", a dit le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres lundi matin à Tokyo. "J'espère que ces attaques prendront fin. En même temps, j'espère que l'AIEA pourra accéder à la centrale" de Zaporijjia.

Dans le cadre des rotations régulières pour ravitailler les marchés agricoles entamées cette semaine, en vertu d'accords récemment signés à Istanbul par les belligérants, quatre navires supplémentaires chargés de céréales ont quitté dimanche le sud de l'Ukraine.

Ce convoi, le deuxième depuis vendredi, "vient de partir des ports d'Odessa et de Tchornomorsk", avec "environ 170.000 tonnes de marchandises liées à l'agriculture", a précisé le ministère ukrainien des Infrastructures.

Le blocage de millions de tonnes de céréales du fait de la guerre a provoqué une envolée des prix alimentaires dans les pays les plus pauvres et suscité la crainte d'une crise alimentaire mondiale.

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