03.08.22
09:08

La colère des agriculteurs néerlandais récolte le soutien des populistes

La vive opposition des agriculteurs néerlandais à un plan gouvernemental pour l'environnement reçoit un soutien croissant depuis l'étranger, notamment de la part de l'ancien président américain Donald Trump et de populistes se joignant à leur cause.

"On prend tout le soutien que l'on nous donne", lâche Jaap Kok, un éleveur de 62 ans dans le centre des Pays-Bas.

La colère dans les campagnes ne faiblit pas, après plusieurs semaines d'actions contre un plan du gouvernement destiné à réduire drastiquement les émissions d'azote du secteur, comprenant une diminution du cheptel.

Les agriculteurs estiment que La Haye sacrifie l'agriculture sur l'autel du climat, un sentiment qui a encouragé des milliers d'entre eux à manifester à bord de leurs tracteurs. 

Certains ont même bloqué des autoroutes, y ont déversé du fumier et des ordures, incendié des bottes de paille et se sont rendus aux domiciles de politiciens.

Les images ont traversé les frontières, et engrangé le soutien de personnalités politiques dans le monde entier, dont Donald Trump et la cheffe de file du parti français RN, Marine Le Pen. Aux Pays-Bas, le député d'extrême droite Geert Wilders et le populiste Thierry Baudet se sont également emparés du sujet.

"J'aurais préféré que le soutien vienne de la gauche mais de la droite c'est bien aussi", estime M. Kok, éleveur de veaux de boucherie dont la ferme, située dans l'une des région d'agriculture intensive ciblée par le gouvernement, risque de devoir fermer.

"Les agriculteurs sont toujours le bouc émissaire", ajoute l'éleveur qui, il y a vingt ans, a volontairement déplacé sa ferme qui se trouvait dans une zone où il ne pouvait pas la développer à cause du manque de place. 

 

"Très en colère"

La Haye veut débloquer 25 milliards d'euros d'ici 2035 pour aider le secteur agricole à considérablement réduire ses émissions d'azote, un gaz à effet de serre émis notamment par les engrais et les effluents d'élevage, endommageant l'environnement et des milieux naturels.

Le gouvernement, qui vise à baisser de 50% les émissions d'azote d'ici 2030, a prévenu que des expropriations ne sont pas à exclure, une mesure très sensible.

"Les agriculteurs sont très en colère", "on joue avec eux", a déclaré Jos Ubels, vice-président du groupe Farmers Defence Force (FDF, force de défense des fermiers, ndlr). 

En tant que minorité, ils doivent "crier très fort pour se faire entendre, c'est donc ce que nous faisons", explique le fermier, en précisant que son groupe n'est pas responsable des actions sur les autoroutes. 

L'exécutif estime pour sa part ne pas avoir le choix. De grands projets de construction - qui émettent aussi de l'azote - nécessaires contre la crise du logement ont été suspendus en 2019 par le Conseil d'Etat qui juge que le pays émet trop de gaz à effet de serre.

 

"Tyrannie climatique"

Le secteur agricole est soutenu par une partie de la population des Pays-Bas, petit pays fier de son rang de deuxième exportateur mondial de produits alimentaires, derrière les Etats-Unis.

Des drapeaux néerlandais à l'envers devenus le symbole de soutien aux agriculteurs ont fleuri le long des autoroutes, dans les campagnes mais aussi dans des quartiers populaires de grandes villes.

Les agriculteurs "s'opposent courageusement à la tyrannie climatique du gouvernement néerlandais", "c'est terrible ce qui se passe" aux Pays-Bas, a récemment déclaré Donald Trump lors d'un discours en Floride en juillet. Marine Le Pen a récemment "apporté son soutien" sur Twitter.

"Je soutiendrai la position des agriculteurs néerlandais" voulant maintenir leur production, a également déclaré dans un communiqué le ministre polonais de l'Agriculture Henryk Kowalczyk, que M. Ubels a rencontré la semaine dernière à Varsovie.

Une manifestation récente à Amsterdam a réuni beaucoup de militants s'étant opposés aux mesures sanitaires.

Le soutien reçu "en dit long" et prouve que le projet "absurde" du gouvernement "ne tient pas debout", observe auprès de l'AFP Wim Brouwer, éleveur et président local du principal syndicat agricole néerlandais (LTO).

Il concède que le monde agricole doit faire davantage pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre mais estime que d'énormes sacrifices ont été faits comparé aux secteurs de l'industrie et de la mobilité.

"Nous innovons dans l'agriculture dans toutes sortes de domaines depuis des années", mais "ce n'est jamais suffisant", soupire-t-il.

 

AFP

Partager cet article

En lien avec l'article