30.07.22
14:29

"Il ne faut pas s'inquiéter des décès liés à la variole du singe", rassure Yves Van Laethem

Une deuxième personne atteinte de la variole du singe est morte en Espagne, a indiqué samedi le ministère de la Santé, au lendemain de l'annonce du premier décès dans le pays d'une personne infectée par ce virus. 

Les premiers décès, hors Afrique, de personnes contaminées par la variole du singe ont été annoncés vendredi, à quelques heures d'intervalle, par l'Espagne et le Brésil, sans que l'on sache si le virus est bien à l'origine de ces morts.

Au Brésil, un homme de 41 ans, porteur de la variole, est décédé jeudi à Belo Horizonte (sud-est), a annoncé vendredi le secrétariat d'Etat à la Santé de l'Etat du Minas Gerais. Il était "suivi à l'hôpital pour d'autres affections cliniques graves", selon le communiqué. 

"Il est important de souligner qu'il avait des comorbidités graves, pour ne pas susciter de panique dans la population. La mortalité (liée à cette maladie) demeure très basse", a déclaré le secrétaire à la Santé du Minas Gerais, Fábio Baccheretti, qui a expliqué que le patient suivait un traitement contre le cancer.

En Espagne, le ministère de la Santé a annoncé vendredi le premier décès d'un patient contaminé par cette maladie, une première en Europe, sans préciser ni la cause, ni la date du décès.

Avec 4.298 cas recensés, l'Espagne est l'un des pays comptant le plus de cas dans le monde.


Pourquoi ne faut-il pas s'inquiéter en Belgique ?

"Il ne faut pas s'inquiéter. Je pense qu'il faut d'ailleurs relativiser totalement les choses. On a vu ça en Espagne, sur plus de 4.000 cas connus dans le pays. On sait qu'il y a un décès au Brésil sur un bon millier de cas connus. On connaît peu de chose du décès espagnol. On sait qu'au Brésil, par contre, c'est une personne qui a été profondément immunodéprimée par un lymphome et donc ce sont des situations dans lesquelles cette pathologie peut entraîner cette issue mortelle."

a expliqué Yves Van Laethem, spécialiste des maladies infectieuses.

"Nous avons à peu près 400 cas en Belgique, qui augmentent régulièrement mais de manière non exponentielle, et nous n'avons pas encore été confrontés à une situation extrême . Je pense qu'il faut vraiment garder la mesure. Le risque de transmission dans le monde homosexuel existe. Le risque de transmission pour la population générale est très faible et heureusement, le risque de mortalité reste très faible pour tout le monde",

a rassuré le médecin dans notre journal.


Et la vaccination ?

"On se trouve devant une pathologie pour laquelle existe un vaccin en petites quantités, je dirais malheureusement et on le comprend puisque cette pathologie était finalement très très très peu présente de par le monde. Ce vaccin n'est disponible que de manière assez restreinte et la Belgique a actuellement obtenu 3000 doses avec 30 000 doses qui vont arriver à l'automne. Il faut donc utiliser les cartouches au mieux, l'employer dans les meilleures situations.",

a souligné M. Van Laethem.

"Jusqu'à présent, c'était purement réservé à quelqu'un qui avait été en contact avec le virus. On sait que ce vaccin a la propriété de bloquer la maladie ou de l'atténuer s'il est donné dans les quelques premiers jours après le contact. Mais on se rend compte que ça ne fonctionne pas très bien. Le cas arrivent trop tard et pour suivre les recommandations internationales, entre autres celle de l'ECDC, le Centre européen des maladies, la Belgique, va entrer dans une situation où elle va avoir une vaccination à l'avance."

 

Quels groupes vacciner ?

"Je pense qu'il faut être clair. La maladie elle-même n'est pas liée au fait d'être homosexuel. La maladie est liée à un contact proche dans lequel on est proche de quelqu'un: transmission par des gouttelettes, pas par les micros aérosols comme dans le Covid, simplement par des gouttelettes et surtout transmission par contact avec les lésions cutanées que l'on peut avoir.",

a indiqué Yves Van Laethem.

"Et c'est dans ce contexte de contact qui est exacerbé dans une partie du monde homosexuel, entre autres,  que la maladie a pris son cours et s'est développée quasi exclusivement dans le monde homosexuel et bisexuel. De par le monde actuellement en Europe, aux États-Unis, en Australie, etc. 98% à 99% cas sont retrouvés dans le milieu en question et donc ce n'est pas stigmatisant.",

a-t-il ajouté.

"Mais il faut savoir que c'est là que le problème se trouve et donc c'est dans ce contexte que l'on va proposer une vaccination tant aux travailleurs du sexe masculin ou transgenre qui de par leur fonction, sont à risque pour eux-mêmes et à risque de transmission aux personnes homosexuelles HIV positives ou qui prennent un médicament (qui ne sont pas HIV positives) pour éviter de devenir HIV positive et qui ont un certain nombre de risques qui est transmis, si on peut dire,  qui est reconnu par le fait qu'elles ont fait un certain nombre de maladies sexuellement transmises. Ça, ce sont vraiment les deux grands groupes qui vont se voir offrir cette vaccination et de manière beaucoup plus limitée les personnes qui travaillent dans les laboratoires avec des cultures virales ou des personnes à haut risque parce que immunodéprimées.",

a détaillé le spécialiste.

 

70% des cas en Europe 

Le 24 juillet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclenché le plus haut niveau d'alerte, l'Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), pour renforcer la lutte contre la variole du singe, aussi appelée orthopoxvirose simienne.

Selon l'OMS, plus de 18.000 cas ont été détectés dans le monde depuis le début mai en dehors des zones endémiques en Afrique.

La maladie a été signalée dans 78 pays et 70% des cas sont concentrés en Europe et 25% dans les Amériques, a précisé mercredi le directeur de l'organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Environ 10% des cas nécessitent une admission à l'hôpital pour tenter d'atténuer la douleur que connaissent les patients.

Dans la plupart des cas, les malades sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, relativement jeunes, et vivant essentiellement en ville.

Les premiers symptômes sont une forte fièvre, des ganglions lymphatiques gonflés et une éruption cutanée semblable à celle de la varicelle.

Mercredi, l'OMS a clairement conseillé au groupe le plus touché par la maladie - les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes - de réduire le nombre de partenaires sexuels.

Le meilleur moyen de se protéger "est de réduire le risque de se retrouver exposé" à la maladie, a expliqué le directeur général de l'OMS, lors d'un point presse à Genève.

La variole du singe n'est pas en l'état actuel des connaissances considérée comme une maladie sexuellement transmissible et tout le monde peut la contracter. Le contact peau à peau direct mais aussi les draps ou vêtements infectés sont des vecteurs de transmission de la maladie.

L'OMS insiste aussi beaucoup sur la nécessité d'éviter toute stigmatisation d'une communauté précise, qui pourrait amener ses membres à cacher la maladie, ne pas se faire soigner et continuer à la répandre.

Pour l'instant, l'OMS souligne qu'il n'y a pas de vaccins pour tout le monde et recommande donc de donner la priorité à ceux qui sont le plus à risque, ceux qui sont malades et ceux qui les soignent ou font de la recherche.

"Il est important de souligner que la vaccination ne protège pas instantanément contre l'infection ou la maladie et cela peut prendre plusieurs semaines ", a mis en garde le Dr. Tedros. Une fois vacciné il faut donc continuer à prendre des précautions.

La vaccination s'effectue avec deux doses, espacées d'au moins 28 jours. Pour les personnes vaccinées contre la variole dans leur enfance, une dose suffit. Pour les immunodéprimés une troisième dose est conseillée.

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