29.06.22
11:03

Surmonter le choc d'inflation prendra du temps

Le monde a basculé dans une phase inflationniste qu'il n'avait pas connue depuis les années 1970 et 1980 et cela prendra du temps pour la faire redescendre, ont averti des banquiers centraux et économistes lors d'un séminaire de la BCE au Portugal, qui s'achève mercredi.

 

Entre-t-on dans un monde inflationniste?

Pour la jeune Banque centrale européenne, chargée de piloter l'évolution des prix en zone euro, la période actuelle est sans précédent. Lors du séminaire de Sintra au Portugal, sa présidente Christine Lagarde a estimé que les "niveaux actuels d'inflation des produits alimentaires et industriels" ont atteint une ampleur "jamais observée depuis le milieu des années 1980".

De même, "l'augmentation du prix relatif de l'énergie ces derniers mois est bien supérieure aux pics individuels survenus dans les années 1970" lors du premier choc pétrolier, a-t-elle ajouté. La flambée des prix actuelle, de plus de 8% en mai en zone euro, arrive après "une séquence dans un monde chaotique", explique à l'AFP Richard Baldwin, professeur au Graduate Institute de Genève, rencontré à Sintra.

"Après le choc de l'offre asiatique en 2020 (dû à la pandémie de Covid-19), le glissement en 2021 de la demande de services vers celle des biens a causé un autre choc. Et au lieu de voir cela s'effacer, l'invasion russe en Ukraine a été déclenchée, provoquant un énorme pic de prix du carburant et de la nourriture", résume-t-il.

 

L'énergie seule en cause?

Pas seulement. On observe aussi que les dépenses des ménages pour les services, à mesure que les restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid sont levées, s'envolent. On le constate avec le boom des activités touristiques et de loisirs, qui alimente aussi l'inflation.

L'inflation des prix de services a atteint 3,5% en mai, niveau le plus élevé depuis le milieu des années 1990. Ce cumul d'influences aussi diverses est inédit. "Il n'y a pas de manuel de référence pour cette inflation", juge Richard Baldwin.

 

Les prix élevés pour longtemps?

Alors que guerre russo-ukrainienne pourrait durer "des années", selon le chef de l'Otan, des réductions d'approvisionnement pourraient maintenir les prix de l'énergie à un niveau élevé.

A côté d'une inflation importée, des facteurs domestiques peuvent aussi peser durablement. Les salariés demandent ainsi à leurs employeurs avec de plus en plus de force une compensation, ce qui peut alimenter un eu plus l'inflation.

En outre, sur le marché du travail les taux de chômage sont plutôt peu élevés en moyenne et les intentions d'embauche élevées, ce qui joue en faveur d'une hausse des salaires. Et de l'inflation. 

 

Que peuvent faire les banques centrales  ?

La communication est en principe au coeur de leur action pour contrôler les prix. Or, cette tâche "est actuellement difficile face à des chiffres d'inflation élevés", quand "les gens ressentent une forte inflation tous les jours lorsqu'ils achètent de la nourriture ou vont à la station-service, et beaucoup souffrent d'une baisse substantielle de leurs revenus réels", reconnaît Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, interrogée par l'AFP.

"Nous pouvons faire peu sur l'inflation actuelle, mais nous prendrons des mesures décisives pour que l'inflation revienne à notre cible à moyen terme", assure-t-elle. "Une fois que l'inflation est là et qu'elle commence à augmenter les anticipations et les salaires, la politique monétaire doit agir", prévient Şebnem Kalemli-Özcan, professeure à l'université de Maryland.

C'est ce que la BCE a prévu de faire en remontant ses taux d'intérêt à compter de juillet. Elle doit dans le même temps veiller à ne pas étouffer une croissance économique qui ne cesse de ralentir. Car "la question n'est pas de savoir si les prix vont baisser après un certain temps, car ils finiront par baisser, mais de savoir ce qu'il adviendra de la croissance", prévient Mme Kalemli-Özcan.

"C'est pourquoi certains ont fait la comparaison avec les années 1970 marquées par de la stagflation", signifiant une inflation élevée et une croissance atone. Et de conclure : "en Europe il y a un risque de stagflation".

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