29.06.22
07:00

Biden appelle à lutter contre les "passeurs" après la tragédie du Texas qui a fait 51 morts

Plus de 50 migrants, originaires du Mexique ou d'Amérique centrale, sont morts dans un camion surchauffé au Texas, une tragédie imputée mardi par le président Joe Biden à des "passeurs" uniquement motivés par l'appât du gain.

La macabre découverte remonte à lundi soir, quand un employé municipal de San Antonio a entendu un appel à l'aide près d'une route où il travaillait, et a entrouvert la porte arrière du poids lourd.

Les secours avaient d'abord sorti 46 cadavres et seize personnes "conscientes", dont quatre mineurs, qui ont été transférées dans des hôpitaux alentours. Après une journée marquée par des températures proches de 40 degrés, ils souffraient d'hyperthermie et de déshydratation aiguë.

Le bilan est monté à 51 morts mardi, 39 hommes et 12 femmes, ont déclaré les autorités locales lors d'une conférence de presse. Parmi les personnes hospitalisées figure un adolescent dans un état critique, ont-elles ajouté.  Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, qui sera reçu le 12 juillet à la Maison Blanche, a précisé que 22 victimes étaient originaires du Mexique, sept du Guatemala, deux du Honduras. "C'est un immense malheur", a-t-il noté. 

 

"Industrie criminelle"

Selon les premiers éléments de l'enquête, "cette tragédie a été causée par des passeurs ou des trafiquants" qui "exploitent" les migrants "sans respect pour leur vie", a commenté son homologue américain dans un communiqué.

Joe Biden a appelé à renforcer la lutte contre "une industrie criminelle qui brasse plusieurs milliards de dollars" et souligné que 2.400 arrestations ont eu lieu depuis le lancement, il y a trois mois, d'une action conjointe entre les Etats-Unis et d'autres pays de la région.  Pas convaincus, les républicains ont mis en cause sa politique migratoire.

"Ces morts sont à imputer à Biden. Elles sont le résultat de sa politique mortelle d'ouverture des frontières", a immédiatement attaqué le gouverneur républicain du Texas Greg Abbott.

"Les trafiquants d'êtres humains exploitent nos frontières ouvertes et les plus vulnérables le paient de leur vie", a renchéri le sénateur texan Ted Cruz. Ralenties pendant la pandémie, les arrivées de migrants ont fortement augmenté après l'élection de Joe Biden et la ville de San Antonio, située à 240 km de la frontière, est une étape importante avant de poursuivre le voyage vers le nord des Etats-Unis.

 

Trois interpellations

Le maire de la ville, Ron Nirenberg, a déploré "une horrible tragédie" et espéré que les responsables "seront poursuivis". Trois personnes ont été interpellées, selon le chef de la police. Mais "nous ne savons pas si elles sont liées à ceci ou non", a précisé William McManus.

Sur le site du drame, le camion avait été retiré mardi soir et des riverains avaient déposé des bougies et des croix en bois pour rendre hommage aux victimes. "Ils ont parcouru des centaines de kilomètres pour venir ici, on peut faire un kilomètre (...) pour les soutenir", a expliqué à l'AFP Angelita Olvera, qui a installé cet autel improvisé.

Jesus Thompson, 60 ans, qui vit à proximité, a relevé que ces migrants "étaient à la recherche du rêve américain". Tout en les comprenant, il a appelé les habitants d'Amérique centrale ou du Mexique "à bien réfléchir avant de quitter leur pays, car il y a un risque énorme à venir ici, surtout maintenant qu'il fait très chaud".

 

"Douleur" 

 

Les camions tels que celui retrouvé à San Antonio sont un moyen de transport fréquemment utilisé par des migrants souhaitant entrer aux Etats-Unis. Un tel voyage est extrêmement dangereux, d'autant que ces véhicules sont rarement climatisés et que leurs occupants en viennent rapidement à manquer d'eau.

Le 14 juin, des gardes-frontières avaient découvert environ 80 migrants cachés à l'arrière d'un camion lors d'une inspection de routine près de la ville frontalière de Laredo. 

En juillet 2017, une tragédie similaire avait marqué les esprits: dix migrants avaient trouvé la mort dans une remorque surchauffée garée sur un parking de supermarché près de San Antonio. Le conducteur du camion avait été condamné à la perpétuité.

Le pape François a fait part mardi de sa "douleur" pour cette "tragédie", qu'il a rapprochée de celle de l'enclave espagnole de Melilla au Maroc, où ont péri au moins 23 migrants vendredi. L'ONU s'est dite "profondément troublée". Elle "illustre une fois de plus le besoin crucial de voies légales sûres pour les migrations" a déclaré depuis Genève une porte-parole du Haut-commissariat aux droits de l'homme, Ravina Shamdasani.

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