26.06.22
08:58

Le procès des attentats du 13-Novembre s'achève

Le procès des attentats du 13-Novembre, l'audience criminelle la plus longue de l'histoire judiciaire française d'après-guerre, s'achève cette semaine avec lundi matin les derniers mots des accusés qui auront une ultime possibilité de prendre la parole avant que la cour d'assises spéciale de Paris se retire pour délibérer.

Le verdict est attendu mercredi soir.

Le procès "historique", "hors norme", qui s'est ouvert le 8 septembre dernier n'aura sans doute pas apporté toutes les réponses aux questions posées par les quelque 2.500 parties civiles constituées après les attentats les plus meurtriers ayant frappé la France. Mais, si des zones d'ombre persistent, il aura permis aux rescapés et endeuillés de faire entendre leur voix et ressentir leur douleur bien au-delà de la salle d'audience d'un palais de justice transformée en forteresse pendant près de dix mois.

"Que retiendra-t-on de cette audience ? Quelles images, quelles paroles resteront ? Votre verdict bien sûr, les noms des disparus, les récits des victimes enfin, incontestablement. Ils ont été la concrétisation de la somme de tous ces malheurs, de ces cicatrices...  Ces récits nous ont aussi tendu un miroir inversé.  Celui de personnes ouvertes et tolérantes face à l'obscurantisme. Celui de la force des survivants face à la lâcheté de ceux qui ont assassiné. Celui de la beauté des mots face à la rhétorique simpliste d’un discours ânonné ad nauseam", avait résumé l'avocate générale Camille Hennetier en ouvrant les réquisitions à trois voix du parquet national antiterroriste (Pnat).

La perpétuité incompressible, soit la "perpétuité réelle", la peine la plus lourde prévue dans le droit français, a été requise contre Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos qui ont causé la mort de 130 personne à Paris et Saint-Denis.

 

A la caserne

Des peines allant de cinq ans de prison à la perpétuité ont été requises contre les 19 autres accusés dont six jugés en leur absence.

"Le terrorisme, c’est la tranquillité impossible. Votre verdict n’aura pas pour vertu de réparer ce rideau déchiré et de rendre leur tranquillité originelle aux victimes. Il ne guérira pas les blessures, visibles ou invisibles, il ne ramènera pas les morts à la vie, mais il pourra au moins les assurer que c’est, ici, la justice et le droit qui ont le dernier mot", a souhaité Camille Hennetier à l'issue des réquisitions.

Outre Salah Abdeslam, la perpétuité a été requise à l'encontre des quatre autres accusés (Mohamed Abrini, Sofien Ayari, Osama Krayem et Mohamed Bakkali) qui comparaissent comme "complices" des tueries du Stade de France, du Bataclan et des terrasses. La perpétuité a également été réclamée contre cinq des six accusés absents, et probablement morts en zone irako-syrienne, dont le commanditaire présumé des attentats, le Belge Oussama Atar.

Au cours des deux dernières semaines, la défense des 14 accusés présents à l'audience (onze dans le box et trois comparaissant libres) a rappelé à la cour présidée par Jean-Louis Périès que même un "procès historique" ne pouvait s'affranchir du respect de la norme, soit "l'application de la procédure pénale et des droits de chacun".

"Je vous demande simplement de faire comme d'habitude", a ainsi plaidé Me Léa Dordilly, l'avocate de l'Algérien Adel Haddadi contre qui 20 ans de réclusion ont été réclamés. Son confrère, Karim Laoufi qui défend Muhammad Usman, contre lequel 20 ans ont été également requis, a souhaité "l'application ordinaire de nos règles ordinaires".

"Je vous demande de résister à l'envie humaine de ne pas faire que juger mais de venger", a résumé Me Ménya Arab-Tigrine, avocate d'Ali El Haddad Asufi. Seize ans de réclusion ont été requis contre lui.

Lundi, après les derniers mots des accusés, la cour se rendra dans une caserne pour délibérer. Les cinq magistrats professionnels qui composent la cour d'assises spéciale et leurs quatre suppléants seront cantonnés, sans possibilité de sortir, dans cette caserne "sécurisée" et dont le lieu est "tenu secret", jusqu'à leur verdict.

"Je ne peux pas savoir combien de temps nous prendra le délibéré", a dit Jean-Louis Périès vendredi à l'issue des plaidoiries de la défense. "L'important c'est qu'on puisse prendre le temps. Ça pourra être (mercredi) à 17 heures, ça pourra être à 18H, à 19, à 20", a-t-il prévenu.

 

AFP

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