26.06.22
10:22

Après le choc, manifestations aux Etats-Unis contre la révocation du droit à l'avortement

Des partisans du droit à l'avortement se sont mobilisés samedi aux Etats-Unis pour une deuxième journée de manifestations contre la décision de la Cour suprême de pulvériser ce que beaucoup pensaient être un acquis.

En révoquant son arrêt emblématique "Roe v. Wade", qui depuis 1973 garantissait le droit des Américaines à avorter, la haute cour laisse aux Etats le choix d'interdire ou non les IVG dans un pays profondément divisé.

Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi devant la Cour suprême à Washington, entourée de barrières et placée sous protection policière.

"Ce qui s'est passé hier, c'est indescriptible et dégoûtant", s'est exclamée Mia Stagner, une étudiante en sciences politiques de 19 ans. "Aucune femme ne devrait être forcée à devenir mère".

Autour d'elle, des défenseurs du droit à l'IVG scandaient "séparation de l'Eglise et de l'Etat", ou encore "mon corps, mon choix". 

Mais si la décision a horrifié les militants progressistes, elle a réjoui ceux qui, notamment au sein de la droite religieuse, luttaient pour son annulation depuis des décennies. Quelques dizaines de personnes anti-avortement étaient aussi venues samedi devant la Cour.

"Je crois au caractère sacré et à la dignité de la vie humaine", a déclaré à l'AFP Savannah Craven, militante anti-avortement de "Live action group". "La vie commence dans l'utérus, la vie commence à la conception".

Plusieurs centaines de défenseurs du droit à l'avortement se sont aussi rassemblés à Los Angeles et des protestations étaient prévues dans d'autres villes, notamment dans les Etats qui ont profité de l'arrêt de la Cour pour bannir immédiatement les interruptions de grossesse sur leur sol.

Alors que les cliniques du Missouri, Dakota du Sud ou de Géorgie fermaient leurs portes les unes après les autres, des Etats démocrates, comme la Californie ou New York, se sont engagés à défendre l'accès aux IVG sur leur sol.

Le président Joe Biden a dit samedi avant de s'envoler pour l'Europe savoir "à quel point cette décision est douloureuse et dévastatrice pour beaucoup d'Américains". 

"Un moment effrayant"

Vendredi, il avait appelé les Américains à défendre le droit à l'avortement lors des élections de mi-mandat en novembre.

Les défenseurs du droit à l'avortement craignent aussi que la Cour suprême, forte d'une claire majorité conservatrice, ne revienne sur d'autres droits comme le mariage pour tous ou la contraception.

"Ils s'en sont pris aux femmes. Ils vont s'en prendre à la communité LGBT et la contraception", a déclaré à l'AFP Caroline Keller, une manifestante rencontrée devant la Cour suprême.

Cette perspective "nous inquiète" et "nous allons avoir des situations cauchemardesques", a reconnu la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, à bord d'Air Force One. "C'est un moment effrayant".

Vendredi, deux manifestations avaient été marquées par des violences. A Cedar Rapids, dans l'Iowa, une camionnette a foncé dans un groupe de manifestants, blessant une femme au pied, selon les médias locaux.

Et en Arizona, la police a reconnu avoir usé de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui "frappaient de façon répétée les vitres du Sénat de l'Etat".

A Los Angeles, une manifestation a été dispersée de façon musclée par des policiers équipés de matraques.

Pauvres et minorités pénalisés

Selon l'institut Guttmacher, un centre de recherche qui milite pour l'accès à la contraception et à l'avortement dans le monde, la moitié des Etats devraient interdire à plus ou moins court terme les avortements.

En quelques heures vendredi, au moins huit Etats ont rendu immédiatement tout avortement illégal.

Sept autres ont prévu de faire de même dans les prochaines semaines, mais dans les faits, les cliniques y ont déjà cessé d'effectuer des IVG, comme au Texas, le plus vaste Etat américain, où les femmes souhaitant une IVG devront désormais faire des centaines de kilomètres pour se rendre à la clinique la plus proche, au Nouveau-Mexique.

 

Dans une partie du pays, les femmes désirant avorter seront obligées de poursuivre leur grossesse, de se débrouiller clandestinement notamment en se procurant des pilules abortives sur internet, ou de voyager dans d'autres Etats où les IVG resteront légales. 

Anticipant un afflux, ces Etats, le plus souvent démocrates, ont pris des mesures pour faciliter l'accès à l'avortement sur leur sol et les cliniques ont commencé à basculer leurs ressources en personnel et équipement.

Mais voyager est coûteux et la décision de la Cour suprême pénalisera davantage les femmes pauvres ou élevant seules des enfants, qui sont sur-représentées dans les minorités noires et hispaniques, soulignent les défenseurs du droit à l'avortement.

L'organisation Parenthood planned (Planning familial), qui milite pour le droit à l'avortement, a indiqué samedi dans un communiqué à l'AFP avoir vu le nombre de dons qu'elle reçoit normalement en une journée multiplier par 40. "C'est juste le début et nous ne céderons pas", a affirmé Kelley Robinson, vice-présidente de cette association.

 

AFP

Partager cet article

Partager cet article