23.06.22
21:39

Au procès du 13-Novembre, la défense d'Abrini demande "une peine juste" pour celui qui a toujours "douté"

Il est "coupable", "il assume", il "sera condamné" et "il le sait". La défense de Mohamed Abrini a plaidé jeudi pour une peine "juste" pour celui qui "n'a cessé de douter" et a été "capable" de renoncer à participer aux attentats du 13-Novembre.

Les avocats généraux ont requis la perpétuité contre Mohamed Abrini, ami d'enfance de Salah Abdeslam.

Il est "l'homme au chapeau" identifié sur la vidéosurveillance de l'aéroport de Bruxelles le jour des attentats de mars 2016, juste avant qu'il n'abandonne son chariot d'explosifs et prenne la fuite.

Devant la cour d'assises spéciale de Paris en mars et pour la première fois, le Belge de 37 ans a reconnu qu'il était aussi "prévu" pour le 13-Novembre - comme s'en doutait l'accusation - mais que, déjà, il avait fait marche arrière.

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 2015, il avait quitté dans la précipitation la planque de région parisienne et les 10 autres hommes des commandos qui s'apprêtaient à semer la mort à Paris et Saint-Denis.

"Ce n'est pas rien de renoncer à ce moment", martèle son avocate Marie Violleau.

On vient de "lui montrer sa chambre" et lui, "il s'en va", retrace-t-elle. "Ils le regardent tous et il se fait la malle. Il ne tiendra pas de kalachnikov, n'enfilera pas de gilet explosif, il n'ira pas tirer au hasard sur les terrasses. Le 13-Novembre, il ne tuera personne".

Oui, celui qui avait "basculé" à la mort de son frère en Syrie - un moment "fondamental" qu'elle demande à la cour de "comprendre" - a indéniablement apporté "une aide précieuse à la cellule", concède Me Violleau. 

Quelques semaines avant les attentats, il a rencontré le coordinateur de la cellule - "il sait qu'il n'est pas là pour faire du tourisme" - puis louera des voitures et des planques en région parisienne, reconnaît encore Me Violleau, même si elle écarte "la moitié" des éléments à charge qui, selon elle, ne tiennent pas.

Mohamed Abrini sera condamné pour "complicité" des attentats, "il le sait".

  

"Chemin de la vérité"

 

Et pourtant, "en sachant que sa peine sera exemplaire, que ça ne changera pas grand chose", il est "capable" à l'audience de "se désolidariser du reste du box", de "raconter", "de s'avancer sur le chemin de la vérité", note l'avocate.

Un "pas de géant", selon elle. "Deux pas en arrière", avait dit l'accusation, pas convaincue.

Sa défense soutient que ce grand bavard qui "ment parfois" ne cache pas grand chose. "Il ne connaît pas les cibles. Il sait que ça va être grave, il sait que des gens vont mourir, il vous l'a dit".

A son retour à Bruxelles le 13 novembre 2015, le "restaurateur de jour, cambrioleur de nuit" de Molenbeek qui écrit aujourd'hui encore des "poèmes, bourrés de fautes", signe un bail avec sa fiancée. A ce moment-là, "il pense sincèrement qu'il va passer sous les radars".

Mais il est exfiltré par la cellule jihadiste et on "encourage" celui qui "n'a pas eu le courage d'y aller". Et à Bruxelles, quelques mois plus tard, "il va renoncer encore".

"Vous ne pourrez jamais oublier qu'il n'a jamais cessé de douter", insiste l'avocate devant la cour.

L'accusation avait qualifié Mohamed Abrini de "lâche". "La lâcheté, c'est ce qu'il y a de plus humain", avance son avocat belge, Me Stanislas Eskenazi, qui le défend depuis six ans. "C'est ce qui prouve qu'Abrini a les pieds bien ancrés dans le sol et pas dans le ciel", ajoute-t-il, exhortant la cour a ne pas céder à "l'envie de vengeance".

La "peine juste" n'est pas la réclusion à la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté demandée par le parquet antiterroriste mais "trente ans" - "avec la peine de sûreté que vous voulez", soutient Me Violleau.

La perpétuité et l'inévitable "isolement", "c'est trop quand on renonce", continue-t-elle. "Gardez en tête que c'est un homme qui assume. Qu'avec Abrini l'Etat islamique a failli. Il a douté jusqu'à ne pas y aller".

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