16.06.22
06:52

50 ans après le Watergate, Trump et l'enquête sur l'assaut du Capitole

A un demi-siècle d'écart, ces deux affaires ont choqué le monde et exposé la fragilité de la démocratie américaine. 

Tout au long du mois de juin, une commission d'enquête parlementaire cherche, à travers une série d'auditions, à placer l'ancien président Trump au coeur d'une "tentative de coup d'Etat", l'accusant d'avoir cherché à se maintenir au pouvoir après sa défaite contre Joe Biden à l'élection de 2020.

 

Pas le même parti républicain

 

En convoquant ses partisans par milliers à Washington le 6 janvier 2021, en martelant à tue-tête ses fausses accusations d'une présidentielle "volée", en faisant pression sur des élus pour renverser l'élection, Donald Trump a aux yeux de certains fait bien pire que Richard Nixon, accusé d'avoir couvert l'espionnage du siège du Parti démocrate le 17 juin 1972.

Pour autant, il est peu probable que les républicains tournent le dos à l'ancien magnat de l'immobilier comme nombre d'entre eux l'avaient fait avec le président Nixon en 1974, ne lui donnant d'autre choix que de démissionner pour éviter la destitution.

Car un an et demi après la défaite de Donald Trump, la fracture entre ses partisans et ses détracteurs définit encore grandement la société américaine, l'ancien président conservant une main de fer sur le parti républicain.

Réuni en Congrès au printemps, le "Grand Old Party" a qualifié les manifestations du 6 janvier 2021 qui ont mené à l'assaut du Capitole d'"expression politique légitime" et sanctionné les deux membres de leur camp ayant accepté de participer à l'enquête parlementaire.

Rare aussi seront ceux qui oseront barrer la route à Donald Trump s'il venait à se relancer dans la course à la Maison Blanche en 2024, scénario avec lequel le républicain flirte de plus en plus ouvertement.

 

Auditions à la télé 

 

Les auditions de la commission enquêtant sur l'assaut du Capitole pourraient-elles changer la donne?

Selon de nombreux experts, c'est bien la retransmission chaque soir à la télévision des auditions de la "Commission du Watergate" qui avait donné aux Américains le goût pour ce scandale, jusque-là largement ignoré par l'opinion publique.

Quelque 80 millions d'Américains s'étaient branchés pour suivre le spectaculaire témoignage devant le Congrès de John Dean, alors chef des services juridiques de la Maison Blanche, quand il avait impliqué Richard Nixon dans le scandale; des accusations qui avaient contribué à pousser le président à la démission un an plus tard.

Mais par comparaison, seuls 20 millions d'entre eux ont suivi la retransmission en direct du premier exposé de la commission d'enquête sur l'assaut du Capitole, pourtant programmé à une heure de grande écoute et assorti de vidéos inédites de la violence de l'attaque contre le Congrès américain.

Les chaînes préférées des conservateurs, nombre d'entre épousant encore, comme Donald Trump, l'idée que la présidentielle de 2020 lui aurait été "volée", ont même fait le choix de ne pas retransmettre ces auditions.

Pour Julian Zelizer, professeur d'histoire à l'université de Princeton, le manque d'appétit pour cette affaire peut en partie être attribué... au Watergate.

"D'une certaine façon depuis le Watergate, les Américains ont moins confiance en l'Etat", souligne le professeur auprès de l'AFP.

De fait, 53% des Américains sondés en 1972 disaient avoir confiance en leurs dirigeants, selon une enquête du Pew Research Center. Cinquante ans plus tard, ils ne sont plus que 20%.

"Et donc d'une certaine manière, il est plus difficile de susciter le même genre d'indignation qu'en 1974", assure-t-il, "simplement parce que la population n'en attend pas autant".

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