14.06.22
19:56

Journaliste et expert disparus en Amazonie: tout ce que l'on sait

Au dixième jour de recherches en Amazonie d'un journaliste britannique, Dom Phillips, et d'un expert brésilien, Bruno Pereira, de nombreuses questions se posaient encore mardi sur les raisons de leur disparition, tandis qu'une grande confusion régnait sur la possible découverte de restes humains.


Qui sont les disparus?  

Né près de Liverpool, en Angleterre, Dom Phillips, 57 ans, vit au Brésil depuis 15 ans. Collaborateur de longue date du journal britannique The Guardian, il écrivait également pour d'autres publications anglo-saxonnes, comme le Washington Post, le New York Times et The Intercept.

Passionné d'Amazonie, à laquelle il a consacré des dizaines de reportages, il se trouvait dans la région depuis plusieurs jours dans le cadre de recherches pour un livre sur la préservation de l'environnement dans la région, avec l'appui de la Fondation Alicia Patterson, basée aux Etats-Unis.

Lors de cette expédition, il était guidé par Bruno Pereira, 41 ans, expert de la Funai, organisme chargé des affaires des indigènes du Brésil, et défenseur reconnu des droits des autochtones.

Il avait été par le passé coordinateur de l'antenne régionale de la Funai à Atalaia do Norte, ville proche de la frontière péruvienne vers laquelle les deux hommes se dirigeaient en bateau quand ils ont été vus pour la dernière fois. Son travail en faveur des peuples autochtones lui a valu de nombreuses menaces de groupes criminels qui sévissent dans la région.

Les deux hommes sont mariés et Bruno Pereira est père de trois enfants.


Dans quelles circonstances ont-ils disparu? 

Dom Phillips et Bruno Pereira ont été vus pour la dernière fois le matin du dimanche 5 juin, quand ils quittaient la localité de Sao Gabriel, à quelques heures de bateau de leur destination, Atalaia do Norte.

Ils voyageaient dans un bateau neuf, avec suffisamment d'essence pour le trajet. Leur périple avait débuté quelques jours plus tôt, autour du lac Jaburu tout proche, où ils avaient interviewé des habitants.

Ils ont disparu dans la Vallée de Javari, près de la deuxième plus grande réserve indigène du Brésil, où vivent 26 peuples autochtones, dont 19 dans un isolement total.

Cette région difficile d'accès est située au coeur de la forêt amazonienne, à la triple frontière entre Brésil, Pérou et Colombie, où l'Etat a très peu d'emprise et où sévissent des gangs qui mêlent narcotrafic et crimes environnementaux tels que la contrebande de bois et la pêche illégale.

Elle est devenue un axe stratégique pour acheminer par voie fluviale des drogues en provenance des deux pays voisins.


Quels sont les résultats des recherches à ce jour?

Les recherches sont menées par des agents des forces de sécurité, notamment de l'armée et de la Police fédérale, mais aussi par des bénévoles d'associations d'indigènes.

Dimanche, les autorités ont annoncé que des effets personnels des deux disparus avaient été retrouvés, notamment des bottes, des vêtements et une carte d'assurance-santé.

Selon les pompiers, ces objets ont été retrouvés dans un sac à dos attaché à un arbre sous l'eau, dans une zone inondée près du domicile d'Amarildo da Costa Oliveira, seul suspect détenu pour le moment.

Ce pêcheur de 41 ans a été vu par des témoins suivant à grande vitesse l'embarcation dans laquelle se trouvaient Dom Phillips et Bruno Pereira le 5 juin.

La police a identifié des traces de sang dans le bateau du suspect, qui a nié toute implication dans la disparition des deux hommes.

D'autres traces de sang et de "matière organique apparemment humaine" ont été retrouvées vendredi et sont en cours d'analyse. Les résultats sont attendus d'ici la fin de la semaine.

Le président Jair Bolsonaro a évoqué lundi "des viscères humains retrouvés flottant sur le fleuve et amenés à Brasilia pour identifier l'ADN", sans préciser s'il s'agissait de cette matière organique retrouvée vendredi par la police.


Les corps ont-ils été retrouvés?

Lundi, des informations contradictoires circulaient autour de corps qui auraient été retrouvés lors des recherches.

Plusieurs membres de la famille de Dom Phillips disent que l'ambassade du Brésil à Londres leur a assuré que deux corps retrouvés étaient en cours d'identification, une information démentie par la Police fédérale.

Dans un communiqué publié mardi sur les réseaux sociaux, la famille du britannique a déploré cette confusion "qui ne fait que compliquer une situation déjà affligeante".

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