10.06.22
16:08

La perpétuité requise contre Salah Abdeslam, avec une période de sûreté incompressible

La réclusion criminelle à perpétuité a été requise contre Salah Abdeslam et Mohamed Abrini.

La perpétuité avec une période de sûreté "incompressible" a été requise contre Salah Abdeslam, unique membre encore en vie des commandos qui ont frappé la France le 13 novembre 2015. Cette sanction, qui rend infime la possibilité d'obtenir un aménagement de peine et donc une libération, n'a été que très rarement requise et prononcée qu'à quatre reprises.

"La peine maximale nous apparait comme pleinement proportionnée quant au degré d’implication", a déclaré le parquet national antiterroriste (Pnat). "Ce sont les attentats les plus meurtriers commis en France, avait rappelé plus tôt Camille Hennetier, avocate générale à la Cour. "Ils ne s’estiment pas coupables. Ils n’ont aucun remords ou aucun regret parce que c’est l’essence même des terroristes de tuer des innocents."

"Je ne crois pas qu’un retour en arrière soit possible", a-t-elle ajouté sur leur radicalisation. La prison servira à les "punir et à protéger la société. Elle est la seule réponse sociale acceptable pour protéger la société. La culpabilité a été requise pour tous les accusés.

 

Les peines requises

 

Les 2 survivants du convoi de la mort

Salah Abdeslam : réclusion criminelle à perpétuité (période de sûreté incompressible)
"C'est un acteur clé de ces attentats. Il s'est d'emblée présenté comme un soldat de l'Etat islamique. Il reste convaincu de n'avoir tué personne et a adopté une stratégie de minimisation des faits. C'est dire le chemin qui lui reste à parcourir dans la voie du repentir. Personne ne sait ver quoi il s'engagera après. Malgré ses paroles, il est resté jusqu'au fidèle à son idéologie et incapable d'articuler un remord. Immense gravité des faits qui lui sont reprochés, nous demandons une période de sureté incompressible."

 

Mohamed Abrini : réclusion criminelle à perpétuité (période de sûreté de 22 ans) et interdiction définitive du territoire français

Il était dans le convoi qui a quitté Bruxelles vers Paris le 12 novembre 2015 et s'est désisté au dernier moment pour rentrer à Bruxelles dans la nuit du 12. Il aurait dû être l'un des membres du commando. "Il n'a jamais renier ses convictions et considère que les responsables des attentats sont nos hommes politiques. Il ne prend aucune distance avec l'Etat islamique."

 

Présents sur le dispositif du 13 novembre

- Sofien Ayari : réclusion criminelle à perpétuité (période de sûreté de 30 ans) et interdiction définitive du territoire français

Le Tunisien Sofien Ayari, 28 ans, a été le compagnon de cavale de Salah Abdeslam en Belgique après les attentats. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir voulu commettre ou préparer, avec Osama Krayem, un attentat à l'aéroport d'Amsterdam-Schipol le soir des attaques parisiennes.

- Osama Krayem : réclusion criminelle à perpétuité (période de sûreté des 30 ans) et interdiction définitive du territoire français

Comme Sofien Ayari, il a été compagnon de cavale de Salah Abdeslam à Bruxelles après les attentats du 13-Novembre. et était présent à Amsterdam le soir du 13 novembre. Au cours du procès, le Suédois âgé de 29 ans a, la plupart du temps, refusé de comparaître. Pour le parquet, "il devait se passer quelque chose à Schipol le 13 novembre. Nous avons la certitude qu'ils faisaient tous les deux pleinement partie du dispositif et faisaient partie à part entière du commando terroriste."

 

Les opérationnels contrariés

- Adel Haddadi et Muhammad Usman : 20 ans de prison (période de sureté des deux tiers) et interdiction définitive du territoire français

Ils ont été tous deux interpellés en décembre 2015 dans un foyer de migrants en Autriche. L'Algérien Adel Haddadi, 34 ans, et le Pakistanais Muhammad Usman, 29 ans, avaient quitté la Syrie et rejoint l'Europe par la route des migrants avec deux kamikazes du Stade de France. "Leur intégration au sein de l'Etat islamique comme combattants ne fait pas de doute. Ils auraient dû faire partie des commandos du 13 novembre et mourir à Paris en tuant des gens."

- Ahmed Dahmani : 30 ans de prison (période de sureté des deux tiers) et interdiction définitive du territoire français

Le Belgo-Marocain de 33 ans, est actuellement écroué en Turquie et "son rôle important a été contrarié par une perquisition avant les attentats, mais on peut démontrer son attachement idéologique et sa pleine intégration dans sa cellule."

 

"Le coup de main ponctuel"

Farid Kharkhach : 6 ans de prison et interdiction du territoire français de 10 ans

Il est accusé d'avoir fourni des faux papiers à la cellule franco-belge impliquée dans les attentats, à la demande de Khalid El Bakraoui, un des auteurs des attentats de Bruxelles et coordinateur de puis la Belgique de attaques en France. "C'est l'appât du gain et la cupidité qui l'ont guidé. En revanche, il avait conscience de la dangerosité de Khalid El Bakraoui et il a fermé les yeux."

 

Les logisticiens

- Ali El Haddad Asufi : 16 ans de prison (sûreté des deux tiers et interdiction définitive du territoire français

Il est reproché à ce Belgo-Marocain de 36 ans la participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle. "Il n'a pas apporté une aide effective dans la commission des attentats"

- Yassine Atar : 9 ans de prison avec une période de sûreté des 2/3 et interdiction du territoire français de 10 ans

Le frère du cerveau de ces attentats du 13 novembre. Il lui est reproché la participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle. "Il n'a pas apporté une aide effective dans la commission des attentats, mais il n'est pas étranger à l'idéologie radicale. Mais on peut établir avec certitude son implication dans une association de malfaiteurs terroristes" Récidiviste (pour une affaire de stupéfiant), il risque toutefois jusqu'à la perpétuité.

- Mohamed Bakkali : réclusion criminelle à perpétuité (période de sûreté de 22 ans) et interdiction définitive du territoire français

Considéré comme le "super logisticien" de la terreur par le Parquet, le Belge de 35 ans est accusé d'avoir loué des voitures en vue des attentats. "Ce n'est pas un acteur périphérique" pour le parquet. "Il est présent dans toutes les étapes logistiques de la préparation des attentats. Il est omniprésent, au contact de tous les membres de la cellule."

 

Les accusés jugés en leur absence

Absents au procès, ils sont tous présumés décédés, leur condamnation est d’abord une mesure de prudence, a rappelé le parquet. La justice n’a pas la preuve formelle de leur décès:

- Oussama Atar (probablement tué par une frappe occidentale en zone irako-syrienne en novembre 2017) et Obeida Aref Dibo (probablement mort dans un bombardement en février 2016): perpétuité et période de sûreté incompressible, accompagnée d'une interdiction de territoire français

- Ahmad Alkhald (pouvant être Omar Darif), probablement tué dans un raid aérien en juillet 2017: perpétuité avec période de sûreté de 30 ans

- Fabien et Jean-Michel Clain, probablement tués en février ou mars 2019 dans une frappe aérienne en Syrie et les voix de revendication de ces attentats: perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans

 

"Les petites mains"

"Les petites mains", selon l'avocate générale, se sont accommodées de ce pacte avec le Diable :

- Abdellah Chouaa : 6 ans de prison et interdiction du territoire français de 10 ans

L'un des trois accusés qui comparaissent libres sous contrôle judiciaire. Il est reproché à ce Belge de 41 ans la participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle.

- Mohammed Amri : 8 ans de prison et interdiction du territoire français de 10 ans

Il a reconnu être allé chercher Salah Abdeslam en voiture le soir des attentats pour le ramener en Belgique.

- Hamza Attou : 6 ans de prison et interdiction du territoire français de 10 ans

Le Belge de 28 ans a accompagné Mohammed Amri pour chercher Salah Abdeslam à Paris le soir des attentats.

- Ali Oulkadi : 5 ans de prison

L'un des trois accusés qui comparaissent libres sous contrôle judiciaire. Il est jugé pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et recel de terroriste en relation avec une entreprise terroriste. Il a aidé Salah Abdeslam dans sa fuite après le 13 novembre.

 

Abdeslam a "aussi ce sang sur les mains"

"Salah Abdeslam a bien tenté de faire exploser sa ceinture après avoir abandonné la Clio. La ceinture ne pouvait pas exploser à cause d’un problème technique. Il a plusieurs fois évoquer ce défaut technique dans sa fuite. Or, on ne pouvait le savoir qu’avec une analyse précise de la ceinture ou en tentant de l’actionner. Avant même de connaitre les résultats de l’expertise, il affirmait connaitre le défaut": pour l’avocat général, il n’y a donc pas de doute, même si cette question est sans conséquence sur la sévérité de la peine, car il doit être considéré comme l’un des co-auteurs des autres attaques.

"Il a pris une part déterminante à la réalisation des attentats pendant leur commission. On remarque que Salah Abdeslam se met lui-même sur le même pied que les auteurs. Juridiquement, il est un co-auteur des crimes commis par les 3 commandos. Il a le sang de toutes les victimes sur la conscience et juridiquement, il a aussi ce sang sur les mains. Il lui est reproché d’avoir volontairement donné la mort à 130 personnes."


Pour l’avocat général, les explications de Salah Abdeslam ne tiennent pas la route. Ainsi, dans sa dernière version, le seul survivant du commando de la mort prétend avoir eu une cible dans un café du 18e et avoir finalement renoncé à déclencher sa ceinture dans un souci d’humanité. Mais, pour le parquet, "Salah Abdeslam a compris que sa première version pouvait le désigner comme un membre du groupe Stade de France ou métro et donc comme un véritable titulaire du commando. Cela coïncide mal avec son statut d’invité de dernière minute, qu’il essaye de faire passer. Il cherche à vous endormir avec une cible accessoire, détachable du projet pour donner du crédit à sa thèse."

Les terroristes morts et leurs complices jugés voulaient "perpétrer un massacre et ils y sont parvenus. Ils ont utilisé des armes de guerres et 7 ceintures explosives dans une fureur sanguinaire sans limite."

 

Réquisitoire-marathon

L'accusation avait déjà éreinté jeudi la ligne de défense de Salah Abdeslam. Resté mutique pendant la quasi-totalité de l'enquête, le Français de 32 ans a affirmé à plusieurs reprises à l'audience avoir "renoncé" à déclencher sa ceinture explosive le soir des attentats, "par humanité". Il a assuré avoir rejoint la cellule jihadiste "au dernier moment", contestant avoir été "une véritable recrue" ou même un "remplaçant", a relevé l'avocat général Nicolas Le Bris, ironisant sur ce prétendu rôle du "terroriste tombé du ciel". "Tout cela n'est pas crédible", a balayé le magistrat. "Son but était de couper tout lien avec les terroristes, s'en désolidariser".

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a achevé ce vendredi après-midi son réquisitoire-marathon au procès des attentats du 13-Novembre, six ans et demi après une nuit d'horreur qui a fait 130 morts. Depuis mercredi, les trois représentants du Pnat reconstituent méticuleusement "le puzzle" des pires attaques commises sur le sol français, de la genèse du projet né en Syrie au recrutement de "jihadistes aguerris" par le groupe Etat islamique, jusqu'aux ultimes préparatifs. 

Pendant les onze premières heures de leurs réquisitions, les avocats généraux ont, dans un exposé précis et parfois aride, décortiqué les charges qu'ils retiennent à l'encontre des 20 accusés renvoyés devant la cour d'assises spéciale de Paris, dont six jugés en leur absence. Douze d'entre eux encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

 

L'homme au chapeau

Voisin loquace de box et ami d'enfance de Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles en mars 2016, était lui aussi "bien prévu" pour le 13-Novembre, selon le parquet.  Il avait la veille accompagné les commandos dans le "convoi de la mort" de Bruxelles à la région parisienne. Son "départ précipité" dans la nuit du 12 au 13 novembre 2015, dû selon l'accusation à un renoncement de dernière minute, a "constitué un imprévu pour tous les membres des commandos", a estimé Nicolas Le Bris. 

Le parquet s'est dit "convaincu" que "11 hommes" devaient faire partie des commandos. Tout comme il a "la conviction" que les accusés Osama Krayem et Sofien Ayari devaient "commettre un attentat le soir du 13 novembre" à l'aéroport de Schiphol, à Amsterdam.

Le "pourquoi" de leur renoncement reste un mystère mais ils sont les "deux survivants des commandos néerlandais", a lancé Nicolas Le Bris.

Membres d'une même cellule dont les commandos sont "interchangeables" et des "machines à tuer", le Suédois Osama Krayem et le Tunisien Sofien Ayari sont "bel et bien" pour le ministère public les "complices" des attentats commis à Paris et Saint-Denis.

 

"Pas de seconds couteaux"

Dans son réquisitoire, l'accusation n'a pas non plus épargné les 10 autres accusés présents, soupçonnés d'avoir apporté leur aide à la cellule. 

Le Pnat ne fait "pas de confusion entre les niveaux de responsabilité de chacun", a assuré l'avocat général Nicolas Braconnay. Pour autant, "nous récusons fortement l'expression de seconds couteaux".

"Tous protestent qu'ils ont les mains propres" mais "par conviction, complaisance, lâcheté ou appât du gain, ils ont nourri la bête, ils ont logé la bête, ils ont transporté la bête, ils ont protégé la clandestinité de la bête, ils ont contribué à armer la bête", a égrené le magistrat. Sans eux, "il n'y aurait pas eu d'attentats", a-t-il insisté.

La parole sera donnée à la défense à partir de lundi et pour deux semaines. Le verdict est attendu le 29 juin. 

 

Pol Loncin, avec AFP

Partager cet article