09.06.22
11:10

Le culte de l’enfant est un danger pour nos démocraties, selon une étude de l'UCLouvain

Des scientifiques de l'UCLouvain ont analysé les conséquences du culte de l’enfant, tant au sein des familles (parents) que des écoles (professeurs). Selon leurs conclusions, l'évolution des pratiques éducatives a amélioré les droits des enfants, avec une diminution notamment des violences à leur égard. Mais ce culte provoque aussi de l’anxiété, du narcissisme et des problèmes physiques (obésité) chez les enfants, tandis qu’il induit de l’épuisement chez les parents. Il est également "une menace pour nos sociétés démocratiques".

La solution? "Un équilibre entre bienveillance et cadre ferme" : "il faut laisser les enfants respirer, les laisser vivre leurs expériences", selon Serge Dupont (chargé de cours invité à la Faculté de psychologie de l’UCLouvain).

 

Changement des pratiques éducatives

En 1889, on votait en Belgique la première loi interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans et limitant le travail des jeunes de 12 à 16 ans à 12h/jour. 130 ans plus tard, on réfléchit à supprimer les devoirs scolaires et on interdit la fessée dans de nombreux pays européens. De toute évidence, l’enfant a changé de statut.

Alors qu’il a été négligé voire méprisé pendant des siècles, il est de nos jours chéri et protégé. Ce phénomène, appelé le "culte de l’enfant" ou, poussé à son extrême, le phénomène de "l’enfant roi", s’est concrétisé dans un ensemble de lois et d’accords internationaux visant à protéger l’intérêt supérieur des enfants. Il s’est également accompagné d’un changement des pratiques éducatives au sein de nombreuses familles et écoles : il s’agit aujourd’hui de respecter chacun de leurs besoins, d’être attentif à leur bien-être, de diminuer les exigences et de les protéger de tout éventuel danger, communique l'équipe de scientifiques de l’UCLouvain.

Serge Dupont, Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak ont examiné, d’un point de vue historique, cette évolution des représentations associées à l’enfance. L’objectif était d’analyser les changements des pratiques éducatives au sein des familles et des écoles et d’analyser, en s’appuyant sur plusieurs études empiriques en psychologie, les conséquences de ce culte, d’une part sur les enfants et les parents, d’autre part au sein des écoles (élèves et professeurs). Les résultats sont publiés dans la revue scientifique Social Sciences.

 

Narcissisme et individualisme

Si cette volonté de protéger l’intérêt supérieur des enfants a engendré de nombreux bénéfices - plus de reconnaissance de leurs droits et moins de violence à leur égard -, les scientifiques de l'UCLouvain ont également identifié de possibles conséquences négatives.

Les enfants objets de ce culte risquent en effet de pâtir de problèmes de santé mentale (symptômes dépressifs et anxiété) et physique (risques d’obésité), de devenir plus narcissiques et moins matures et de développer moins de compétences cognitives. Les adultes risquent en outre de s’épuiser toujours plus dans leur volonté de se rapprocher des besoins et intérêts des enfants.

Soulignons enfin que nos sociétés démocratiques sont également menacées par ce culte de l’enfant roi, dans la mesure où ces pratiques éducatives produisent des individus très éloignés d’un idéal de citoyenneté à la hauteur des enjeux politiques, économiques et écologiques qui affectent et affecteront notre monde.

Un exemple? Le narcissisme induit par le culte de l’enfant leur ôte leur esprit critique et leur capacité à privilégier l’intérêt général. Un enfant individualiste ou avec moins de compétences cognitives éprouvera des difficultés à s’engager pour la cause climatique par exemple (laquelle nécessite une part de sacrifice, d’aller au-delà de son intérêt personnel).

 

Trouver un nouvel équilibre


La solution? L’idéal serait de trouver un nouvel équilibre dans l’éducation des enfants, selon les scientifiques de l'UCLouvain.

  • Ne plus rester fixé sur les bénéfices à court terme (bien-être) mais également prendre en compte les perspectives à long terme en lien avec un idéal de citoyenneté à la hauteur des enjeux auxquels nous seront confrontés ;
  • considérer, outre les besoins des enfants, ceux des autres et du monde qui les entoure
  • combiner une discipline ferme et juste avec de la bienveillance
  • laisser les enfants respirer, vivre des expériences et surmonter des épreuves sans la présence parfois étouffante des parents.

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