31.05.22
13:48

Chaos au Stade de France: Darmanin accusé de "mensonges"

L'opposition française a pilonné mardi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, accusé de "mensonges" après ses propos sur la "fraude massive" de billets lors de la finale de la Ligue des champions émaillée de nombreux incidents autour du Stade de France samedi soir.

 

Lire aussi: Chaos au Stade de France: la thèse d'une fraude massive de billets laisse sceptique

 

A la veille de l'audition de Gérald Darmanin et de la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera au Sénat, le député LR Eric Ciotti a estimé sur France 2 que la version du ministre de l'Intérieur sur les "30.000 à 40.000 supporters anglais sans billet ou avec des billets falsifiés" est "totalement fausse et mensongère".

"La réalité, c'est qu'il y a sans doute des faux billets, mais pas dans cette proportion. Et la réalité qui est occultée, c'est qu'il y a eu des agressions, qu'il y a eu des vols venant de ressortissants de ces quartiers", a-t-il poursuivi, dénonçant "une délinquance particulièrement présente en Seine-Saint-Denis".

A douze jours du premier tour des législatives, Eric Ciotti a réclamé la création d'une commission d'enquête à l'Assemblée nationale sur les incidents entourant cette finale de C1 entre Liverpool et le Real Madrid. "Le Sénat l'a déjà demandée, il en faudra une à l'Assemblée nationale également, en tout cas moi personnellement je la réclame", a expliqué le candidat à sa réélection dans les Alpes-Maritimes.

Selon plusieurs sources parlementaires, la mise en place d'une commission d'enquête à l'Assemblée paraît toutefois impossible avant les élections législatives des 12 et 19 juin, d'autant que le groupe LR n'a plus de "droit de tirage" pour l'obtenir.

Sur France Inter, le président du RN Jordan Bardella a traité Gérald Darmanin de "menteur pathologique", lui reprochant son "déni" au risque d'un "incident diplomatique avec la Grande-Bretagne".

A gauche, Adrien Quatennens a pointé du doigt le ministre ainsi que le préfet de police de Paris Didier Lallement, que le député LFI juge "incapables de gérer la sûreté des événements et la tranquillité publique". "C'est bien la chaîne de commandement et la doctrine d'utilisation des forces de l'ordre qui est en cause", a-t-il estimé sur Public Sénat.

Le député de la Loire Régis Juanico (Générations), spécialiste des questions sportives, juge "très inquiétante" la soirée de samedi, dans la perspective des Jeux Olympiques de Paris-2024, "même si ce ne sont pas des événements complètement comparables". "Ca tombe très très mal. Les images nous font énormément de mal au niveau international", ajoute-t-il auprès de l'AFP.

Le Sénat, dominé par l'opposition de droite, va auditionner mercredi Gérald Darmanin et la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castera. "A ce stade", le Sénat va commencer par auditionner les ministres et "ajustera" ses décisions en fonction des réponses apportées, a indiqué lundi le président de la commission des Lois François-Noël Buffet (LR) à l'AFP. "Si les informations ne nous paraissent pas suffisantes, on envisagera d'aller plus loin", a-t-il ajouté.

 

 

La colère ne retombe pas, Liverpool veut des excuses

Une finale chaotique qui tourne à la foire d'empoigne: trois jours après les ratés organisationnels autour du Stade de France, la colère persiste à Liverpool, dont le président a réclamé mardi des excuses aux autorités françaises pour avoir pointé du doigt les supporters des Reds.

Comme beaucoup de fans de son club de retour de Paris, où la finale de Ligue des champions perdue contre le Real Madrid (1-0) a donné lieu à des scènes de chaos en avant-match, le président de Liverpool Tom Werner est indigné. Il l'a écrit dans un courrier adressé à la ministre française des Sports Amélie Oudéa-Castera, dont le quotidien local Liverpool Echo a obtenu une copie.

En cause, les propos dans un point-presse lundi de Mme Oudéa-Castera et du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin qui ont repété ce qu'ils affirment depuis samedi soir: les supporters britanniques seraient en grande partie responsables des incidents, avec une "fraude massive, industrielle et organisée de faux billets". La ministre des Sports a en outre déclaré que Liverpool "avait laissé ses supporters dans la nature".

Ces mises en cause ravivent chez les supporters de Liverpool les horribles souvenirs de la catastrophe d'Hillsborough qui avait fait 97 morts en 1989 dans un mouvement de foule dont les fans des Reds avaient longtemps été tenus pour responsables avant que les mauvaises décisions de la police ne soient reconnues.

Tom Werner a fait part de son "incrédulité totale" quant au fait qu'Amélie Oudéa-Castera puisse faire "une série de déclarations non prouvées sur un sujet d'une telle importance", avant même la tenue d'une enquête poussée.

"Vos commentaires sont irresponsables, peu professionnels et totalement irrespectueux des milliers de fans blessés physiquement et émotionnellement", a-t-il ajouté.

"Au nom de tous les fans qui ont vécu ce cauchemar, je demande des excuses de votre part, et l'assurance que les autorités françaises et l'UEFA permettront à une enquête indépendante et transparente d'avoir lieu", a-t-il ajouté, alors que l'instance européenne du football a confirmé lundi qu'elle allait commander un "rapport indépendant".

 

Chiffres contestés

Selon Gérald Darmanin, "30.000 à 40.000 supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billet, soit avec des billets falsifiés".

Cette situation a, selon les autorités, contribué à gonfler sensiblement la foule qui se pressait aux portes du Stade de France et entraîné d'interminables files d'attente, un engorgement massif qui n'a fait aucun blessé grave.

Mais les chiffres avancés sont contestés, y compris côté français.

"30 à 40.000 faux billets, cela me paraît très, très gros", a confirmé de son côté l'ex-député Génération(s) Regis Juanico, spécialiste des questions sportives. "J'attends l'audition des deux ministres mercredi au Sénat pour en savoir plus". Le rendez-vous est programmé à 17h00.

Les services de renseignements avaient de leur côté alerté les autorités avant cette finale.

Datée du 25 mai, une note de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) rédigée en lien avec les services de renseignement, dont l'AFP a eu connaissance, faisait état "d'environ 50.000 supporters anglais présents dans la capitale française (qui) ne seront pas détenteurs de billets".

Sur le plan judiciaire, six hommes seront jugés à Bobigny, compétent pour la Seine-Saint-Denis où est situé le Stade de France, pour des vols au préjudice de supporters en marge de la finale.

 

Prochain match vendredi au Stade de France

Et, à douze jours du premier tour des élections législatives (12 et 19 juin), l'affaire a pris en France un tour hautement politique, notamment sur la capacité des autorités à organiser des événéments sportifs majeurs à un an de la Coupe du monde de rugby 2023 et à deux ans des Jeux olympiques à Paris.

Le député LR Eric Ciotti a réclamé mardi la création à l'Assemblée nationale d'une commission d'enquête sur les incidents.

Le maire de Nice Christian Estrosi, ex-LR rallié à la majorité présidentielle, a demandé pour sa part l'utilisation de la reconnaissance faciale lors d'événements sportifs de grande ampleur.

"Je souhaiterais qu'enfin on mette un coup d'arrêt à ce que nous interdit la CNIL, cette espèce d'institution poussiéreuse qui interdit d'utiliser la reconnaissance faciale", a déclaré l'édile sur Europe 1.

Tous les regards se tournent désormais vers le prochain match au Stade de France, la rencontre France-Danemark en Ligue des nations vendredi (20h45), une affiche qui s'annonce a priori à guichets fermés.

Des organisations syndicales de la RATP ont lancé un nouvel appel à la grève sur le RER B pour vendredi, après leur mouvement de samedi qui a pu accentuer les dysfonctionnements, puisque de nombreux supporters des Reds s'étaient rabattus sur le RER D, source d'engorgements à l'arrivée.

"On est sur l'organisation d'un match, il y en a très régulièrement au Stade de France et très régulièrement, les choses se passent bien", a dédramatisé mardi le maire de Saint-Denis Mathieu Hanotin sur BFMTV.

Le patron des JO-2024 Tony Estanguet s'est voulu rassurant: il a expliqué à l'AFP qu'il fallait "tirer les enseignements" du fiasco au Stade de France, qui accueillera les épreuves d'athlétisme, tout en assuré que tout le monde serait "prêt" dans deux ans.

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